La Scène, Opéra, Opéras

Celui qui n’a rien à faire au Japon (et encore moins à Tours)

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Tours. Opéra. 29/01/2006. Giacomo Puccini (1858-1924) : Madame Butterfly, opéra en 3 actes sur un livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica. Mise en scène : Alain Garichot. Décors : Denis Fruchaud. Costumes : Claude Masson. Lumières  : Marc Delamézière. Avec : Sophie Fournier, Cio-Cio-San ; Jean-Francis Monvoisin, Pinkerton ; Svetlana Lifar, Suzuki ; Evgueniy Alexiev, Sharpless ; Jean-Louis Mélet, le Bonze ; Chœur de l’Opéra de Tours (chef de chœur : Emmanuel Trenque). Orchestre de l’Opéra de Tours, direction : Jean-Yves Ossonce.

Madame Butterfly

Reprise d’une production de 2001, dont il ne subsiste comme protagoniste que en Cio-Cio-San, cette Madame Butterfly est d’un niveau très appréciable, plus du point de vue théâtral que musical. La mise en scène s’aide de lumières savantes, utilisant le contre-jour comme la division de la scène en deux parties distinctes ; d’une part, il y a ce qui nous est donné à voir directement, et derrière les rideaux se profilent les ombres chinoises qui suggèrent le drame qui se prépare. Les décors épurés de s’articulent autour d’un plateau constitué de carrés mouvants s’agençant dans l’espace lors de l’évolution de la pièce. Ca et là sont dispersés les arbres en fleurs, une table basse et une petite commode où est enfermé le trousseau de mariage de Butterfly.

Contrastant avec la solennité des lieux, les chanteurs usent d’un jeu très expressif plutôt axé sur la démonstration que sur l’intériorisation des sentiments. Parfois dans l’exagération, ils pêchent par excès et donnent parfois l’impression d’en faire trop. Ce n’est peut être pas un mal, compensant par un histrionisme parfois envahissant le maigre intérêt vocal. est un soprano qui a du fréquenter des rôles pas forcément adaptés à son ambitus : la voix est dotée d’un large vibrato, les notes aiguës sont obligatoirement émises fortissimo et les tentatives de piani sont toujours heurtées et brusques. Plutôt soprano dramatique, c’est une chanteuse qui a vécu aussi de Jenufa, de Bal Masqué et de Voix Humaine, et cela se ressent par la trop grande maturité de la voix trop prononcée pour incarner une fragile geisha de quinze ans.

Malgré tout, la caractérisation de son rôle est frappante, et l’on se laisse prendre entièrement dans l’histoire, par empathie dans « Un bel di, vedremo », par compassion dans la mort de Cio-Cio-San, et là où la jeunesse est terriblement défaillante, on trouve une artiste qui gage qu’elle peut nous faire croire à ce qu’elle dit, et en très grande partie, elle y parvient. C’est par cette maturité qu’elle fournit le plus beau portrait de Butterfly. Malheureusement, son partenaire ne possède pas la même qualité, et les défauts vocaux nous privent de la symbiose nécessaire entre deux chanteurs : la voix est faible, largement supplantée par sa Butterfly lors du duo d’amour, et incroyablement engorgée ; à partir de là découlent un ternissement du timbre, une émission vocale laborieuse. Peut être est-ce pour donner une image peu reluisante de l’Américain conquérant, mais nous en doutons. D’autant plus que ce n’est pas le cas de son compatriote, Sharpless, interprété par , qui possède une voix claire et sonore, à l’intonation touchante. Tel est le cas également de qui possède une pâte vocale à la tessiture homogène et claironnante, avec des graves somptueux et un médium sensuel.

Enfin, l’orchestre est savamment dirigé par , qui sait ne pas couvrir les chanteurs et développe dans une matière symphonique chatoyante. Sa direction vise avant tout la dramaturgie et ne laisse pas de temps pour d’inutiles contemplations, travers que l’on retrouve parfois trop souvent chez certains chefs qui confondent lyrisme romantique avec l’écœurante crème chantilly qu’ils nous proposent. Ce retour de l’urgence de l’action est bénéfique et unifie cette matinée sous le signe avant tout, du théâtre plus que de l’opéra.

Signalons que cette production sera reprise à Rouen en octobre 2006. Les distributions ne sont pas encore connues, mais débarrassée de son insupportable Pinkerton, elle n’en sera que d’autant plus intéressante.

Crédit photographique : © François Berthon

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Tours. Opéra. 29/01/2006. Giacomo Puccini (1858-1924) : Madame Butterfly, opéra en 3 actes sur un livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica. Mise en scène : Alain Garichot. Décors : Denis Fruchaud. Costumes : Claude Masson. Lumières  : Marc Delamézière. Avec : Sophie Fournier, Cio-Cio-San ; Jean-Francis Monvoisin, Pinkerton ; Svetlana Lifar, Suzuki ; Evgueniy Alexiev, Sharpless ; Jean-Louis Mélet, le Bonze ; Chœur de l’Opéra de Tours (chef de chœur : Emmanuel Trenque). Orchestre de l’Opéra de Tours, direction : Jean-Yves Ossonce.

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