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Le vaisseau Garnier

À emporter, Essais et documents, Livre

Le vaisseau Garnier. Photographies de Pascal Delcey, textes de Charles Garnier, postface de Jean Guillou. Editions Parenthèses, Paris. 176 pages. 32 euros. N° ISBN : 2-86364-137-9. Dépôt légal : 2005.

Le Palais Garnier a été inauguré le 5 janvier 1875. Véritable chef-d’œuvre architectural, cet opéra a été le siège de nombreux évènements marquant la vie artistique de l’époque, refuge d’un art qui allait perdre de sa popularité à cause de l’émergence d’un divertissement non vivant : le cinéma. L’Opéra en tant qu’institution a connu autant de dénominations que de régimes politiques, aussi bien Académie Royale de Musique (en 1672), qu’Opéra National (1793), Théâtre de la République et des Arts (1797), ou encore Académie Impériale de Musique (1815). Depuis 1994 est adopté l’intitulé Opéra National de Paris. Les salles de l’Opéra furent tout aussi nombreuses, prenant place successivement dans la salle du Jeu de Paume, la salle des Machines aux Tuileries, ou bien les salles longeant ce qui allait devenir les Grands Boulevards : les salles Favart, Louvois, Le Pelletier (et durant un an à peine, la salle Ventadour). Il semblerait que la salle de la rue Le Pelletier fut très belle à l’intérieur malgré l’austérité de la façade. L’incendie de ce théâtre coïncidait avec l’ouverture prochaine du Palais Garnier commandé par Napoléon III, mais fini sous la IIIème République. Considéré comme gouffre financier et débauche pour la classe bourgeoise dominante, la salle offrait un confort accru pour les spectateurs et le bâtiment en général formait une autre salle de spectacles, celle des toilettes luxueuses et des chapeaux richement ornés, mais aussi celle des rencontres coquines (notamment le célèbre Foyer de la Danse, qui permettait aux abonnés d’aller voir leur protégée).

Le Palais Garnier est donc un temple dédié à la musique, à la danse, mais aussi, on le remarque moins, un trésor architectural. On connaît l’anecdote fameuse selon laquelle l’Impératrice rendant visite à pendant la construction du nouvel Opéra se plaignit du fait que ce bâtiment n’appartenait à aucun style et celui-ci lui rétorqua que c’était du Napoléon III. Mêlant tous les genres, du classique au baroque, usant des mythologies et des allégories, c’est une véritable apologie de l’hédonisme qu’a construit le jeune architecte alors inconnu. Ce livre de photographies s’attache aux détails jamais remarqués d’un lieu pourtant si fréquenté ; au détour d’un escalier, une salamandre espiègle est pourtant là, à deux mètres de nos yeux. Derrière une volute, un bijou de sculpture, orfèvrerie de la pierre. Ville dans la ville, et sur ces pages totalement dénuées d’êtres humains, nous pourrions avoir l’impression d’un palais qui s’assoupit. Les masques de la comédie et de la tragédie s’animent, parfois coloriées par le photographe, rendant mystérieuses les atmosphères du lieu. Le ciel se teinte de pourpre étouffant, de cyan inquiétant et laisse vagabonder l’imagination. Nous n’avions jamais pensé qu’il pouvait en être autrement de ce que nous croyions voir : une enfilade de colonnades, une pléiade de lustres, la profondeur de la salle, nouvellement vues et donc recréées. L’intérêt éprouvé est doublé par des citations du Nouvel Opéra écrit par Garnier, qui confie ses doutes et ses espoirs alors qu’il bâtissait l’Opéra.

Bien que le vaisseau Garnier ait été déjà l’objet de nombreux livres de photographies, ce dernier paru, en utilisant des procédés photographiques intéressants et originaux, rajoute une pierre nouvelle à l’édifice, et en glorifie d’autant plus la beauté du rayonnant Opéra National de Paris.

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