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Vimoutiers. Notre Dame de Vimoutiers. 17-XI-2006. Domenico Scarlatti (1685-1757)  : 4 Sonates (L. 118, L. 23, L. 413, L. 465), Consolati e Spera. Félix Mendelssohn (1809-1847) : Prélude & Fugue en mi mineur op. 35. Frédéric Chopin (1810-1849)  : Scherzo en si bémol mineur n°2 op. 31. Franz Liszt (1811-1886) : Spozalizio, Après une Lecture de Dante (tirés de la Deuxième Année de Pèlerinage, l’Italie), Oh! Quand Je Dors. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)  : Ridente la Calma. Mathilde Marodon, soprano ; David Saunier, piano. Concert organisé par les amis des Arts et la Ville de Vimoutiers.

Dans un monde artistique de plus en plus prévisible, rien ne sonne plus agréablement aux oreilles du critique insoucieux des réputations affirmées que les échos d’un talent inattendu. Dans la superbe église de Vimoutiers, en ce maussade dimanche de crépuscule estival, le jeune pianiste a ainsi donné à son récital toutes les nuances d’une exaltante aventure spirituelle, seul ou en soutien de la soprano Mathilde Marodon.

Le choix de (quatre sonates jouées d’entrée) était déjà révélateur d’une exigence privée de tout élément de concession ; car, dans ce répertoire pensé pour le clavecin, rien n’est plus dangereux et plus difficile à éviter que cette dénaturation idiomatique dont a tant souffert le maître italien, prophète d’une littérature pianistique qu’il put seulement pressentir. Conférant à son interprétation le paradoxe d’une délicatesse vigoureuse, ne s’y est pas trompé, qui a fait sonner son instrument comme un joyeux appel aux forces du Bien et du Beau parvenues au seuil de la Terre promise.

Avec le deuxième Scherzo de Chopin, le plus rhapsodique, le plus génialement libre, tout de prodigieuses accumulations de tension, d’échappées élégiaques, d’épanchements lyriques, de mystérieux chuchotements, le soliste entraînait soudain son auditoire vers d’autres cercles de la béatitude, à la quête d’autres horizons apparemment inaccessibles. C’est à l’aube du XIXe siècle que le scherzo (plaisanterie en italien) a succédé au menuet, abandonnant son caractère de danse gracieuse au profit d’une impétuosité toute romantique. En dépit de nombreuses réussites, le genre reste dominé par les quatre chefs-d’œuvre, aussi inventifs dans la structure que dans le langage, de Chopin qui, après Beethoven, procède par de nouvelles oppositions dynamiques et expressives entre les divers épisodes. Là encore, rien de mieux venu que la passion de ce jeune concertiste investi d’un rôle de missionnaire dont rien ne semble pouvoir le détourner.

Dans la même atmosphère de recueillement exalté, le Sposalizio de Liszt restituait, sous ses doigts, la mémoire chatoyante des Années de pèlerinage, renvoyant aux ciels italiens qui, de Rome à Vicence, apaisent les âmes troublées. On se rappelait soudain, avec une force inattendue, les tons éthérés du Mariage de la Vierge de Raphaël (1504) ayant inspiré le grand compositeur, sa lumière blondie dont l’harmonie cristalline transfigurait la magie. C’est cependant avec le morceau suivant, la Dante-Sonate que David Saunier parvenait au sommet de son art, rappelant, au cœur même des octaves martelantes de cet affrontement faustien, les emportements inégalés de l’illustre Gyorgy Cziffra.

Scarlatti encore et Liszt toujours, mais aussi Mozart nourrissaient la seconde partie du programme qui, bénéficiant d’une évidente complicité des deux artistes, permit à Mathilde Marodon de dévoiler un timbre chaud et prenant, au service d’une grande intelligence prosodique. On notera enfin que, dans sa logique de rigueur esthétique, David Saunier offrit en bis sa propre transcription de la Toccata pour orgue de Léon Boëllmann (1862-1897), opérant ainsi une double démonstration aux effets concomitants : un véritable artiste écrit comme il joue, joue comme il écrit. S’il ne s’écarte jamais de cette voie, s’il reste fidèle à l’appel de cet idéal que Beethoven nommait « un lointain soleil », c’est une longue aventure qui s’annonce pour cet aspirant à la plus haute fortune musicale.

Crédit photographique : © DR

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Vimoutiers. Notre Dame de Vimoutiers. 17-XI-2006. Domenico Scarlatti (1685-1757)  : 4 Sonates (L. 118, L. 23, L. 413, L. 465), Consolati e Spera. Félix Mendelssohn (1809-1847) : Prélude & Fugue en mi mineur op. 35. Frédéric Chopin (1810-1849)  : Scherzo en si bémol mineur n°2 op. 31. Franz Liszt (1811-1886) : Spozalizio, Après une Lecture de Dante (tirés de la Deuxième Année de Pèlerinage, l’Italie), Oh! Quand Je Dors. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)  : Ridente la Calma. Mathilde Marodon, soprano ; David Saunier, piano. Concert organisé par les amis des Arts et la Ville de Vimoutiers.

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