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Brahms sans graisse par Sir Adrian Boult

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Johannes Brahms (1833-1897) : Intégrale des symphonies ; Variations sur un thème de Haydn op. 56  ; Ouverture Tragique op. 81 ; Rhapsodie pour alto, chœur d’homme et orchestre op. 53. Janet Baker, mezzo-soprano, John Alldis Choir (op. 53) ; London Philharmonic Orchestra, London Symphony Orchestra (Symphonie N° 3), direction : Sir Adrian Boult. 3 CD Disky BX 705422, BX 705432 et BX 70442. Enregistré dans les années 1970. ADD ? Pas de texte, aucune date d’enregistrement (seulement l’année de parution), pas d’indication technique. Durée totale : 3h 27mn

 

Brahms sans graisseOn n’associe pas spontanément le nom d’, créateur des plus grands compositeurs anglais, au répertoire germanique. C’est oublier ses études à Munich avec Max Reger ou son admiration pour Arthur Nikisch et Karl Muck ; c’est oublier, également, que, chef de l’orchestre de la BBC de 1930 à 1949, il initié sur les ondes plusieurs générations de mélomanes anglais aux grandes œuvres romantiques. Nommé ensuite chef de l’Orchestre philharmonique de Londres, il publie une première intégrale Brahms dans les années 50 chez le très local label Pye/Nixa, avant qu’un contrat avec EMI ne lui rende une certaine célébrité. Mais pas question, d’abord, de lui faire enregistrer autre chose que de la musique anglaise. Ce n’est qu’après avoir achevé son cycle Vaughan Williams qu’il peut graver la Symphonie N° 3 et l’Ouverture tragique de Brahms en août 1970, en complément des séances de Job ; il avait alors quatre-vingt-un ans. Le disque est un succès qui lui permet de poursuivre son intégrale avec le Philharmonique de Londres, puis d’enregistrer d’autres œuvres du grand répertoire parmi lesquelles des pages orchestrales de Wagner, la « Pastorale » de Beethoven et la Symphonie n°9 de Schubert. EMI a réédité cet ensemble Brahms en deux temps : les compléments (Ouvertures, Rhapsodie pour alto, les deux Sérénades) dans un album « Double forte » aujourd’hui supprimé, et les symphonies dans une collection vendue seulement dans les magasins anglais HMV. Merci donc à Disky de mettre cette intégrale à disposition d’un public plus large, et à très petit prix.

Levons tout de suite un malentendu possible : le Brahms de Sir Adrian n’a rien de traditionnel, ou de « britannique » avec ce que cela peut suggérer de roide et gourmé au lecteur continental. Rien là du Brahms « cup of tea » attendu d’un vieux gentleman à moustache victorienne (terribles photos de couverture !!) : les vieux gentlemen peuvent avoir parfois une sacrée énergie. Bien sûr, Boult s’inscrit dans une certaine tradition germanique – qui ne se résume en rien à Furtwängler, plutôt atypique en fait – illustrée par Weingartner, Böhm (en concert plus qu’en studio, hélas), Jochum, et quelques autres jusqu’à Wand. Un Brahms altier mais pas brutal, clair et énergique, jamais alangui. L’introduction de la Symphonie n°1 est ainsi d’une grande fermeté sans aucune trace de grandiloquence, et le mouvement entier avance droit, porté par une tension constante. C’est très prenant, et pourtant sans aucune concession. Cette netteté d’articulation, cette rigueur de construction frappent également au plus haut point dans la Symphonie n°3, très tenue, dramatique sans une once de surcharge, parmi les meilleures au disque. Et son troisième mouvement, le célèbre Poco allegretto, pris dans un tempo ample, touche par des phrasés chantants et chaleureux, vraiment émouvants. Car ce Brahms n’a rien d’austère, et si l’on trouve parfois, ailleurs, plus de souplesse (transitions parfois un peu abruptes), tout cela chante largement et sans lourdeur, avec des mouvements lents poétiques et comme doucement nostalgiques. Les compléments sont tous de très haute volée : magnifique Ouverture tragique, altière à souhait, et la Rhapsodie pour alto trouve ici, tout simplement, l’une de ses versions de référence. D’ailleurs, étant donné la brièveté des minutages, on aurait très bien pu caser quelque part l’Ouverture pour une fête académique.

Tout n’est pas parfait, pourtant, à commencer par la tenue instrumentale. L’orchestre philharmonique de Londres, le « troisième » orchestre londonien, ne vaut pas le symphonique, ce que montre avec éclat la Symphonie n°3, superbement jouée. Rien de très grave, mais de légers problèmes d’intonation aux cordes (les violons I dérapent parfois dans les tutti les plus énergiques) et des attaques des vents parfois un peu en arrière de la battue. Question timbres, malgré une prise de son qui essaie de germaniser l’orchestre en gonflant medium et basses (jusqu’à en être un peu glauque parfois), on reste loin du niveau d’un orchestre allemand moyen, sans parler des philharmonies de Berlin ou Vienne. Puis l’on sent parfois une légère fatigue – Boult avait parfaitement conscience que ces témoignages arrivaient trop tard, il nota même qu’il aurait dû arrêter de diriger à ses quatre-vingts ans. Le finale de la Symphonie n°2, globalement excellent, commence bien mollement, alors que la reprise du motif introductif est énergique à souhait. Et, parfois, un léger manque de tenue instrumentale, un ralenti de fin de phrase trop visiblement prémédité, une hésitation passagère, une flexion de la pulsation sur un temps ou deux montrent que la concentration n’était pas toujours optimale. La Symphonie n°4 contient ainsi quelques phrasés contraints et une chute de tension très nette dans le finale, comme si le tempo s’affaissait imperceptiblement. Sur ce plan, Eugen Jochum saura donner plus d’homogénéité à ce même orchestre cinq ans plus tard, dans une approche au fond similaire mais encore plus aboutie – toujours chez EMI (collection « Double forte »).

Comprenons-nous bien : rien de bâclé ou de simplement approximatif ; offre des visions toujours remarquablement pensées, où se sent la fréquention intime des partitions. Mais, sur un créneau interprétatif tout de même très fréquenté, d’autres chefs peuvent faire valoir des orchestres de plus haut niveau, et sans les légères chutes de tension rencontrées ici : George Szell, malgré une Symphonie n°1 plutôt froide (mais quelles belles n°2 et 3) ; Walter et Jochum par deux fois ; Wand. Très économique (environ 15 €), cette version constituera en tout cas une parfaite initiation à un Brahms classique, rigoureux mais humain, dénué de toute brume nordique et de toute graisse, qui culmine dans des Symphonies n°1 et 3 et des compléments remarquables.

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Johannes Brahms (1833-1897) : Intégrale des symphonies ; Variations sur un thème de Haydn op. 56  ; Ouverture Tragique op. 81 ; Rhapsodie pour alto, chœur d’homme et orchestre op. 53. Janet Baker, mezzo-soprano, John Alldis Choir (op. 53) ; London Philharmonic Orchestra, London Symphony Orchestra (Symphonie N° 3), direction : Sir Adrian Boult. 3 CD Disky BX 705422, BX 705432 et BX 70442. Enregistré dans les années 1970. ADD ? Pas de texte, aucune date d’enregistrement (seulement l’année de parution), pas d’indication technique. Durée totale : 3h 27mn

 
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