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Concert marin avec Pascal Rophé

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Liège. Salle Philharmonique. 15-XII-2005. Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour piano n°1. Cyril Scott (1879-1970) : Neptune. Benjamin Britten (1913-1976) : Peter Grimes, Interludes marins. Robert Levin, piano. Orchestre Philharmonique de Liège, direction : Pascal Rophé.

Avant d’aborder ce compte rendu, présentons une intéressante initiative de l’Orchestre Philharmonique de Liège : sa série « écouter la musique ». Elle propose, pour certains concerts, de venir, généralement la veille du concert, assister à une table ronde réunissant le chef d’orchestre, le soliste du jour, et très souvent un journaliste, Jean-Pierre Rousseau -directeur de l’orchestre tenant le -rôle de modérateur. Ce mercredi 14 décembre, la Salle Philharmonique accueillait ainsi , qui sera le nouveau directeur musical de l’orchestre dès septembre 2006, , pianiste américain ayant enregistré les concertos de Beethoven avec Sir John Eliot Gardiner et l’Orchestre Révolutionnaire et Romantique, ainsi que Claude Jottrand (Crescendo). Jean-Pierre Rousseau avait sélectionné cinq versions différentes du concerto n°1 de Beethoven. Le but n’étant pas de se limiter à une simple comparaison, mais, par ces différentes écoutes, de saisir toutes les finesses d’une partition, et aussi, grâce aux commentaires des artistes, de distinguer ce qui est rigoureusement écrit sur le papier de ce qui tient d’avantage de l’interprétation. n’a pas hésité à illustrer ses propos en s’installant au piano. Nous retiendrons également que les auditeurs ont la possibilité de prendre la parole durant la séance et de s’adresser ainsi directement aux maîtres d’œuvres.

Robert Levin est connu pour avoir remis à l’honneur la pratique ancienne de l’improvisation des cadences de concertos. Spécialiste de la musique de Mozart, il a notamment publié une version du Requiem, ainsi que de la Messe en do mineur k. 427. Des propos tenus par Levin durant cette table ronde, on pouvait en retenir la volonté de livrer à l’auditeur un concerto se plaçant à la charnière du classicisme et du romantisme, mais surtout, de donner une interprétation libre de tout « tic mozartien ». Levin ne cherche pas à imposer un raffinement convenu, mais à nous faire prendre conscience de la violente énergie présente au cœur de la partition. La prestation du pianiste et de l’O. P. L. s’est révélée très cohérente. Le parti pris de Levin est évident. Son jeu est viril, exubérant, mais sa technique, son toucher sont tels, qu’on lui permettra tous les excès. Rophé l’accompagne impeccablement, l’orchestre se distinguant principalement par ses nuances contrastées et ses cordes d’une grande homogénéité.

La deuxième partie du concert était construite sur le thème de la mer, associant Neptune, poème symphonique de Cyrill Scott, et les interludes marins de Peter Grimes, opéra de . Neptuneest la révision d’un poème symphonique que Scott avait composé en 1933 et intitulé Désastre en mer, l’œuvre décrivant le naufrage du Titanic. Son exécution fait appel à un grand orchestre, renforcé par la présence de l’orgue, du célesta, d’un piano, et d’une kyrielle de percussions parfois dispensables. Si l’œuvre présente quelques effets intéressants, elle tient d’avantage de la musique de film que du poème symphonique, et l’intérêt de la partition s’essouffle rapidement. Rophé s’en tire néanmoins plutôt bien. Les glissandi des violoncelles sont remarquables, nous plongeant dans les profondeurs des eaux glacées, tandis que les cuivres portés au climax nous présentent le paquebot dans toute sa puissance. L’œuvre se poursuivra sur un programme plus ou moins évident.

Les quatre tableaux orchestraux issus de Peter Grimes ne sont pas à mettre entre toutes les mains. Chaque pièce livre une montagne de difficultés bien particulières. L’orchestre s’en tire assez bien, nous livrant une Aube digne de rester dans les mémoires. La justesse des cordes est sans faille. Rophé joue la carte de la lisibilité, attentif aux altos, déployant leurs traits avec éloquence. Le deuxième interlude sera le moins satisfaisant. Le chef ne parvient pas à dégager les motifs principaux de ce complexe jeu rythmique. Les cuivres se montrent étonnamment timides et l’on découvre même les cors en difficulté. Le clair de lune constitue l’introduction au troisième et dernier acte de l’opéra. L’orchestre parvient à y déployer une riche palette de couleurs. La suite orchestrale se conclut avec la tempête, bien que cet interlude soit situé dans le premier acte de l’opéra. Toute la brutalité de l’océan se révèle dans ces quatre minutes d’une sauvagerie inouïe. Les percussions sont magistrales : le timbalier, tout comme le percussionniste jouant la grosse caisse, nous livrent des détails rarement perceptibles au disque. Les cuivres sont parfaitement en place, mais certainement trop présents. Les cordes sont écrasées sous la masse sonore, alors que leurs motifs sont tout sauf anecdotiques. On aurait certainement préféré toute cette énergie dans le deuxième interlude.

Ce concert nous convaincra que l’O. P. L. devrait entamer une enrichissante collaboration avec l’an prochain. Rappelons que a déjà réalisé un enregistrement avec l’O. P. L., et que celui-ci a été primé par une Victoire de la musique en 2003 : la Symphonie n°1, le Concerto pour orgue et le Concerto pour piano de Thierry Escaich (solistes : Claire-Marie Le Guay et Olivier Latry, 1 CD Universal)

Crédit photographique : © Christian Steiner

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Liège. Salle Philharmonique. 15-XII-2005. Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour piano n°1. Cyril Scott (1879-1970) : Neptune. Benjamin Britten (1913-1976) : Peter Grimes, Interludes marins. Robert Levin, piano. Orchestre Philharmonique de Liège, direction : Pascal Rophé.

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