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Giulio Cesare…vraiment ? Ou la revanche du crocodile…

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Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : Giulio Cesare. Mise en scène, décor, costumes : Herbert Wernicke. Avec : Flavio Oliver, Giulio Cesare ; David Menéndez, Curio ; Ewa Podles, Cornelia  ; Maite Beaumont, Sesto ; Elena de la Merced, Cleopatra ; Jordi Domènech, Tolomeo ; Oliver Zwarg, Achilla ; Itxaro Mentxaka, Nireno ; Héctor Manzanares, le crocodile. Chœur du Liceu (chef de chœur : William Spaulding), Orchestre symphonique du Liceu, direction : Michael Hofstetter. Réalisation : Herbert Wernicke. Enregistré en juillet 2004 au Liceu de Barcelone. Sous titrages en anglais, allemand, français, italien, espagnol. 2 DVD TDK 24121 00140. Zone 0. 216 minutes.

 

Saviez-vous que Giulio Cesare était une œuvre comique? L’auteure de ces lignes non plus, jusqu’à ce qu’elle visionne le DVD de la production du Liceu. Car la mise en scène d’ est truffée de gags : les lauriers de César s’effeuillent comme des pétales de marguerite, Achilla est vêtu du même costume que Tintin au Congo, un petit bonhomme avec un chapeau melon se ballade en montrant des écriteaux, parfaitement illisibles étant donné la distance, les soldats romains sont travestis en bernard-l’hermite avec des coquilles dorées, et on en passe. Il y a des accessoires aussi : la tête tranchée de Pompée passe de main en main, à la façon d’un ballon de rugby, pendant les trois heures et demi de représentation, un fil rouge en quelque sorte.

Le personnage principal n’est pas, comme on pourrait s’y attendre, le rôle-titre, ni même Cléopâtre, mais un improbable crocodile qui ressemble furieusement à un des animaux loufoques que Tamino aurait pu faire danser au son de sa flûte. Tout droit sorti de Peter Pan, il poursuit Jules César comme un vulgaire capitaine Crochetpendant deux actes, mais que le lecteur sensible se rassure, l’histoire finit bien, la bestiole accepte les caresses et part en bateau en compagnie de l’empereur romain, qui abandonne Cléopâtre sur la plage.

Mis à part ces gags superfétatoires, la direction d’acteur est inexistante, il ne se passe rien, le décor unique est moche et les costumes tout aussi affreux. On s’ennuie ferme, et même, on a tendance à s’assoupir. Il y a peut-être un peu de mauvaise foi dans ces propos. s’explique dans la plaquette d’accompagnement du DVD sur ses intentions et la raison de la présence de ce crocodile. C’est à cette occasion d’ailleurs qu’on se rend compte que le décor qui ressemble à une vulgaire plaque, représente en fait la pierre de rosette, on ne l’avait pas remarqué auparavant. Cependant quand un metteur en scène ressent le besoin d’expliquer ses choix par écrit, alors qu’ils ne sont pas perceptibles intuitivement, cela ressemble fort à un aveu d’échec. Il n’a jamais été besoin de lire une seule ligne pour comprendre les intentions de dans sa mise en scène exceptionnelle du même opéra.

Pour couronner le tout, la musiquette de Haendel n’étant pas digne de la grande intelligence du metteur en scène, on l’a traficotée pour parvenir à « une compréhension approfondie de la signification de l’œuvre » (sic), supprimant des passages par-ci par-là, ajoutant des extraits de Rinaldo, Orlando et Tolomeo. Etait-ce vraiment nécessaire?

Ce salmigondis est bien dommageable d’ailleurs, car la distribution comporte d’agréables surprises. A commencer, mais cela n’est pas une surprise, par la fantastique Ewa Podles, qui ne fait qu’une bouchée du rôle de Cornelia, sous-dimensionné par rapport à ses immenses moyens. Son beau timbre, ses graves profonds, la facilité de ses vocalises, sa présence, font regretter qu’elle n’ait pas été distribuée en Jules César! Car le pauvre est bien falot dans le rôle-titre. La voix est petite et aigre, manque de couleurs et de dynamique, malgré de solides notions de style et une vocalisation véloce. Il retire ainsi à son personnage toute la dimension héroïque, déjà bien malmenée par la mise en scène. L’autre contre-ténor, en Tolomeo, n’est ni bon ni mauvais, tout comme son sous-fifre Achilla, et on ne finit par ne plus l’entendre, obnubilé par le maquillage hideux qui le fait ressembler à une vieille drag queen.

Meilleur constat du coté féminin, hors la supranaturelle Ewa Podles : est un exceptionnel Sesto, convaincu et bien chantant. Les deux réussissent d’ailleurs un miraculeux duo à la fin de l’acte I. Elena de la Merced est une ravissante Cléopâtre, un peu trop pimpante, plus nymphette que croqueuse d’hommes dévorée par l’ambition. Pour les trois voix féminines, et rien de plus.

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Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : Giulio Cesare. Mise en scène, décor, costumes : Herbert Wernicke. Avec : Flavio Oliver, Giulio Cesare ; David Menéndez, Curio ; Ewa Podles, Cornelia  ; Maite Beaumont, Sesto ; Elena de la Merced, Cleopatra ; Jordi Domènech, Tolomeo ; Oliver Zwarg, Achilla ; Itxaro Mentxaka, Nireno ; Héctor Manzanares, le crocodile. Chœur du Liceu (chef de chœur : William Spaulding), Orchestre symphonique du Liceu, direction : Michael Hofstetter. Réalisation : Herbert Wernicke. Enregistré en juillet 2004 au Liceu de Barcelone. Sous titrages en anglais, allemand, français, italien, espagnol. 2 DVD TDK 24121 00140. Zone 0. 216 minutes.

 
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