Grandes sonates russes par Marc Coppey et Peter Laul

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Sergueï Rachmaninov (1873-1943) : Sonate pour violoncelle et piano en sol mineur op. 19 (1902) ; Sergueï Prokofiev (1891-1953)  : Sonate pour violoncelle et piano en ut majeur op. 119 (1849) ; Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Sonate pour violoncelle et piano en ré mineur op. 40 (1934) ; Alfred Schnittke (1934-1998) : Sonate pour violoncelle et piano n° 1 (1978). Marc Coppey, violoncelle  ; Peter Laul, piano. Un double CD Aeon 0636. Enregistré à Toulouse en juillet 2005. Notice bilingue (français / anglais). Durée 111’56.

 

« Russian Sonatas » pour Cello / PianoC’est, à notre connaissance, la première fois qu’un enregistrement rassemble les quatre présentes sonates pour violoncelle et piano. Et pour ce faire, le « jeune » label Aeon s’assure le concours de deux personnalités déjà « porteuses ». , l’ex violoncelliste du quatuor Ysaÿe (de 1995 à 2000), de plus en plus présent au concert comme au disque, et dont nous mentionnerons, pour mémoire, deux des enregistrements les plus remarqués : le Quintette à deux violoncelles de Schubert avec les Pražák, et surtout les six Suites pour violoncelle seul de J. S. Bach (déjà chez Aeon). Quant au pianiste russe , lauréat (2000) du concours Scriabine de Moscou, ses apparitions en récital ou comme chambriste ne lui ont valu que la plus grande satisfaction du public et les louanges les plus flatteuses de la critique. Partant de ces hypothèses, on peut s’attendre, et avant toute écoute, à une réussite technique – instrumentalement parlant – et artistique de haute tenue : ce qu’on aura effectivement vérifié.

Cela dit, une mise en garde s’impose. Amateurs de violoncelle glamour chantant la romance, passez votre chemin! ce disque ne vous comblera pas. Ces sonates-là ne chantent ni la mélancolie des steppes, ni n’évoquent le cours tranquille de la Volga, ni même les amours de quelque Ivan pour Tania ; car hormis le troisième mouvement Andante de la sonate de Rachmaninov (la plus souvent jouée, enregistrée et donc connue), épisode d’un beau lyrisme et d’une grande richesse mélodique, ces pièces tournent le dos au post-romantisme occidental : elles sont autant de jalons-témoins sur le chemin d’une musique en pleine mutation tout au long de ce XXe siècle ; et comme telles, elles privilégient le rythme, les jeux de sonorités, les dissonances.

Parmi les plus belles réussites de ces interprétations, soulignons, dans la sonate de Chostakovitch, la remarquable contribution pianistique de , souverain dans l’accompagnement arpégé de l’Allegro initial et dont les accords percussifs du second Allegro (un épisode qui évoque étrangement le Katchaturian de Gayaneh!), confèrent au violoncelle un saisissant relief. Enjoué et très virtuose, pour les deux instruments, l’Allegro final (autre clin d’œil à…Prokofiev, cette fois?) offre un des rares moments de « détente » permis par ces partitions le plus souvent graves et austères (Schnittke!). De même s’impose, par son caractère plaisant, sa variété et originalité d’écriture, l’Allegro de la sonate de Prokofiev. Et, dans un tout autre registre, l’auditeur ne peut demeurer indifférent au long Largo faisant suite (et fin) à l’ahurissant Presto central de la pièce de Schnittke, abîme de douleur, de solitude et de désolation…

Dans la sonate de Rachmaninov, enfin (seule pièce ici qui s’attarde encore quelque peu dans un certain romantisme), la sonorité du Matteo Goffriller (début XVIIIe) de fait merveille et cette interprétation l’emporte aisément, par exemple, sur la version Truls Mørk / Jean-Yves Thibaudet (Rachmaninov / Miaskovski, chez Virgin), au phrasé moins convaincant et au piano plus « dur ».

En dépit d’une présentation digipack bien peu attractive (le label Aeon semble donner volontiers dans le flou sinon le glauque, du style images de film noir américain…), cette réalisation, de qualité technique soignée, a le mérite de proposer quatre œuvres majeures de la « littérature » pour violoncelle et piano, et de surcroît servies par des interprètes idéalement inspirés.

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