Plus de détails

Liège, Salle Philharmonique. 09-II-2006. Charles Gounod (1818-1893) : Symphonie n°1 en ré majeur. Camille Saint-Saëns (1835-1921) : Romance pour cor et orchestre. Reinhold Glière (1875-1956) : Concerto pour cor et orchestre. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n°9. Nico De Marchi, cor. Orchestre Philharmonique de Liège, direction : Jean-Pierre Haeck.

L’OPL en petite forme

Après avoir si bien fêté Mozart au mois de janvier, l’Orchestre philharmonique de Liège n’allait pas pour autant négliger le second jubilaire de cette saison, celui de Dimitri Chostakovich. , premier chef invité de la formation, a ainsi composé pour le concert de ce jeudi 2 février un programme original alliant la grâce légèrement maniérée de la Symphonie n°1 de , au burlesque de la Symphonie n°9 de Chostakovitch. Le programme incluait également deux pièces pour cor : la très (trop?) courte Romance de , ainsi que le magnifique Concerto de . La partie soliste de la partition était assurée par , corniste solo de l’orchestre avec lequel Haeck vient d’enregistrer l’intégrale des œuvres pour cor et orchestre de Mozart (JPH Productions).

La Symphonie n°1 de Gounod n’avait certainement pas pour ambition de révolutionner le genre musical, mais sa légèreté, sa générosité, transcendées par la lecture énergique de Haeck, nous offre le résultat le plus aboutit de la soirée. Cette réussite est certainement due à la capacité du chef à développer, approfondir le caractère propre de chacun des quatre mouvements. Après une mise en place quelque peu délicate, la musique évolue avec une énergie, une théâtralité digne d’une ouverture d’opéra. Dans la suite, le chef sait se montrer très attentif aux dynamiques, et même si la vigilance des cordes se voit parfois ébranlée, on retiendra de l’œuvre son troisième mouvement, magnifiquement mis en valeur par le duo charmeur du hautbois et du basson.

entre alors en scène et nous offre juste avant l’entracte, la savoureuse Romance pour cor et orchestre de Saint-Saëns. Sur trois minutes d’un raffinement exquis, De Marchi étale une sonorité onctueuse, généreuse, magnifiée par l’orchestration pleine d’esprit du compositeur français. La seconde partie du concert s’ouvre avec le concerto de Glière. Malheureusement, celui nous laissera quelque peu sur notre faim. Le premier mouvement est marqué par le déséquilibre de la balance entre pupitres, entraînant une mauvaise compréhension du discours musical, pourtant simple d’accès. On notera que le soliste développe au cours de ce mouvement sa propre cadence, au lieu de celle, habituelle, composée par le dédicataire de l’œuvre : Valeri Polekh. Lors du second mouvement, on réalise que Nico De Marchi possède une sonorité d’une grande ampleur et une excellente technique, mais qu’il commence à se laisser dépasser par l’œuvre. Glière n’hésite pas dans son écriture à enchaîner un solo virtuose à de longs phrasés éprouvants qui mettront à mal l’endurance de l’artiste. On regrettera d’ailleurs que Haeck, conscient de ces difficultés, estompe systématiquement celles-ci en couvrant son soliste. Le procédé est trop facile, surtout que De Marchi a su sortir serein de l’ensemble des parties virtuoses de cette agréable pièce, nous rappelant les plus belles pages de Strauss.

La Symphonie n°9 de Chostakovitch constitue un bel exemple dans l’alternance d’honneurs et de disgrâces qui auront caractérisé la carrière du musicien. Tandis que la Symphonie n°7 recevait le prix Staline en 1942, la Symphonie n°9 crée en 1945 recevra, elle, de violentes critiques de la part du Parti communiste lui reprochant une écriture aussi légère au lendemain de la guerre. Les Symphonies n°7 et n°8 ne trouvent en effet aucun écho à leur monumentalité dans cette écriture où l’héroïsme patriotique cède sa place à des airs enjoués inspirés de danses rustiques. Si l’orchestre a bien saisi l’esprit de l’œuvre et prend visiblement beaucoup de plaisir à l’interpréter, a malheureusement tendance à brider sa formation par son manque de souplesse. Malgré quelques petits accrocs (des cordes décidemment en petite forme, des percussionnistes aux mains bien lourdes…), la symphonie évolue efficacement. Le second mouvement confirme tout le talent de Chostakovitch pour sculpter le froid et installer une atmosphère annonçant déjà le superbe premier mouvement de la Symphonie n°11. Le pupitre des bois, par sa remarquable cohérence, emmène la symphonie vers sa juste conclusion dans le crescendo final.

Jean-Pierre Haeck, malgré un programme alléchant, n’aura pas su trouver le ton juste lors de ce concert. Comme branché sur le pilotage automatique, il conduit son orchestre correctement, mais sans inspiration. Gageons que l’ensemble liégeois retrouvera très vite toute sa verve.

Crédit photographique : © DR

Plus de détails

Liège, Salle Philharmonique. 09-II-2006. Charles Gounod (1818-1893) : Symphonie n°1 en ré majeur. Camille Saint-Saëns (1835-1921) : Romance pour cor et orchestre. Reinhold Glière (1875-1956) : Concerto pour cor et orchestre. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n°9. Nico De Marchi, cor. Orchestre Philharmonique de Liège, direction : Jean-Pierre Haeck.

Mots-clefs de cet article

Banniere-ClefsResmu-ok

Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.