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Pasquale Anfossi, brillant compositeur bouffe

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Reims. Grand Théâtre. 1-IV-2006. Pasquale Anfossi (1727-1797) : La Finta Giardiniera, opéra en trois actes sur un livret attribué à Giuseppe Petrosellini. Mise en scène et décors : Stephan Grögler ; costumes et décors : Véronique Seymat ; lumières : Laurent Castaingt ; assistante à la mise en scène : Bénédicte Debilly. Avec : Maria Grazia Schiavo, Sandrina ; Maria Ercolano, Arminda ; Léa Pasquel, Serpetta ; Soledad Cardoso, Don Ramiro ; Daniele Maniscalchi, Il conte Belfiore ; Laurent Bourdeaux, Le Podestat ; Pierrick Boisseau, Nardo. La Capella de’Turchini, direction : Antonio Florio

La Finta Giardiniera, acte I

Enfin une idée originale pour célébrer l’anniversaire Mozart ! Alors que la programmation habituelle nous ferait presque croire que Mozart n’a composé que le Requiem, Cosi Fan Tutte et la Flûte enchantée, la Fondation Royaumont a décidé de faire œuvre salutaire en mettant en parallèle les Finta Giardiniera de et de Mozart. Cette double production, confiée au même metteur en scène et se déroulant dans les mêmes décors, a tourné dans la région parisienne et à Bruges avant d’arriver au Grand Théâtre de Reims.

Les deux opéras ont été composés sur le même livret, attribué à Giuseppe Petrosellini, à quelques mois d’intervalle. La version d’Anfossi fut créée à Rome lors du Carnaval de 1774, celle de Mozart en janvier 1775 à Munich. Les deux versions ont connu le succès à l’époque, mais pas tout à fait dans les mêmes proportions. Triomphe à Rome et diffusion par la suite dans toute l’Europe pour Anfossi, succès d’estime sans plus, trois représentations seulement, à Munich pour la version Mozart, qui trouvera son public et un succès durable dans le monde germanique lorsqu’elle sera traduite en allemand.

Le décor unique est d’une simplicité géniale : une sorte de colline de canapés et de sofa, placés sur différents niveaux, qui suggère parfaitement bien les différentes pièces d’une vaste demeure, et qui permet à l’action un déroulement fluide et tout à fait limpide. La direction d’acteurs est efficace, le plateau bouge avec naturel et conviction, et l’énergie scénique est remarquable. Le metteur en scène a décidé de donner une grande place au pianofortiste, qui est placé sur scène, habillé d’une magnifique robe de soirée rose et coiffé d’une perruque blonde, et qui va, en plus d’assurer le continuo, se lancer dans quelques gags du plus bel effet comique qui en font un protagoniste à part entière dans la réussite du spectacle.

Le succès de la soirée est également musical, grâce à la partition d’Anfossi, qui propose une musique jolie et pétillante, très efficace et tout à fait réjouissante. L’instrumentation est assez conventionnelle et les airs sont un peu univoques, mais Anfossi est un compositeur doué, dont la musique atteint son but : plaire et divertir.

La distribution fait également beaucoup pour faire apprécier cette musique, présentant une équipe de jeunes chanteurs d’un niveau assez inespéré. En tête, la soprano , Sandrina à la voix puissante et brillante, très égale sur toute la tessiture. Son timbre manque un peu de couleurs, mais les aigus sont lumineux et elle dispense de magnifiques nuances. Sa rivale Arminda est chantée avec beaucoup d’abattage par , qui a des moyens vocaux somptueux : opulence du timbre, sûreté des graves et puissance des aigus, mais qui a du mal à les canaliser : les registres sont assez inégaux et la vocalisation mécanique. Elle a cependant un tempérament dramatique affirmé, et le matériau est très prometteur, elle semble donc être une chanteuse à suivre. Belle prestation également pour , qui est une Serpetta vive et piquante, au chant juste et brillant, mais dont le rôle est un peu trop effacé pour se faire une véritable idée des possibilités vocales. Enfin, dernière soprano de la distribution, mais jouant un rôle d’homme, Soledad Cardoso est la plus décevante : le timbre est très mignon, assez enfantin, et les aigus sont cristallins, mais la chanteuse n’extériorise pas ses moyens, se cantonnant à un chant mezzo piano presque inaudible, et elle a de sérieux problèmes de justesse. Il faudra attendre son dernier air, dans l’acte III, pour qu’elle se libère, et elle chante alors très bien : c’est juste, puissant et souple, et cela donne des regrets qu’elle se soit auparavant cantonnée à ce pépiement de moineau maladif. On est en tout cas en droit d’attendre autre chose de la part d’une chanteuse dont on n’a pas annoncé qu’elle pourrait être souffrante, qui a chanté le rôle à huit reprises en quelques semaines, et dans un petit théâtre à l’acoustique très favorable de surcroît. Chez les messieurs, le Comte Belfiore est chanté par le séduisant ténor , voix ensoleillée, timbre viril et voix puissant, et excellent acteur. Il connaît quelques difficultés à alléger l’émission, et les aigus sont parfois précaires, mais sa prestation est néanmoins de haute volée. Le Podestat est confié au baryton  : beau style, chant plein d’autorité, mais dont les graves manquent un peu de soutien. Enfin, le valet Nardo est chanté par le remarquable , très beau médium, graves assurés, projection très satisfaisante : un régal dans un rôle un peu court.

dirige cette musique avec fougue et simplicité, mais on aimerait de temps en temps pouvoir reprendre un peu son souffle face à ce rythme trépidant, et les sonorités que le chef tire de sa Capella de’Turchini sont parfois d’une verdeur et d’une rudesse trop agressives.

On est le premier avril, instrumentistes et chanteurs se font des farces, ce qui ajoute à la bonne humeur d’une soirée délicieuse, et on se dit en sortant que la barre est placée très haut, et que la version Mozart du lendemain aura du mal à l’égaler.

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Reims. Grand Théâtre. 1-IV-2006. Pasquale Anfossi (1727-1797) : La Finta Giardiniera, opéra en trois actes sur un livret attribué à Giuseppe Petrosellini. Mise en scène et décors : Stephan Grögler ; costumes et décors : Véronique Seymat ; lumières : Laurent Castaingt ; assistante à la mise en scène : Bénédicte Debilly. Avec : Maria Grazia Schiavo, Sandrina ; Maria Ercolano, Arminda ; Léa Pasquel, Serpetta ; Soledad Cardoso, Don Ramiro ; Daniele Maniscalchi, Il conte Belfiore ; Laurent Bourdeaux, Le Podestat ; Pierrick Boisseau, Nardo. La Capella de’Turchini, direction : Antonio Florio

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