Eugène Onéguine par Michail Jurowski : Archivisme

À emporter, CD, Opéra

Sergueï Prokofiev (1891-1953) : Eugene Onegin, musique de scène ; La Dame de Pique, musique de film. Chulpan Chamatova, Jakob Küf : narrateurs ; Boris Statsenko : baryton basse ; Solistes du RIAS Kammerchor, Rias Kammerchor, direction : Jörn-Hinnerk Andresen ; Rundfunk-Sinfonie-Orchester Berlin, direction : Michail Jurowski. 2 CD Capriccio. Référence : 67 149/50. Enregistré à Berlin en 2003 et 2004. Notice de présentation en allemand, anglais et français. Textes chantés en allemand, anglais et allemand. Durée : 1h54’16

 

À la question : qui est l’auteur d’Eugene Onegin et de la Dame de Pique, on serait tenté de répondre : Tchaïkovski. Pourtant, Serge Prokofiev est aussi le créateur de deux partitions tirée des mêmes textes de Pouchkine. Le Label Capriccio, sous l’impulsion du chef d’orchestre nous propose, dans le cadre d’une anthologie des musiques de scènes et de films méconnues de l’auteur de Roméo et Juliette, une interprétation de ces œuvres.

Ces deux pièces ont été écrites dans le cadre du centenaire anniversaire de la mort de Pouchkine, en 1937, qui virent les autorités célébrer en grande pompe l’homme de lettres promu au rang d’icône soviétique avant l’heure. Cette manifestation culturelle de masse devait masquer la triste réalité d’un système déjà tombé dans ses pires excès. De retour sur sa terre natale, Prokofiev manifesta un zèle tout particulier en écrivant des musiques de scènes ou de film d’après les deux écrits déjà mentionnés mais aussi tirées de Boris Godounov et de Mozart et Salieri. Il est intéressant de s’attarder sur l’histoire de la partition d’Eugène Onéguine qui ne fut pas jouée en raison de la censure. Ecrite pour accompagner une nouvelle pièce tirée de la fameuse nouvelle et due au dramaturge polonais Sigismund Krzyzanowski, la musique fut victime du couperet qui s’abattit sur le travail de l’écrivain et par extension sur le théâtre de chambre de Moscou. Cette scène dont l’avant-gardisme jurait avec les principes des zélés gardiens de l’orthodoxie stalienne, se trouvait alors au centre de la tourmente, violement prise à partie par la presse. En décembre 1936, soit quelques semaines avant la première prévue en janvier 1937, le compositeur reçut une lettre lui interdisant de poursuivre les travaux d’orchestration. Grâce à différentes collaborations, les numéros de la musique nous sont tout de même parvenus.

Au terme de l’écoute approfondie de ces deux disques, le commentateur restera dubitatif devant ces deux partitions. Certes, l’inventivité mélodique et le talent d’orchestration du Prokofiev sont bien présents, mais ces pièces manquent d’unité, de tonus et de séduction immédiate. Certains thèmes de ces œuvres, à l’image de celui de Lisa de la Dame de Pique, seront repris dans d’autres créations de l’artiste (le mouvement lent de la symphonie n°5 dans le cas de cet exemple), mais avec un tout autre talent. L’interprétation est elle aussi décevante. nous offre une musique bien propre sur elle et à la mise en place soignée, mais il faudrait un barbare pour extirper la sève de ces notes. À l’image des solistes, des chœurs et de l’orchestre, tout le monde sert une prestation probe mais plutôt soporifique. Un coffret pour archivistes forcenés de l’œuvre de Prokofiev…

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