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Cosi un peu trop sage par Muti à Salzbourg en 1983

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Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Cosi fan tutte. Mise en scène : Michael Hampe. Décors et costumes : Mauro Pagano. Avec : Margaret Marshall, Fiordiligi ; Ann Murray, Dorabella ; Francisco Araiza, Ferrando ; James Morris, Guglielmo ; Kathleen Battle, Despina ; Sesto Bruscantini, Don Alfonso. Konzertvereinigung Wiener Staatsoper (chef de chœur : Walter Hagen-Groll), Orchestre philharmonique de Vienne, direction : Riccardo Muti. Réalisation : Claus Viller. Enregistré en août 1983 au Festival de Salzbourg. Sous-titrages en anglais, allemand, français, italien, espagnol. 2 DVD TDK référence DWWW-OPCFTSF. Zone 0. 188 minutes.

 

Cet enregistrement de Cosi fan tutte, écho des débuts mozartiens de à Salzbourg en 1983, n’est pas tout à fait inconnu, car il exista un temps en CD sous étiquette EMI. La production n’avait cependant pas connu les honneurs de la vidéo, les images en sont donc inédites.

Vingt-trois ans plus tard, était-il nécessaire de ressusciter en DVD une interprétation dont la version audio a depuis longtemps disparu des bacs, faute d’avoir convaincu ? Oui, sans hésitation. Tout d’abord parce que cette production, très agréable, se laisse regarder et écouter avec grand plaisir, le passage du temps lui ayant fait obtenir une patine des plus avantageuses, ensuite parce qu’il est divertissant de la reconsidérer à l’aune de la carrière future de leurs interprètes, et des nouvelles modes, voire normes, d’exécution mozartienne.

Les esprits ont en effet beaucoup changé depuis les années 80, et on s’excuserait presque de jouer Mozart autrement que sur instruments anciens, alors que penser de Muti à la tête du Wiener Philharmoniker ? Que du bien, quoique sans déchaînement d’enthousiasme effréné. L’orchestre est dans son arbre généalogique, la direction est fluide, claire, élégante.

C’est surtout la distribution masculine qui fait tout le sel de ce Cosi. est un peu négligé de nos jours. Ce fut pourtant le meilleur ténor rossinien et mozartien des années 80, avant qu’il ne s’oriente vers le demi-caractère français (Des Grieux, Werther, Faust), le lirico verdien (le duc de Mantoue, Edgardo, Don Carlo) et même le wagnérien (un Lohengrin salué par toute la critique). En ces années, on reste surtout frappé par son beau timbre cuivré, son style, sa ligne de chant : le ténor mozartien par excellence. Adjoignons à cela un physique de prince charmant, et nous obtenons le Ferrando idéal. , de nos jours interprète wagnérien de grande classe, possède en 1983, un mœlleux dans la voix, un charme naturel, une distinction à faire craquer toutes les Dorabella. Ajoutons à ce trio un vétéran, Sesto Bruscantini, dont la distinction vocale a toujours été l’apanage. Agé à l’époque de 65 ans, sa technique inentamée, privilégiant toujours l’élégance aux effets de mauvais alois, dessine un don Alfonso poète et désabusé, bien loin des bouffes grassement comiques qu’on rencontre ça et là dans ce rôle. De plus, ces trois messieurs sont d’excellents comédiens, ce qui ne gâte rien, d’autant plus qu’ils sont fort bien dirigés par .

Le trio féminin est un peu plus problématique. Margaret Marshall surmonte les redoutables écueils vocaux de Fiordiligi, mais reste d’une redoutable placidité, alors que son rôle appelle le feu, la démesure, la passion ! Tout aussi tranquille la Dorabella d’, se contentant d’aligner – fort joliment – les notes, sans une once de coquetterie. On était effrayée d’avance par la Despina de l’insupportable Kathleen Battle, dont l’histrionisme a défiguré l’unique témoignage DVD du Barbier de Séville de l’immense Rockwell Blake, mais non, loin de son Amérique natale elle se tient à peu près tranquille, et surprise, à part un médium pas très étoffé, on n’a rien à lui reprocher, ni vocalement, ni scéniquement.

La mise en scène est très classique, mais est-ce un mal en ces temps où on voudrait nous faire gober qu’un Cosi se déroulant dans des coulisses de théâtres grisâtres, avec des chanteurs indignes, est le fin du fin de la modernité ? Elle effleure cependant à peine le désordre des sentiments et le désir des corps, comme le fera une dizaine d’années plus tard l’excellentissime mise en scène de John Eliot Gardiner. A peine entrevus, aussitôt disparus, à l’image des trop placides sœurs.

En résumé, une version lisse, mais au moins bien chantée, joliment mise en scène, dont la sagesse et l’unité la placent dans le peloton de tête de la discographie. Et puis, pour Araiza et Morris, si beaux amants…

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