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Daniel Hope et John Axelrod à l’OPL : Hommage à Lenny

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Liège, Salle Philharmonique. 10-III-2006. Joseph Haydn (1732-1809) : Symphonies n° 22 en mi bémol majeur Hob. I : 22 « Le Philosophe », n° 103 en mi bémol majeur Hob. I : 103 « Roulement de timbales » ; Leonard Bernstein (1918-1990) Sérénade pour violon, orchestre à cordes, harpe et percussions, Suite symphonique On the Waterfront. Daniel Hope (violon), Orchestre Philharmonique de Liège, direction : John Axelrod.

Ce concert est conçu comme un hommage à , dont , qui faisait ses débuts ce soir à Liège, fut l’élève et l’assistant. Hommage par l’exécution de deux de ses propres œuvres, mais aussi par le choix de Haydn en complément de programme, dont Lenny était un grand spécialiste, ses enregistrements de la Création, de plusieurs messes, et des symphonies Parisiennes et Londoniennes figurant toujours parmi les références discographiques.

La Symphonie n°22 de Haydn date de 1764, c’est une œuvre assez particulière : elle utilise des cors anglais à la place des hautbois, et présente les mouvements dans une alternance inhabituelle pour une symphonie : Adagio-Presto-Minuetto-Presto. et ses musiciens en donnent une très belle lecture, lumineuse et équilibrée, avec un premier mouvements solennel et songeur mais sans être pompeux, un menuet élégant et un peu guindé, très « Ancien Régime », et deux mouvements rapides bien enlevés, et dont le tempo ne se relâche pas. Belle prestation de l’orchestre, avec des cors anglais très doux, des cors qui suivent le rythme échevelé du finale sans faiblir et des cordes gracieuses, mais un peu acides.

La Sérénade de Bernstein est fascinante et séduisante, par ses audaces rythmiques, sa riche orchestration, et l’habile utilisation du thème principal, qui revient hanter chaque partie. L’œuvre fut composée par Bernstein après une lecture du Banquet de Platon, et fut créée à Venise sous l’archet d’Isaac Stern et la baguette du compositeur à la tête de l’Orchestre Philharmonique d’Israël. Comme le chef, faisait ce soir ses débuts dans la Cité ardente, il livre une version sensible et raffinée, avec un jeu très finement coloré, à la sonorité pas très puissante, mais très chaleureuse et séduisante. Son sens du rythme et la belle tenue classique de son interprétation donnent un résultat très convaincant, et l’accompagnement de l’orchestre est comme souvent à l’OPL, d’une grande implication et d’un grand respect pour les options du soliste.

Après la pause, la Symphonie n°103 de Haydn est moins enthousiasmante : le roulement de timbales qui donne son surnom à la symphonie est presque inaudible, et l’allegro con spirito est poussif et raide. Le mouvement lent, à l’allure de marche, est meilleur : il ne traîne pas, et l’atmosphère mystérieuse du début est très bien rendue, mais le solo du concertmeister est assez grinçant. Les deux dernières parties sont également problématiques : le menuet est corseté et rigide, alors que le finale est mené à un tempo assez idéal, mais se révèle à la longue assez bruyant et démonstratif. La petite déception causée par cette interprétation inaboutie de l’opus haydnien est largement gommée par une magnifique exécution de la suite symphonique que a tirée de la musique qu’il écrivit pour le célèbre film d’Elia Kazan « On the Waterfront » (Sur les quais). Sur les quais est la seule expérience de Bernstein en tant que compositeur de musique de film, il en fut assez déçu, car Kazan coupa certaines scènes au montage, amputant la bande originale d’éléments de très haute valeur. En entendant cette partition réunie en un bloc d’un seul tenant, on comprend la frustration de Bernstein de voir coupée une musique aussi belle, ample et généreuse, alternant des moments brillants à la rythmique extravertie, et des passages lents et chaleureux, à l’intensité digne des grands adagios mahlériens. L’interprétation de John Axelrod est lyrique et puissante, et la maîtrise dont il fait preuve pour dompter l’impressionnant effectif orchestral est très impressionnante, et sa gestique souple et précise, et est un vrai régal à admirer. Cette exécution sera malheureusement marquée par le malaise d’une clarinettiste qui s’écroule par terre en plein milieu de l’œuvre. Les médecins présents dans la salle interviennent rapidement, et après quelques minutes assez angoissantes, elle peut faire sa sortie, debout. Renseignement pris auprès de l’orchestre, le malaise était sans gravité, et la musicienne se porte bien. On reprend l’œuvre quelques mesures avant l’interruption, avec quelques flottements, car l’incident était tout de même assez spectaculaire et choquant, mais avec beaucoup d’engagement et de chaleur, ce qui vaut à l’orchestre et à son chef d’un soir une ovation bien méritée de la part du public, fort nombreux, malgré un programme a priori peu vendeur. The show must go on !

Crédit photographique : © Mario Borgreve

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Liège, Salle Philharmonique. 10-III-2006. Joseph Haydn (1732-1809) : Symphonies n° 22 en mi bémol majeur Hob. I : 22 « Le Philosophe », n° 103 en mi bémol majeur Hob. I : 103 « Roulement de timbales » ; Leonard Bernstein (1918-1990) Sérénade pour violon, orchestre à cordes, harpe et percussions, Suite symphonique On the Waterfront. Daniel Hope (violon), Orchestre Philharmonique de Liège, direction : John Axelrod.

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