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Eclats de jeunesse de Schubert: Sonates pour Pianoforte et Violon

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Franz Schubert (1797-1828) : Sonate pour pianoforte et violon op. posth. 137 n°2 D385 en la mineur ; Sonate pour pianoforte et violon op. posth. 137 n°1 D384 en ré majeur ; Sonate pour pianoforte et violon op. posth. 137 n°3 D408 en sol mineur ; Sonate pour pianoforte et violon op. posth. 162 D574 en la majeur. Jos van Immerseel, pianoforte. Midori Seiler, violon. 1 CD Zig-Zag territoires ZZT060501. Enregistré au Concertgebouw de Bruges du 14 au 18 juin 2005. DDD. Bonne notice bilingue en français et en anglais. TT : 70’00’’

 

Les quatre sonates pour pianoforte et violon de Schubert contenues dans cet excellent disque datent des années 1815-1817, autrement dit une période étonnamment riche et féconde dans l’activité artistique et musicale du jeune compositeur qui n’avait pas encore 20 ans. Comparées avec ses années de grande maturité, d’où jaillira la moisson de chef-d’œuvres que l’on connaît (Fantaisie pour violon et piano, 3 derniers quatuors à cordes, quintette en ut, 3 dernières sonates, Symphonie n°9, Messe n°6, Le Voyage d’hiver, etc. ), les premières années créatives du bohème-compositeur peuvent logiquement être considérées comme qualitativement inférieures ; cela dit, s’il n’y avait pas eu ces chef-d’œuvres de la fin, on jugerait bonne et fort honnête la musique de Schubert de ces premières années qui est, d’un point du vue formel, plus tournée vers le classicisme de Haydn et Mozart qu’autre chose, mais qui contient déjà en germe beaucoup des facettes du génie de Schubert que l’on retrouvera pleinement épanoui dans ses œuvres plus tardives.

Ainsi, lorsqu’on connaît des œuvres comme le Quatuor n°14 en ré mineur, le Quintette en ut, la Sonate «arpeggione», écouter ces «sonates pour pianoforte avec accompagnement de violon», comme Schubert les baptisa lui-même, est une expérience assez émouvante, car c’est assister en quelque sorte au premier stade de l’éclosion d’un génie dont on connaît déjà les plus beaux fruits… Ces œuvres sont chantantes, à certains moments joyeuses et insouciantes, à d’autres introverties et mélancoliques, les développements sont fluides et souvent inspirés, les modulations délicates comme seul Schubert sait les générer. Bref on le sent, tout est là, en germe, c’est du Schubert, et déjà du bon Schubert.

Bien que d’une écriture assez simple, les trois sonates publiées sous l’opus posthume 137, respectivement en ré majeur, la mineur et sol mineur débordent déjà de générosité lyrique et recèlent de nombreux petits éclats qui deviendront ces magnifiques rayons de lumière des œuvres plus mâtures. Intimes et peu complexes, elles sont parfaites pour être entendues ou interprétées dans la convivialité d’une soirée de schubertiades ou en famille, et c’est certainement à cette fin «domestique» que Schubert les composa, son père et ses frères étant d’excellents musiciens amateurs. On comprend aussi pourquoi ces œuvres intimistes sont passées quelque peu inaperçues au fil des décennies, durant un 19e siècle où la virtuosité violonistique était reine.

Plus complexe et techniquement difficile est cependant la quatrième sonate pour pianoforte et violon en la majeur, dit «Grand Duo». Schubert fait incontestablement un pas en avant avec cette œuvre d’une écriture nettement plus dense et aventureuse, avec des développements plus travaillés, des enchaînements d’idées parfois surprenants. Pourtant, des quatre sonates c’est peut-être celle qui touche le moins immédiatement l’auditeur ; on est toujours un peu plus difficilement sensible à Schubert lorsqu’il force son inspiration, or il semble ici qu’il cherche volontairement à écrire une œuvre exigeante sur le plan de la technique et de la virtuosité.

Avec ce disque, le pianiste et la violoniste rendent un magnifique hommage à Schubert et à une partie plus discrète de son Œuvre qu’on a moins l’occasion de savourer. Les sceptiques qui préfèrent délaisser les enregistrements sur instruments d’époque (parfois avec raison) seront peut-être surpris ici par la qualité et le rendu sonore du piano-forte à queue Hungerberg et du violon Geissenhof qui datent tous deux de 1814, autrement dit des instruments viennois contemporains des sonates de Schubert qui séduisent par leur timbre clair et chaleureux et leur excellent équilibre sonore, le tout favorisé par un jeu superbe des musiciens et une prise de son irréprochable.

Un très beau disque qui rend merveilleusement bien l’intimité de ces œuvres et qui fait chanter un Schubert comme on aime l’entendre chanter…

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Franz Schubert (1797-1828) : Sonate pour pianoforte et violon op. posth. 137 n°2 D385 en la mineur ; Sonate pour pianoforte et violon op. posth. 137 n°1 D384 en ré majeur ; Sonate pour pianoforte et violon op. posth. 137 n°3 D408 en sol mineur ; Sonate pour pianoforte et violon op. posth. 162 D574 en la majeur. Jos van Immerseel, pianoforte. Midori Seiler, violon. 1 CD Zig-Zag territoires ZZT060501. Enregistré au Concertgebouw de Bruges du 14 au 18 juin 2005. DDD. Bonne notice bilingue en français et en anglais. TT : 70’00’’

 
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