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Pierre-Laurent Aimard, pianiste français à notoriété internationale

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Pierre-Laurent-AimardAlors qu’il multiplie les résidences prestigieuses, les tournées, les ateliers, le pianiste , l’une des très rares stars internationales du clavier de nationalité française, enregistre Beethoven avec Harnoncourt, Mozart à la tête de l’Orchestre de Chambre d’Europe, et un programme Carter et Ravel depuis les touches de son clavier. Toujours engagé dans la défense de la création contemporaine et en constante recherche sur la notion de concert, il répond aux questions de ResMusica en marge de son cycle de concerts au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles.

« On sait que les français ont une réticence, pas toujours compréhensible, à se réformer, à être ouvert sur l’étranger. »

ResMusica : Vous êtes l’un des très rares pianistes français à faire une grande carrière internationale. Le mérite est d’autant plus grand que vous consacrez une grande partie de vos activités à la défense du répertoire contemporain. Quelles sont vos impressions par rapport à cette situation ?

 : Mes impressions sont mes observations du pays France en général, depuis l’extérieur et depuis la France. C’est un pays très particulier dans son attitude par rapport au monde et aux changements. Cette ambiguïté se reflète dans sa politique, dans ses différentes crispations politiques et sociales tandis que son prestige culturel ne cesse de s’amenuiser. On sait que les français ont une réticence, pas toujours compréhensible, à se réformer, à être ouvert sur l’étranger. La France présente un mode de fonctionnement hexagonal assez fermé, nous avons nos propres petits mondes d’artistes nationaux et nous sommes très longs à être perméables à des phénomènes qui circulent de part et d’autre de la planète. J’enseigne à Cologne, mon agence artistique est à Londres, mon technicien de piano est à Vienne, et je passe l’essentiel de ma vie en voyage, je suis un européen, un citoyen du monde. Il faut être aussi ouvert que possible pour absorber les changements faramineux qui s’opèrent et dans ce cadre, notre provincialisme me fait un peu de peine. Mais la France est un beau pays.

RM : Vous avez enregistré un disque de concertos pour piano de Mozart tout en dirigeant l’Orchestre de Chambre d’Europe du clavier. Qu’est ce qui vous pousse vers cette expérience de direction ? Serez vous tenté d’aller plus loin et de vous consacrer à des symphonies ou concertos romantiques ?

P-LA : Ce sont les concertos de Mozart eux même qui sont des partitions adéquates pour ce type d’interprétation. Je ne prolongerai sûrement pas cette expérience vers les pièces romantiques car la direction d’orchestre est une toute autre activité et je ne souhaite pas faire de confusion car il y a un moment où le métier et la fonction de chef l’emportent absolument. Il y a des zones frontalières dans ces deux façons d’exercer la musique et je pense que les concertos de Mozart ou de Haydn caractérisent cet espace frontalier.

RM  : Il y a quelques années, vous aviez animé une série de concerts commentés à la Maison de la Radio de Paris. Seriez-vous prêt à vous relancer dans une telle série et pourquoi pas un programme d’émission ou de DVD ?

P-LA : La série de Radio-France consistait en plusieurs ateliers radiodiffusés : des concerts-lecture pour le public de la salle qui étaient enregistrés pour les auditeurs. J’ai réalisé à de nombreuses reprises des ateliers et je continue d’en faire car c’est un intéressant vecteur de diffusion et de pédagogie qui force à se questionner sur les supports, sur la communication et sur le contenu. À l’heure actuelle, je prépare une demi-douzaine d’ateliers sous forme de carte blanche pour de grandes scènes mondiales : le Carnegie Hall de New-York, la Philharmonie de Berlin, le Festival de Lucerne, le Konzerthaus de Vienne. J’ai aussi des projets pour 2008 et 2009. On m’a aussi proposé de faire une série de cinq émissions pour Radio-France, ce projet n’a pas pu se réaliser pour des raisons d’emploi du temps. J’ai également réalisé une série d’émission pour Arte sur des compositeurs contemporains. Ce genre de production dépend surtout des circonstances.

