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Jiří Bĕlohlávek. Calme et beauté dans Brahms

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Johannes Brahms (1833-1897) : Intégrale des Symphonies ; Sérénades N° 1 op. 11 et N° 2 op. 16  ; Variations sur un thème de Haydn op. 56  ; Ouverture pour une fête académique op. 80  ; Ouverture Tragique op. 81. Philharmonie Tchèque, direction : Jiří Bĕlohlávek. 4 CD Supraphon SU 3868-2. Enregistré entre 1987 et 1989 (Symphonies) et 1993-1994 (Sérénades). DDD. Texte (un peu succinct et maladroitement traduit) en anglais, allemand, français et tchèque. Durée totale : 4h 40mn

 

Cette intégrale des Symphonies de Brahms, publiée d’abord de manière isolée, avait été accueillie plutôt fraîchement par la critique ; il est certain que les références ne manquent pas dans la discographie. Mais la réentendre aujourd’hui regroupée en coffret permet pourtant d’en mesurer toute la cohérence et l’indéniable originalité. Il ne s’agit en rien d’une « intégrale de plus », l’un de ces enregistrements routiniers et hautement dispensables, justifiés seulement par une forme de manie de tout réenregistrer perpétuellement – les compagnies de disques sont des Sisyphe jamais rassasiées de rouler le même rocher – tant Jiří Bĕlohlávek montre une conception très personnelle de l’univers brahmsien. On est d’abord frappé par l’ineffable beauté de l’orchestre : cordes claires appuyées sur des contrebasses profondes, bois omniprésents et toujours individualisés, cuivres fondus. Pas de doute, avec le bénéfice d’une remarquable prise de son moderne, on écoute bien là les musiciens d’Ancerl et de Talich, qui ont ainsi gardé une personnalité immédiatement reconnaissable à travers les générations.

Cette substance sonore sert de matière première au chef. En effet, son souci principal semble avoir été d’offrir à ses musiciens le cadre le plus souple et naturel possible pour que chacun puisse s’approprier l’œuvre. Ainsi, les tempos sont relativement modérés, les phrasés toujours d’une grande souplesse, et l’on sent toute la liberté d’expression dont ont bénéficié les solistes qui s’expriment largement. Les mouvements lents des Symphonies N° 3 et 4 sont les moments culminants de cette intégrale par la grâce de bois miraculeux de poésie et de retenue expressive. Mais ce souci d’expressivité et de douceur ne signifie pas pour autant que l’on s’ennuie le moins du monde, car le rôle de premier plan dévolu aux bois leur confère également une fonction rythmique importante : ce sont eux qui, toujours audibles même dans les grands élans lyriques, donnent un rebond constant aux phrases. Les deux dernières symphonies ainsi traitées n’ont plus rien de l’expressivité ombrageuse qu’on leur prête bien souvent ; ce Brahms-là est léger, détendu, parfois à peine voilé d’une ombre de mélancolie. Dans cette optique fort rare, et qui ne trahit en rien la lettre du texte si elle s’écarte d’une tradition qui a pu passer pour l’orthodoxie, on n’aura sans doute jamais entendu plus beau ni plus naturellement souriant. Souriant mais nullement léger, car si tout pathos outré est exclu, la force et l’avancée dramatique ne font pas défaut. Sans doute pourra-t-on trouver que la Symphonie N° 1 manque un peu de carrure, surtout en son premier mouvement ; c’est qu’il vaut mieux, sans doute, finir là son écoute pour en apprécier l’originalité. Assez curieusement, la Symphonie N° 2 paraît la moins réussie car Belohlávek s’y essaie à un discours tranchant qui confine par moments à la brutalité, alors qu’on donne en général cette œuvre comme la plus pastorale du cycle. Rien d’étonnant, par contre, à ce que les Sérénades soient parmi les plus belles entendues, tout à la fois rayonnantes et nocturnes, comme le veut leur appellation. Belohlávek y réussit l’alchimie si difficile entre une orchestration savoureuse, des thèmes enlevés et une certaine poésie schubertienne, évocatrice d’un univers pastoral aux ombres fugaces.

Il existe sans aucun doute des intégrales plus recommandables en première approche, plus « classiquement romantiques » si l’on peut oser l’oxymore, plus constantes dans la réussite et plus économiques : Furtwängler, Walter, Szell, Karajan 1977, les deux versions Jochum (Deutsche Grammophon et EMI), tant d’autres… Mais la voie proposée par Jiri Belohlávek, son classicisme et la beauté de l’orchestre, méritent d’en faire une intéressante version d’approfondissement, très réussie esthétiquement, attachante par sa clarté et son refus de l’effet.

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Johannes Brahms (1833-1897) : Intégrale des Symphonies ; Sérénades N° 1 op. 11 et N° 2 op. 16  ; Variations sur un thème de Haydn op. 56  ; Ouverture pour une fête académique op. 80  ; Ouverture Tragique op. 81. Philharmonie Tchèque, direction : Jiří Bĕlohlávek. 4 CD Supraphon SU 3868-2. Enregistré entre 1987 et 1989 (Symphonies) et 1993-1994 (Sérénades). DDD. Texte (un peu succinct et maladroitement traduit) en anglais, allemand, français et tchèque. Durée totale : 4h 40mn

 
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