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« Violence et passion » avec Hélène Grimaud

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 15-XII-05. Alfred Schnittke (1934-1998)  : (K)ein Sommernachtstraum ; Robert Schumann (1810-1856) : Concerto pour piano et orchestre en la mineur opus 54 ; Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n°6 en si mineur opus 54. Hélène Grimaud, piano ; Orchestre National de France, direction : Eivind Gullberg Jensen.  

Les concerts de Radio France

La foule des grands soirs se pressait au Théâtre des Champs-Elysées pour entendre la star du clavier dans le grand chant d’amour de Robert à Clara. Ce superbe concert s’est ouvert sur une intelligente et subtile pièce d’ que l’on pourrait traduire par « (Auc)un songe d’une nuit d’été ». disait : « Il faut témoigner que le passé existe pour y plonger ses racines. Je m’appuie sur la tradition pour la dépasser. J’appelle cela technique des styles multiples ». Composée en 1985 et créée au Festival de Salzbourg le 12 août de la même année, l’œuvre commence par un délicieux menuet, tout ce qu’il y a de plus classique, au violon et à la flûte, pour évoluer dans des variations tour à tour distordantes, dissonantes, triviales parfois, violentes et sombres avant de revenir à la délicatesse originelle du menuet. mène l’œuvre avec une dynamique, un souffle et une énergie fulgurante, restituant toute la subtilité et la beauté de la palette orchestrale de Schnittke.

C’est l’occasion de découvrir ce jeune chef norvégien de 33 ans que l’orchestre, conquis par la qualité de sa direction, applaudira longuement à la fin du concert. Il a étudié le violon et la théorie à Trondheim. A partir de 1996, il étudie la direction d’orchestre auprès de Jorma Panula à Stockholm. Parmi ses autres professeurs, Ole Kristian Ruud, Jin Wang et Leopold Hager auprès duquel il a travaillé à Vienne. A Stockholm, il travaille avec Anders Eby et régulièrement avec le Eric Ericsson Kammerchor et le Chœur de la Radio suédoise. Depuis 1999, dirige de nombreux orchestres scandinaves comme l’Orchestre Philharmonique de Bergen, l’Orchestre Symphonique de la Radio norvégienne et les orchestres symphoniques de Stavanger, Trondheim, Kristiansand, Norrköping, Malmö et Helsingborg. Avec ces orchestres, il aborde un répertoire très étendu comprenant des œuvres de Grieg, Sibelius, Nielsen, Chostakovitch, Tchaikovski, Stravinski, Moussorgski, Rimski-Korsakov, Dvorak et Mahler ainsi que les œuvres classiques viennoises et romantiques. En 2000, il remporte le concours de chefs d’orchestres suédois.

Vient ensuite le moment tant attendu. Toute de blanc vêtue, la bellissima s’approche du piano pour le Concerto pour piano de Schumann. Et ce chant d’amour unique et bouleversant s’élève alors dans une salle religieusement silencieuse. Composée entre 1841 et 1845, dédiée à Ferdinand Hiller, l’œuvre fut créée le 4 décembre 1845 à Dresde par Clara Schumann qui en sera l’interprète quasi exclusive sa vie durant. Après la splendide ouverture en tutti, on est sous le charme et la rêverie du thème et du dialogue avec les instruments de l’orchestre mené à la perfection par la pianiste et le chef. s’approprie la partition et l’emporte à des sommets de beauté et de perfection dans une sobriété et une pudeur émouvantes. Dans une discrète virtuosité, le piano chante la tendresse et l’intimité de l’Intermezzo avec poésie et ampleur avant d’éclater dans l’éblouissant finale. Hélène Grimaud et Eivind Gullberg Jensen en font un poème lyrique qui touche au cœur dans un romantisme d’une grande pureté. Le toucher de la pianiste est d’une extrême splendeur, son phrasé romantique à souhait, nuancé et équilibré, révélant toutes les couleurs de l’amour de Robert à Clara.

La Symphonie n°6 de achève ce magnifique concert. En 1938, le compositeur imagine d’écrire une symphonie pour orchestre et chœur à la mémoire de Lénine. Mais il ne donnera pas suite à son projet. C’est Evgeni Mravinski qui crée l’œuvre à Leningrad en novembre 1939. Le public est alors surpris par son côté uniquement instrumental et sa progression inexorable dans un rythme de plus en plus rapide avec de nombreux solos dans les bois. Il sera touché par cette écriture colorée, le mouvement de cette matière sonore qui se raréfie parfois jusqu’à laisser croire que c’est la fin. Le chef norvégien mène l’œuvre avec énergie, vitalité et ampleur, faisant éclater la formidable palette de couleur du compositeur. Sa direction mordante et intense n’étouffe jamais la vitalité et la clarté qui est celle notamment du deuxième mouvement Allegro avec ses contrastes saisissants. Les solos de basson, flûte, piccolo et violon du troisième mouvement presto sont magnifiquement interprétés par les solistes de l’orchestre. Sous la baguette du chef, l’exubérance, la rutilance, le déchaînement de ce troisième mouvement avec son côté cirque et militaire éclatent dans une apothéose orchestrale de toute beauté. On perçoit cette ironie sous-jacente du compositeur à l’égard de l’esthétique musicale du système soviétique. Eivind Gullberg Jensen est longuement applaudi par un public et un orchestre conquis par sa direction et son charisme.

Crédit photographique : © JHenry Fair

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 15-XII-05. Alfred Schnittke (1934-1998)  : (K)ein Sommernachtstraum ; Robert Schumann (1810-1856) : Concerto pour piano et orchestre en la mineur opus 54 ; Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n°6 en si mineur opus 54. Hélène Grimaud, piano ; Orchestre National de France, direction : Eivind Gullberg Jensen.  

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