Concerts, La Scène, Musique symphonique

Nelson Freire, Riccardo Chailly, Gewandhaus Leipzig

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Bruxelles. Palais des Beaux-Arts. 10-III-2006. Johannes Brahms (1833-1896), Concerto pour piano et orchestre n°1 en ré mineur, Op. 15, Symphonie n°2 en ré majeur, Op. 73 ; Alban Berg (1885-1935) Sonate n°1 (arrangement Théo Verbey né en 1959). Nelson Freire, piano. Orchestre du Gewandhaus de Leipzig, direction : Riccardo Chailly.

riccardo_chailly_brahms_2006-300x353Générosité au Palais des Beaux-Arts

Ayant pris la succession d’Herbert Blomstedt cette saison pour devenir le dix-neuvième Gewandhauskapellmeister, était pour la première fois en tournée européenne avec son orchestre leipzigois, accompagné du pianiste .

Le programme de ce soir est largement brahmsien, et débute par l’orageux et romantique Concerto pour piano n°1. Au piano, donne l’interprétation rêvée : il fait chanter son piano d’une manière qui va au-delà de ce qui peut se décrire, colore ses notes avec une palette de couleurs inouïe, et varie la dynamique, du pianissimo au fortissimo, en conservant toujours une sonorité pure et belle, sans aucune dureté. Face à tant de liberté, d’intelligence et d’évidence musicales (et on ne se sent ici en aucune façon en train d’écouter une démonstration pianistique), deux ou trois fausses notes, quelques traits bousculés sont encore moins que rien, et l’inclusion du piano dans un orchestre admirablement conduit est tout simplement sublime. Les moments de grâce sont innombrables : l’introduction orchestrale, lente et houleuse, portée par un souffle infini ; la coda du premier mouvement, portée par un pianiste éblouissant de puissance ; le mouvement lent tout entier, poétique et tendre, qui semble évoluer en état d’apesanteur ; et le finale tellurique, dans lequel Freire et Chailly, en parfaite osmose, donnent à chaque note son véritable poids. Entre les deux monuments brahmsiens, l’orchestration par Théo Verbey de la Sonate de Berg ne fait pas tout à fait le poids. C’est pourtant une réalisation de qualité, qui ne trahit pas l’œuvre initiale, qui manque peut être un peu de couleurs, mais qui met en œuvre de subtiles variations sur la lumière, et dont les effets translucides sont très intéressants.

Retour à Brahms ensuite avec la Symphonie n°2, qui vient confirmer le très haut niveau de ce concert. Chailly propose un Brahms chaleureux et généreux, vigoureux et doux, onirique et exalté. Le premier mouvement, pris dans un tempo assez rapide, est poétique et ensoleillé, doux et chaleureux, les interventions des vents sont très détaillées et admirablement mises en place, mais on sent un peu trop de contrôle, et les intentions du chef semblent plus calculées que spontanées. La suite n’appelle par contre aucune réserve : un adagio non troppo mélancolique mais tendre et plein d’espoir, un allegretto lumineux et délicat, et un finale très rapide, jubilatoire, musclé, et tendu, à réveiller les morts !

Quel bel orchestre que le Gewandhaus sous la baguette de , qui exalte le son très caractéristique, pas nécessairement le plus séduisant au premier abord, mais un des plus riches et des plus chargés d’histoire, de cette vénérable formation. Les cordes sont d’une discipline parfaite et font preuve d’un engagement exemplaire, les bois sont homogènes et ont un son qui devient de plus en plus rare, sombre et un peu mat, typique de la facture allemande. Les cors, du concerto à la symphonie, émerveillent par leur justesse, leur sonorité ronde et ample, leur capacité à ne jamais forcer et à assurer leurs périlleux solos sans trembler. Seules les trompettes connaissent quelques accrocs dans le dernier mouvement de la symphonie, mais il n’y a pas de quoi troubler la joie d’un auditoire conquis, qui sera récompensé des ses applaudissements nourris par deux danses hongroises en bis qui terminent en beauté un concert généreux et réconfortant.

Riccardo Chailly a surpris en troquant le luxe du Concertgebouw d’Amsterdam pour un orchestre leipzigois en relative perte de vitesse, mais il pourrait bien surprendre encore plus en remettant très vite le Gewandhausorchester à sa place naturelle, celle des meilleures phalanges européennes.

Crédit photographique : Riccardo Chailly – Photo (c) DR

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Bruxelles. Palais des Beaux-Arts. 10-III-2006. Johannes Brahms (1833-1896), Concerto pour piano et orchestre n°1 en ré mineur, Op. 15, Symphonie n°2 en ré majeur, Op. 73 ; Alban Berg (1885-1935) Sonate n°1 (arrangement Théo Verbey né en 1959). Nelson Freire, piano. Orchestre du Gewandhaus de Leipzig, direction : Riccardo Chailly.

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