Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Pour une musique bien dans ses cordes

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Talant. Eglise Notre-Dame. 24-III-2006. Richard Strauss (1864-1949) : Capriccio, op. 85 en fa majeur, pour sextuor à cordes ; Piotr Ilytch Tchaïkovski (1840-1893) : Souvenirs de Florence, sextuor à cordes op. 70 ; Félix Mendelssohn (1809-1847) : Octuor pour cordes, op. 20 en mi b majeur. La Camerata de Bourgogne (Directeur musical Thierry Caens) : Jean-François Corvaisier, Emmanuelle Kirklar, Thierry Juffard, violon ; Valérie Pélissier, Alain Pélissier, alto ; Laurent Lagarde, Sylvie Brochard, violoncelle ; Régis Pasquier, violon & direction.

La Camerata de Bourgogne

La Camerata de Bourgogne est, selon l’expression consacrée, un « ensemble à géométrie variable. » Fondée voilà bientôt vingt ans (1987) à l’initiative du trompettiste Thierry Caens, elle réunit une sélection de musiciens de haut niveau, constituant la fine fleur instrumentale de la région Bourgogne. Premier chef invité, pour l’anniversaire des dix ans de la Camerata : le violoniste Jean-Pierre Wallez, à qui succède, depuis 2004, cet autre violoniste de grande notoriété : . Pour ce concert, l’un des points forts des « semaines culturelles de Talant » (quasi-faubourg de Dijon), la Camerata produit le gratin de ses cordes, en la belle église Notre-Dame.

De contact chaleureux, présente, en quelques mots, chacune des trois pièces au programme et mettra ensuite généreusement et efficacement son splendide instrument crémonais Guarneri del Gesù de 1734 (et son talent !) au service de son commando d’archets….

Pour ouvrir le programme, le sextuor à cordes op. 85 de , qui tient précisément lieu d’ouverture à son dernier opéra Capriccio (1942), dans la formation voulue aussi par Brahms et choisie également par Schönberg (Die Verklärte Nacht, version chambriste) : 2 violons, 2 altos, 2 violoncelles. Dans cette conversation de salon entre gens « de bonne compagnie », où l’on se pose la question de savoir à quoi, des paroles ou de la musique, doit revenir la prééminence dans un opéra, le point de vue de Strauss nous est déjà livré dès ce sextuor d’entrée. La musique s’y fait poésie. Une poésie dont le charme opère tout au long de cet Andante con moto ; peut-être pas toutefois avec toute la subtilité qu’un jeu plus nuancé aurait pu dégager. Mais l’acoustique du lieu favorisant, selon le cas, fâcheusement ou flatteusement la dynamique, n’est sans doute pas étrangère à cette impression. Le phrasé d’évidente cohésion et les couleurs bellement chatoyantes de l’ensemble ne souffrent cependant aucune critique.

C’est au retour d’un séjour à Florence (où il composa La Dame de Pique, son opéra à succès) que Tchaïkovski écrivit son ultime pièce de musique de chambre (et unique sextuor) : Souvenirs de Florence, dans laquelle on chercherait vainement toute toscane – ou plus généralement italienne – allusion, si ce n’est peut-être le délicieux thème chantant de l’Adagio cantabile qui prend valeur de sérénade et où le violon de Régis Pasquier et le violoncelle de , émergeant des pizz guitarisants des altos, nous comblent de céleste sonorité. Après un troisième mouvement de discrète nostalgie « à la russe », brillamment enlevé est le Vivace final, avec son thème fugué, joué ici dans un bel élan alliant rigueur et ardeur enflammée.

Deux violons supplémentaires viennent compléter l’effectif pour l’octuor de Mendelssohn. Comme Schumann en son temps, on est toujours étonné, à l’écoute de cette pièce, d’y constater une telle qualité de composition, de richesse d’inspiration, une telle maturité de la part d’un jeune compositeur de seize ans. Jouée semble-t-il en première exécution publique dans une église parisienne, un soir de mars 1832, pour l’anniversaire (cinq ans) de la mort de Beethoven, c’est donc encore dans une église, un soir de mars, qu’il nous est donné d’entendre cette œuvre attachante, pour le plaisir partagé de ses interprètes inspirés et d’un public ravi.

Le con fueco de l’allegro initial est scrupuleusement respecté, de même que le Leggerissimo du scherzo, assorti d’une élégance de jeu propre à cette musique de Mendelssohn, qui évoque déjà irrésistiblement ici celle de l’Ouverture de Ein Sommernachtstraum (qu’il composera l’année suivante). Quant au presto final, il ne pose aucun problème à nos musiciens, forts d’une parfaite maîtrise technique et qui respirent en outre un évident plaisir de jouer. Ils impriment à la partition une allégresse communicative. Et pour un bonheur plus complet, c’est le superbe scherzo qu’ils nous rejouent, en bis. A de telles cordes, on se frotte volontiers…et dans le meilleur sens du terme.

Crédit photographique : © DR

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Talant. Eglise Notre-Dame. 24-III-2006. Richard Strauss (1864-1949) : Capriccio, op. 85 en fa majeur, pour sextuor à cordes ; Piotr Ilytch Tchaïkovski (1840-1893) : Souvenirs de Florence, sextuor à cordes op. 70 ; Félix Mendelssohn (1809-1847) : Octuor pour cordes, op. 20 en mi b majeur. La Camerata de Bourgogne (Directeur musical Thierry Caens) : Jean-François Corvaisier, Emmanuelle Kirklar, Thierry Juffard, violon ; Valérie Pélissier, Alain Pélissier, alto ; Laurent Lagarde, Sylvie Brochard, violoncelle ; Régis Pasquier, violon & direction.

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