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Il Turco in Italia avec Callas et Gedda

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Gioachino Rossini (1792-1868) : Il Turco in Italia. Maria Callas, Donna Fiorilla ; Nicola Rossi-Lemeni, Selim ; Nicolaï Gedda, Don Narciso ; Jolanda Gardino, Zaida ; Piero de Palma, Albazar ; Franco Calabrese, Don Geronio : Mariano Stabile, le poète. Chœur et orchestre de la Scala de Milan, direction : Gianandrea Gavazzeni. 2 CD Naxos Historical (8. 111028-29). Enregistré en septembre 1954. ADD. Notice en Anglais sans livret. Durée : 76’55 et 60’31.

 

Si L’Italiana in Algeri avait connu une création triomphale, le 22 mai 1813, il s’en faut de beaucoup que la même fortune ait couronné la première représentation de son pendant musical, Il Turco in Italia, créé à la Scala de Milan le 14 août 1814. Inattendue et brutale, la chute de cet ouvrage (que Rome, cependant, accueillera chaleureusement l’année suivante) est à l’origine du premier malentendu entre le compositeur et son public, lequel lui reproche de succomber à la tentation de l’autoplagiat. En dépit de certaines reprises sporadiques, la carrière du Turco en aura souffert plus d’un siècle, l’absurde idée – fondée sur les inébranlables piliers de la sottise et de l’ignorance – d’un remake de l’Italiana ayant refroidi l’ardeur des plus entreprenants directeurs de l’institution lyrique. L’enregistrement historique de 1956 vint donc à point pour faire litière de cette accusation dont le lancement ne put être, en son temps, que le fruit d’une écoute inconséquente ou paresseuse. Non seulement, il est impossible de trouver dans cette partition la moindre redite des ouvrages antérieurs du maître de Pesaro, mais encore y voit-on la veine humoristique et le traitement instrumental briller de reflets aussi étincelants qu’inédits. Le quintette « Oh guardate che accidente », particulièrement, reste un sommet insurpassé d’humour musical.

Il fallut donc attendre la belle soirée romaine du 19 octobre 1950 pour assister à la résurrection de l’infortunée partition, sous la direction de Gianandrea Gavazzeni, avec une distribution de rêve : , Sesto Bruscantini, , ,  ! Quatre ans plus tard, le disque assure enfin la diffusion mondiale de l’opéra, avec une équipe modifiée. En dépit de la profusion des enregistrements rossiniens et de l’hypertrophique bibliographie consacrée à la diva disparue, ce n’est pas sans une certaine curiosité nuancée d’appréhension que l’on se met à l’écoute de ce document sonore restitué par la firme Naxos. Pourquoi ne pas reconnaître d’emblée – une fois exprimées, au sujet de la plus grande tragédienne du XXe siècle, les réserves d’usage (qui ne frappent jamais, c’est à noter, les artistes médiocres) – que la magie joue à plein dès les premières notes ? Cela tient-il à l’incroyable présence dramatique de la Callas, à son exceptionnelle agilité vocale, à la sombre beauté de son timbre que certains excès n’ont pas encore altéré ? Poser la question, c’est surtout en mesurer l’inutilité. Peut-être la réponse est-elle ailleurs, dans l’ambiguïté même du rôle de Fiorilla, vertueuse mais capricieuse épouse de l’inconsistant et falot Geronio (admirable , qui sait varier les effets d’une modestie exigée par la logique dramatique) : pour donner vie à ce caractère dont les pétillantes maladresses dissimulent assez mal l’aspiration pathétique à un quotidien moins routinier, on pouvait tout espérer du génie scénique d’une cantatrice capable d’exprimer avec le même bonheur la malice et la mélancolie, l’esprit et le dépit, la tendresse et la raillerie. Écoutez donc, au hasard de ses deux cavatines (« Non si dà follia maggiore », acte 1 – « Se il zefiro si posa », acte 2), les mille nuances de son timbre au métal unique épouser et mettre en lumière les moindres inflexions dramatiques d’un texte apparemment anodin ! Entendez-la repousser les avances du beau Selim sans se montrer toutefois trop farouche (« Con un poco di modestia, Io so ben quel che si fa » – Je sais bien à quoi on arrive avec un peu de modestie) ! Quelle leçon de théâtre, quelle infaillibilité de ton !

Aux côtés de Callas, la palette des timbres masculins est d’une surprenante variété. Inoubliable animateur des grands rôles verdiens, (Prosdocimo) déclame ici son texte poétique sans se laisser troubler par l’éclat solaire du grand Nicolaï Gedda (Narciso) dont la voix spectaculaire transfigure la sentimentalité parfois complaisante. À peine en retrait, (Albazar) excelle à charger de bienveillance son rôle de confident de Selim, prince oriental dont souligne moins l’exotisme de pacotille que les humaines faiblesses. Cette perfection vocale et dramatique ne trouve pas, hélas, un soutien orchestral à la hauteur de ses ambitions ; grand promoteur de l’œuvre, Gianandrea Gavazzeni ne parvient ni à souder sa phalange ni à en distinguer les pupitres. Certains errements peuvent même surprendre, dès l’ouverture et dans les interludes, mais ils ne font en définitive qu’ajouter à l’agrément purement théâtral, donc jubilatoire autant qu’aléatoire, de ce chef-d’œuvre monté tard mais brillamment au firmament de la scène lyrique.

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Gioachino Rossini (1792-1868) : Il Turco in Italia. Maria Callas, Donna Fiorilla ; Nicola Rossi-Lemeni, Selim ; Nicolaï Gedda, Don Narciso ; Jolanda Gardino, Zaida ; Piero de Palma, Albazar ; Franco Calabrese, Don Geronio : Mariano Stabile, le poète. Chœur et orchestre de la Scala de Milan, direction : Gianandrea Gavazzeni. 2 CD Naxos Historical (8. 111028-29). Enregistré en septembre 1954. ADD. Notice en Anglais sans livret. Durée : 76’55 et 60’31.

 
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