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Kaija Saariaho, l’envers dramatique de l’ambiant

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Paris. Institut finlandais. 20-IX-2006. Kaija Saariaho (née en 1952) : Petals ; Oi Kuu ; Spins & Spells ; Mirrors ; Sept Papillons ; Mirrors (version 2) ; Près. Alexis Descharmes, violoncelle ; Pierre Dutrieu, clarinette basse ; Jérémie Fèvre, flûte traversière ; David Poissonnier, technique Ircam.

Les œuvres pour violoncelle de Saariaho

Après avoir commencé le concert en interprétant Petals, avertit le public de l’Institut finlandais : cette œuvre est la « clé de voûte » du répertoire pour violoncelle de (alors que le programme nous prévenait déjà que le violoncelle est lui-même comme la « clé de voûte » de la musique de Saariaho). En effet, la pièce qui ouvrait le concert a de quoi sidérer l’auditeur : la continuité (le jeu de résonance au moins) entre la performance du violoncelle et son traitement informatique live relève quelques unités sûrement timbriques, alors que presque mélodiques.

La suite du concert ne cesse de relancer la question : l’exploration des différents timbres dont le violoncelle est capable, suffit-elle à dégager une forme musicale, au sens mélorythmique du terme ? Comme les multiphoniques requièrent des précisions éparses, même si les nuances sont très graphiques, dans Oi Kuu (pour violoncelle et clarinette basse), les attaques ont l’air de se faire les moins distinctes possibles, et cela ne trompe rien, cependant, des dramatismes harmoniques explicites et sans détour. Or, quand les attaques se nervent, comme d’habitude, les attentions de couleurs se font plus crispées, si ce n’est à donner la représentation d’une tourmente. A l’humeur des interprètes près, le programme est plus que fidèle au disque, pouvons-nous même relire l’article de Jean-Luc Caron Sinon que la scordatura devait être, certes, plus discrète au disque : dans Spins & Spells, la corde de do est accordée en si bémol et celle de ré en do dièse. L’enjeu est de travailler sur les harmoniques naturelles, en déjouant les quintes (qui sont des intervalles trop creux, prévient ). Justement, le violoncelle seul et seulement acoustique, contrepointe avec au moins trois registres que distinguent autant les hauteurs que les fonctions dramatiques : les graves sont souvent percutants, les aigus surtout atmosphérisants et le medium peut sembler irrévocablement intermédiaire. Si le musicien paraît à ce moment là plus appliqué, son implication est plus problématique encore dans l’œuvre suivante. Composée pour CD-Rom, la partition de Mirrors était d’abord une série de cellules « symétrisables » que l’utilisateur du CD-Rom permutait à volonté. Histoire d’exalter un spontanéisme ainsi télécommandé (pour flûte et violoncelle), les musiciens ont proposé deux versions. Et comme l’agencement des exécutants était plus nerveux que celui de Saariaho, il est à se demander si on ne ferait pas bien de ré-agencer les partitions plus souvent qu’elles ne le prescrivent.

Sept papillons est en sept parties qui sont plus souvent des papillons, des battements du moins, officiellement figuralistes et que mieux musicaux, puisqu’ils portent à des reluisances formelles. Concrètement, une plage de quadrillages est battue par des micro-percussions suggestives sur ostinato pas long, toujours agréable à entendre… Le récital se termine par une œuvre résolument chorale ou, pour le moins, officiellement concertante : partition sœur de Amer, Près repose aussi sur l’opposition entre un instrument soliste et son accompagnement. En fait, le violoncelle nage au-dessus des résonances électroniquement traités en live, et prend un pouvoir structurant. Si bien que le répondant rythmique de l’accompagnement atteint quelque jouissance, cela dit magnifique. Les timbries apportées par le dispositif électro-acoustique sont aussi électro qu’acoustiques, notamment parce que le violoncelle reste reconnaissable quand c’est sa prosodie, plus que sa texture, qui s’entend « électronisée ».

Crédit photographique : © Philippe Gontier

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Paris. Institut finlandais. 20-IX-2006. Kaija Saariaho (née en 1952) : Petals ; Oi Kuu ; Spins & Spells ; Mirrors ; Sept Papillons ; Mirrors (version 2) ; Près. Alexis Descharmes, violoncelle ; Pierre Dutrieu, clarinette basse ; Jérémie Fèvre, flûte traversière ; David Poissonnier, technique Ircam.

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