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Une rareté de la préhistoire du disque d’opéra français

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Jean Nouguès (1875-1932) : les Frères Danilo. Marguerite Mérentié, Myria ; Alfred Maguenat, Tiarko ; Edmond Tirmont, Nino ; Henri Albers, L’Auguste ; Mme Delrys, La Teigne ; Pierre Dupré, Le Docteur. Orchestre du Théâtre National de l’Opéra-Comique, Paris, direction : Jean Nouguès. Giuseppe Verdi (1813-1901) : la Traviata. Henri Albers, Georges d’Orbel ; Hippolyte Belhomme, Le Docteur Germont ; Gaston de Poumayrac, Vicomte Émile ; Pierre Dupré, Le Marquis d’Obigny ; Maurizio Troselli, Rodolphe ; Jane Morlet, Violetta de Saint-Ys ; Marie Gantéri, Annette. Direction : Émile Archaimbaud. 2 CD Marston Réf. : 52043-2. Enregistré à Paris en 1912/13. Notice unilingue (anglais) excellente avec de multiples photos et biographies des interprètes, mais sans livret. Durée : 79’51’’, 78’53’’

 

Avec ce double album CD consacré aux Frères Danilo de Nouguès (en 16 faces) et à la Traviata de Verdi (en 32 faces), Marston franchit un pas supplémentaire dans la réédition des onze opéras enregistrés acoustiquement par Pathé. Pour notre plus grand plaisir, ce musicien-ingénieur du son, par souci d’honnêteté, reste fidèle aux sonorités des enregistrements originaux tout en les nettoyant au maximum dans les limites du respect des timbres, évitant à juste titre l’ajout de fausse stéréo.

Ne cherchez pas d’enregistrement moderne des Frères Danilo : il n’en existe pas – et pour cause – car il s’agit d’une commande de Pathé à en 1912, expressément pour le disque, la firme française décidément novatrice faisant une exception par rapport à la publication d’opéras très célèbres. Aucun indice prouvant une éventuelle représentation théâtrale de l’ouvrage, et la partition ayant apparemment disparu, voilà donc une façon originale d’imposer le phonographe non plus comme un jouet, mais bien en tant qu’outil de propagation de la culture musicale. Un autre cas similaire, pour ne rester que dans le 78 tours/min, sera la commande en 1933 par la Columbia française du ballet de Giration (allusion probable à la rotation du disque lors de son audition). Dans les deux cas, les œuvres sont dirigées par leur auteur respectif.

Jean-Charles Nouguès (1875-1932) acquit une certaine notoriété grâce à son opéra Quo Vadis? créé en 1909. C’est certainement ce succès qui incita Pathé à commander les Frères Danilo dont le sujet se situe dans un cirque avec ses rivalités amoureuses et ses conflits traités dans le style du vérisme et du réalisme en musique, un peu à la manière de I Pagliacci de Leoncavallo. Toutefois la musique possède un caractère typiquement français, et la comparaison frappante qui nous est venue automatiquement à l’esprit est celle de Louise (1900) de , non bien sûr par le sujet, mais bien par le style musical de l’auteur, très fin de XIXe siècle. D’un petit maître français, il s’agit d’une œuvre agréable et sans longueur qui se laisse écouter avec plaisir. On y retrouve avec le plus grand plaisir des artistes associés à Pathé : Marguerite Mérentié (la Carmen de 1911), Alfred Maguenat, Edmond Tirmont, Henri Albers (Escamillo de Carmen de 1911, et Alphonse XI de La Favorite de 1912) et Pierre Dupré (Zuniga de Carmen de 1911, et le comte des Grieux de Manon de 1923).

L’idée était excellente de faire voisiner à cette rareté l’un des opéras les plus célèbres et les plus aimés au monde : la Traviata ne désigne pas un nom de famille, comme Tosca, Tebaldi, Callas etc… mais signifie littéralement la Dévoyée, ce qu’ont jugé trop vulgaire les adaptateurs français qui ont gardé le nom italien original. L’héroïne a réellement existé et son nom était Marie Duplessis, mais devint Marguerite Gautier chez Dumas, avant d’être Violetta (la Traviata) chez Verdi. Après avoir été un fiasco lors de la création mal préparée à La Fenice de Venise, le 6 mars 1853, le même théâtre recueillait un succès étourdissant peu après, succès qui ne s’est plus jamais démenti par la suite. L’enregistrement proposé ici par Pathé est en français et date de 1912. Il est bon de savoir que la création en langue française eut lieu le 27 octobre 1864 au Théâtre Lyrique du Châtelet, et que Verdi allait écrire, après la Traviata, un opéra sur un livret en français d’Eugène Scribe : les Vêpres Siciliennes. Ici également, nous retrouvons Henri Albers (en Georges d’Orbel) et Pierre Dupré (en Marquis d’Obigny), mais aussi, en Violetta, Jane Morlet (déjà présente en Léonore dans le Trouvère de 1912), et, en Docteur Germont, Hippolyte Belhomme (déjà présent dans Carmen de 1911 et Manon de 1923). Pour mener à bien toute cette entreprise, il fallait un chef rompu aux méthodes de l’enregistrement acoustique, telles que subdivisions de tout l’opéra en tranches de 3 à 4 minutes… Si le nom d’Émile Archaimbaud ne dit plus grand-chose de nos jours, il faut reconnaître qu’il s’acquitte remarquablement de sa tâche ingrate, tout comme d’ailleurs pour son propre opéra.

Crédit photographique Jean Nouguès (14 mars 1905) : © Archives Photographiques (Médiathèque de l’Architecture et du Patrimoine) CNM

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Jean Nouguès (1875-1932) : les Frères Danilo. Marguerite Mérentié, Myria ; Alfred Maguenat, Tiarko ; Edmond Tirmont, Nino ; Henri Albers, L’Auguste ; Mme Delrys, La Teigne ; Pierre Dupré, Le Docteur. Orchestre du Théâtre National de l’Opéra-Comique, Paris, direction : Jean Nouguès. Giuseppe Verdi (1813-1901) : la Traviata. Henri Albers, Georges d’Orbel ; Hippolyte Belhomme, Le Docteur Germont ; Gaston de Poumayrac, Vicomte Émile ; Pierre Dupré, Le Marquis d’Obigny ; Maurizio Troselli, Rodolphe ; Jane Morlet, Violetta de Saint-Ys ; Marie Gantéri, Annette. Direction : Émile Archaimbaud. 2 CD Marston Réf. : 52043-2. Enregistré à Paris en 1912/13. Notice unilingue (anglais) excellente avec de multiples photos et biographies des interprètes, mais sans livret. Durée : 79’51’’, 78’53’’

 
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