Artistes, Chanteurs, Opéra, Portraits

Astrid Varnay (Stockholm, 25 avril 1918 – Munich, 4 septembre 2006)

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Plus que de grands discours, l’écoute de l’enregistrement « live » de l’Elektra de Richard Strauss au Festival de Salzbourg de 1964 illustre l’immensité du talent d’ (2 CDs Orfeo ORF 298922). Unis dans un délire musical incroyable, Herbert von Karajan et la soprano suédoise semblent se livrer une bataille insensée d’où la musique de Strauss ressort plus intense que jamais. La clarté flamboyante de la voix de la soprano éclate comme le tonnerre soutenu avec génie par un orchestre survolté. Un exemple vocal que la disparition, à l’âge de 88 ans, de cette grande artiste remet aujourd’hui en lumière.

Avant de signer les plus grandes pages de l’histoire du chant wagnérien du Metropolitan Opera de New-York, a bien failli ne jamais monter sur les planches et se retrouver dans un bureau pour mener la vie sans grand relief de secrétaire. Ne croyant pas en ses propres capacités de cantatrice, elle étudia pendant plusieurs années la dactylographie et la sténographie. Et pourtant, la soprano américano-suédoise était née dans un milieu musical, son père comme sa mère étant chanteurs d’opéra. Son père disparaît alors qu’Astrid était encore une enfant. Sa mère s’occupe de l’éducation musicale de sa fille, aidée dans cette démarche par le chef d’orchestre et répétiteur du Met, Hermann Weigert qui deviendra le mari de la soprano.

A 22 ans, Astrid Varnay se présente à l’audition du célèbre théâtre new-yorkais. Ce n’est qu’à la troisième de ces auditions qu’elle sera engagée avec un contrat de trois ans. Nous sommes en mai 1941. La néo-promue est programmée pour chanter Elsa (Lohengrin) au printemps suivant mais, son remplacement d’une Lotte Lehman souffrante dans le rôle de Sieglinde (Die Walkürie) va précipiter sa carrière. Les critiques du lendemain de ce 6 décembre 1941 sont dithyrambiques. A 23 ans, Astrid Varnay est entrée dans la légende. Six jours plus tard, elle remplace Helen Traubel pour chanter le rôle écrasant de Brünnehilde (Die Walkürie). Après Elsa (Lohengrin), elle chante Elisabeth (Tannhäuser), puis Venus (Tannhäuser), Isolde (Tristan und Isolde), Ortrud (Lohengrin), Eva (Die Meistersinger von Nürnberg).

Ces rôles lourds pour une aussi jeune voix vont bientôt l’obliger à s’éloigner de la scène wagnérienne pendant quelques temps. Elle profite de cette « retraite » forcée pour s’approprier un répertoire différent. Elle aborde Salomé de Richard Strauss en 1948 et, le rôle de sa vie, Elektra, sous la baguette de Dimitri Mitropoulos en 1949. Puis elle est la Maréchale (Der Rosenkavalier) au Metropolitan en 1953. Approchant avec un identique succès l’opéra italien, Astrid Varnay trouve finalement la consécration européenne de sa carrière quand, en 1951, elle fait partie des premières distributions du nouveau Festival de Bayreuth. Elle chantera Brünnhilde (Die Walkürie) sans même avoir auditionné, simplement sur les recommandations qui la précédent. Elle démontre à cette occasion, outre ses qualités de chanteuse, sa formidable théâtralité. A Wieland Wagner à qui on reprochait le minimalisme de sa mise en scène, son mot célèbre : « A quoi sert un arbre quand j’ai Astrid Varnay en scène ? »

Rudolf Bing n’était pas un wagnérien convaincu. Quand il prend la direction du Metropolitan Opera, Astrid Varnay se voit sinon mise sur la touche, du moins programmée dans des rôles qui ne lui conviennent pas. Ainsi la plus grande Brünnhilde se voie renvoyée à chanter Sieglinde, tout comme le légendaire Wotan Hans Hotter se retrouve dans le costume de Hundig ! C’est à cette époque qu’Astrid Varnay décide de s’installer en Europe où elle fait le bonheur des maisons d’opéras de Salzbourg, Vienne, Berlin, Barcelone. A Paris, elle chante Isolde en 1956, Brünnhilde (Die Walkürie, Siegfried, Götterdämmerung) en 1957, Senta (Der Fliegende Holländer) en 1960, Hérodias (Salomé) en 1964 et Clytemnestre (Elektra) en 1975.

Elle retourne au Metropolitan Opera en 1974 et chante pendant plusieurs saisons jusqu’en 1979, où elle clôt sa contribution à cette scène dans le rôle de Leokadia (The Rise and the Fall of the City of Mahagonny). S’étant établie à Munich, elle dédiera la fin de sa vie à l’enseignement. En 1995, elle quitte les planches en chantant la Nurse (Boris Godounov) à Munich. Elle avait alors 77 ans !

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