Concerts, La Scène, Musique symphonique

Des étrennes avant l’heure

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Lille, Nouveau Siècle. 08-XII-2005. Modest Moussorgski (1839-1881) : La Khovantchina, Prélude ; Dimitri Chostakovich (1906-1975) : Concerto pour violonet orchestre n°1 en la mineur op. 77 ; Modest Moussorgski : Tableaux d’une Exposition (orchestration de Maurice Ravel). Vadim Repin, violon. Orchestre National de Lille, direction : Jean-Claude Casadesus.

à Lille

L’ a fait un magnifique cadeau à son public en invitant, pour deux concerts qui ont fait salle comble, le grand , un violoniste qui vole de succès en succès depuis sa victoire en surclassement au Concours Reine Elisabeth de 1989. C’est la première fois que nous avions la chance de l’entendre en direct, et avant le concert, comme souvent dans ce cas-là, on se demandait si le résultat serait vraiment conforme à la flatteuse réputation de l’instrumentiste et à la qualité de ses enregistrements. Quelques mesures suffisent pour constater qu’il est sans conteste, par sa classe, la pureté de sa sonorité et sa technique limpide, dans la catégorie des plus grands, celle de Heifetz, Oïstrach, Grumiaux, Perlman, Ferras, Milstein, …

Le Concerto pour violon n°1 de Chostakovich est une œuvre désespérée, composée en 1947 et 1948, quand Staline étouffait les espoirs de liberté nés dans le peuple soviétique après la victoire sur l’Allemagne. Les deux premiers mouvements font partie de ce que Chostakovich, qui n’était certes pas un joyeux drille, a composé de plus sombre : le Nocturne initial est une lente marche douloureuse, blafarde et morne, d’une atmosphère presque suicidaire, sans que jamais un rayon de lumière ne perce les ténèbres. Cette musique de lendemain de défaite exalte les qualités de Vadim Repin : lyrisme douloureux et intense, sobriété des phrasés, chaleur de la sonorité. Le Scherzo qui suit est plus animé, mais pas moins noir, c’est une sorte de sabbat à l’ironie hargneuse et grinçante, un monde de violence et de fureur qui rappelle parfois l’univers de Mahler. Le troisième mouvement est le plus développé, et le plus étouffant : une Passacaille à la construction serrée et aux proportions gigantesques, qui se termine dans une cadence très longue, au début très simple, mais qui enfle progressivement, pour aboutir à une coda d’une puissance et d’une virtuosité époustouflantes. Vadim Repin y est souverain, maîtrisant la partition à la perfection, tout en donnant à son interprétation un air d’improvisation et de première fois : du grand art, sérieux, expressif et sans esbroufe. Enchaîné à cette cadence, le Burlesque final est brillant, mais sa virtuosité cache mal une amertume et une rage difficiles à contenir, on est loin des critères esthétiques du décret de Jdanov, ce concerto attendra d’ailleurs sept ans, et la mort de Staline, avant d’être créé. Accompagnement remarquable de à la tête d’un orchestre venimeux, qui enserre le soliste, tout en lui laissant juste ce qu’il faut d’air pour respirer, et n’hésite pas à jouer dur et brutal, ce qui est bien dans l’esprit de l’œuvre. Le public lillois accueille cette musique difficile avec beaucoup d’attention et de gravité, et réserve à Repin des applaudissements nourris, qui finissent par lui arracher un bisétourdissant de brio, accompagné par les cordes de l’ONL : Pizzicatti de Paganini.

La seconde partie de ce concert est consacrée aux Tableaux d’une Exposition, un des chevaux de bataille de l’ONL, qui l’a joué et le rejouera encore plusieurs fois cette saison. en donne une version très fouillée et soignée, magnifiquement colorée, relativement lente, et qui pêche parfois par une certaine lourdeur (Gnome, Bydlo, … ). Le souci du détail permet à chaque pupitre d’un orchestre en pleine forme de se mettre en valeur. La revue des effectifs serait fastidieuse, nous nous bornerons donc à épingler la performance toute en éclats de Cédric Dreger à la trompette. Ce fut donc un grand concert, qui restera essentiellement dans les mémoires pour la prestation grandiose de Vadim Repin, mais dont la deuxième partie a largement tenu son rang.

Crédit photographique : © DR

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Lille, Nouveau Siècle. 08-XII-2005. Modest Moussorgski (1839-1881) : La Khovantchina, Prélude ; Dimitri Chostakovich (1906-1975) : Concerto pour violonet orchestre n°1 en la mineur op. 77 ; Modest Moussorgski : Tableaux d’une Exposition (orchestration de Maurice Ravel). Vadim Repin, violon. Orchestre National de Lille, direction : Jean-Claude Casadesus.

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