Concerts, La Scène, Musique symphonique

Sylvain Cambreling dirige Mozart et Bruckner

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Bruxelles. Palais des Beaux Arts. 18-V-2006. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Grande Messe en ut mineur KV 427 ; Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n°4 en mi bémol majeur « Romantique ». Ekaterina Syurina, soprano ; Christiane Œlze, soprano, Xavier Mas, ténor, Ilya Bannik, basse. Tölzer Knabenchor (chef de chœur : Gerhard Schmidt-Gaden). Orchestre de l’Opéra National de Paris, direction : Sylvain Cambreling.

L’Opéra de Paris

L’Orchestre de l’Opéra de Paris quitte rarement ses salles de Bastille et Garnier, dommage car il a la réputation d’être le meilleur orchestre français. Présenté par la publicité comme celui de « l’orchestre de Gérard Mortier », ce concert était programmé dans le cadre des concerts de gala européens du Palais des Beaux-Arts et du Festival van Vlaanderen.

Pour diriger la réunion de l’orchestre et du Tölzer Knabenchor, arrivait un peu cabossé après trois nouvelles productions présentées en quelques mois à Paris, à l’issue desquelles il fut assez malmené par une partie du public et par la presse accréditée. A l’écoute de ce concert, l’observateur éloigné du climat parisien peut légitimement se demander ce qui justifiait cet éreintement, car si le concert de ce soir ne fut pas toujours exaltant, il fut néanmoins d’un bon niveau musical, avec même quelques moments très réussis. Un concert n’est pas l’autre, et nous n’étions pas ici face à une production lyrique, mais il est difficile de croire que la direction de ce chef dans Don Giovanni ou les Noces de Figaro fut telle qu’elle méritât des huées. Arte diffusant ce mardi 23 mai Simon Boccanegra en direct de Bastille, nous pourrons enfin en juger sur pièce.

La direction de Cambreling dans la Grande Messe en ut de Mozart est un mélange assez contrasté. Les plus : l’élan général et les tempi très justes, une belle mise en place, et des passages fugués très clairement articulés et bien rythmés. Les moins : des phrasés très secs, un refus général du cantabile, et quelques passages assez pénibles, comme le credo, mou et tortueux. Le Tölzer Knabenchor n’usurpe pas sa haute réputation, et présente des timbres infiniment séduisants, chez les jeunes et brillants sopranistes, mais aussi parmi les ténors et les basses plus âgés, et la justesse est sans failles, de quoi ravir même les plus réfractaires aux voix d’enfants. Les deux chanteuses se comportent également très bien, Ekaterina Syurina produit des aigus un peu tendus, mais radieux et absolument justes, et elle donne beaucoup de ferveur et de légèreté à son chant simple et aérien. Christiane Œlze, plus sombre de timbre, est tout aussi irréprochable de musicalité et son chant conjugue douceur et puissance.

La gigantesque Symphonie romantique de Bruckner est un complément de programme plus que copieux (cela semble devenir une habitude à Bruxelles, où elle est toujours programmée dans des concerts très longs). Les impressions qu’elle suscite sont là aussi contrastés, avec deux premiers volets très intéressants : le premier mouvement par sa vivacité et son absence d’emphase, et l’andante par sa finesse : disséqué par le chef, il procure à la longue une sorte d’ivresse mathématique assez prenante. La suite est moins bonne, souffrant de la propension du chef à faire sonner ses troupes trop fort et à réaliser des transitions tarabiscotées et des phrasés trop anguleux. Le scherzo est lourd et pompeux, interrompu par un trio inutilement ralenti et maniéré, alors que le finale manque de souffle, d’architecture et de vision, et parait bien long.

L’Orchestre de l’Opéra de Paris n’a pas de pratique brucknérienne, cela s’entend. Dans ce répertoire neuf pour lui, il réalise néanmoins une prestation très méritoire. La sonorité de l’ensemble est très française, transparente et analytique, avec des violons « verts », des vents très acérés, des cuivres glorieux, et un manque de « fondu » assez général. Entendre un orchestre aussi français de son, et fier de sonner ainsi, refusant d’adapter sa sonorité au répertoire joué, est très intéressant. Cela donne un Bruckner émacié, très peu idiomatique, qui serait peut être lassant sur plusieurs symphonies, mais qui est profondément original et mérite certainement d’être entendu.

Pour finir, il nous semble absurde qu’il faille attendre que l’Opéra de Paris vienne en Belgique pour qu’on puisse enfin en parler sur Resmusica. En nous refusant l’entrée, alors que nous sommes les bienvenus partout ailleurs, et dans des endroits tout aussi prestigieux, l’Opéra de Paris (et quelques autres salles parisiennes) cré(ent) une situation de plus en plus grotesque.

Crédits photographiques : © Nadine Wichmann/NW Design

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Bruxelles. Palais des Beaux Arts. 18-V-2006. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Grande Messe en ut mineur KV 427 ; Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n°4 en mi bémol majeur « Romantique ». Ekaterina Syurina, soprano ; Christiane Œlze, soprano, Xavier Mas, ténor, Ilya Bannik, basse. Tölzer Knabenchor (chef de chœur : Gerhard Schmidt-Gaden). Orchestre de l’Opéra National de Paris, direction : Sylvain Cambreling.

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