RM : La saison prochaine, vous serez la cheville ouvrière d’un cycle de concerts à l’Opéra de Paris intitulé la passion du chant selon Pierre-Laurent Aimard. Le programme couvrira des classiques et aussi du répertoire contemporain. Comment vous est venue l’idée de ce cycle de concerts et de cette thématique ?

P-LA : C’est une demande de Gérard Mortier avec lequel j’ai travaillé à plusieurs reprises au festival de Salzbourg. Il m’a demandé de concevoir une série de concerts autour du chant qui sorte un peu de la programmation traditionnelle des récitals. Ma réflexion a porté sur la recherche du répertoire et la participation des solistes de l’Orchestre de l’Opéra de Paris. Il y aura donc de la musique de chambre avec ou sans la voix. Au total, cinq séances seront réparties sur les saisons 2006-2007 et 2007-2008

RM : Vous avez enregistré les concertos pour piano de Beethoven avec Nikolaus Harnoncourt. Comment est venue l’idée d’une telle collaboration et quelle en a été l’importance pour vous ?

P-LA : C’est Nikolaus Harnoncourt qui cherchait un pianiste pour compléter son célèbre ensemble Beethoven des symphonies, des ouvertures, de la Missa Solemnis et du Concerto pour violon. Il a cherché pendant quelques années un pianiste, et il m’a entendu. Il m’a ensuite proposé de faire cet enregistrement. Je n’ai pas hésité très longtemps étant donné mon envie irrépressible de faire de la musique avec lui. Ce n’est pas un répertoire que j’aurais a priori proposé de moi-même car ce sont des œuvres très pratiquées et dont la discographie est superlative. Cette collaboration a couru sur cinq ans puisque nous avons complété les concertos par la Fantaisie chorale et par le Triple concerto.

RM : Après Beethoven et Mozart avec l’Orchestre de Chambre d’Europe, serez vous tentés par une approche de Bach ?

P-LA : Bach est un rendez-vous que je fixe pour un peu plus tard dans ma vie. C’est un compositeur fondamental pour moi, je le ressens, mais je n’ai pas encore osé trop le pratiquer. Je le trouve impressionnant, si riche, si complet, tellement difficile à exécuter car finalement, il existe peu d’interprétations satisfaisantes de Bach au piano. Je prends mon temps, mais je sais qu’un jour je m’y consacrerai sûrement beaucoup.

RM : Vos récitals mélangent musiques contemporaines et classiques du répertoire. Est-il pour vous envisageable de programmer un récital uniquement consacré à Beethoven, Chopin ou Schumann ?

P-LA : Oui, et je le fais parfois et d’ailleurs bientôt à Vienne où je joue un récital tout Schumann. Là n’est pas ma priorité car il y a beaucoup de collègues qui le font déjà et je pense qu’il est plus intéressant d’apporter ma pierre à l’édifice. Mon souci de faire connaître les œuvres contemporaines vient du manque de connaissance de ce répertoire que j’aime mettre dans une perspective historique et aussi de permettre à un public de non-spécialistes d’accéder à ces partitions. Ce qui me dérange, ce sont les programmes à succès avec simplement des « tubes » pas toujours en relations les uns avec les autres.

RM : Quels sont vos projets discographiques ?

P-LA : Je viens de sortir le disque de concertos de Mozart et un album Carter assorti du Gaspard de la nuit de Ravel. Le prochain disque sera un retour au centre du répertoire pianistique avec Schumann à travers le Carnaval et les Etudes symphoniques parce que cela m’importe de garder un contact avec ce monde du piano et puis par passion pour Schumann dont je joue ces partitions depuis mon enfance. Ce disque est prévu pour l’automne et on verra après pour d’autres projets.

Crédits photographiques : © Marco Borggreve / Deutsche Grammophon

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