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Philippe Sarde (né en 1945) : Le Grand Meaulnes. Sortie le 4 octobre. Mosca Films/France 3 Cinéma/TF1 International/Rhamsa Productions. Réalisation : Jean-Daniel Verhaeghe. Durée : 1h40.

 

Le Grand Meaulnes est la deuxième adaptation du roman éponyme d’Henri Alain-Fournier, chef-d’œuvre du patrimoine français paru en 1913 et devenu depuis le livre de chevet de plusieurs générations. C’est une rencontre mystérieuse en 1905 avec une superbe jeune fille qui conduit le chroniqueur littéraire de Paris-Journal à écrire ce roman poétique, hymne post-symboliste à l’amitié, proche cousine de l’amour.

En 1910, les parents du jeune François Seurel (Jean-Baptiste Maunier) accueillent comme pensionnaire Augustin Meaulnes (Nicolas Duvauchelle). A l’école, le charisme du garçon lui vaut très vite le surnom de « Grand Meaulnes ». Après une fuite inexpliquée, Augustin échoue dans un château où se déroule une « fête étrange » et y rencontre Yvonne de Gallais (Clémence Poésy). Cette apparition très brève bouleverse sa vie et celle de son ami François, à qui il échoit de rechercher l’amour perdu d’Augustin, pendant que ce dernier s’efforce de retrouver la fiancée impossible (Emilie Dequenne) de l’aviateur Frantz de Galais, frère d’Yvonne.

Récit initiatique – l’apprentissage de la vie d’adulte – et picaresque, le Grand Meaulnes cultive le merveilleux et le romantisme dans un cadre réaliste. Alan-Fournier disait lui-même : « Je n’aime la merveille que lorsqu’elle est étroitement insérée dans la réalité ». Jean-Daniel Verhaegue a pourtant choisi le réalisme en évacuant quasiment toute référence au merveilleux. L’action se déroule à la veille de la première guerre mondiale et le réalisateur entend le faire savoir : on entend des bombardements au loin, la fête « étrange » est un mariage ancré dans son époque, les deux héros du film sont mobilisés et partent au combat : un épisode qui n’existe pas dans le livre et qui tente de rappeler qu’Alain-Fournier est mort au champ d’honneur en 1914, comme ici Augustin Meaulnes. La mort est l’événement qui par deux fois rompt le charme utopiste que suscite la vie rêvée : elle est particulièrement présente dans la seconde partie du film, signifiant ainsi qu’Augustin et François ne sont plus des enfants qui courent après un rêve impossible.

Etrangement, celle lecture réaliste, qui tranche avec le souvenir que les lecteurs ont généralement du Grand Meaulnes, ne nuit pas au film. L’illustre compositeur offre en contrepoint ce que le réalisateur ne pouvait techniquement pas offrir sans tomber dans le ridicule : l’onirisme des aventures d’Augustin. Les thèmes imaginés par le compositeur exaltent la beauté de l’amour. Modulations brèves et subtiles, mélodies discrètement fuguées, orchestration soignée, où les accords épiques aux cuivres se marient à merveille avec les mélodies suaves des bois et des cordes, composent une musique impressionniste parfaitement appropriée au film. Les cuivres éclatants pendant les feux d’artifices, les rythmes dansants pendant la fête étrange démontrent déjà combien l’écriture de Sarde sait être délicate. Pourtant, l’auditeur n’est pas au bout de ses surprises : le morceau entendu lorsqu’Augustin se réveille en pleine forêt n’a rien à envier aux plus belles pages de Debussy et de Ravel, le thème au piano joué par Yvonne de Gallais, bien que déconnecté de l’image en raison de mixages différents, est à pleurer. La musique – vivement que Sony se décide enfin à éditer le CD – participe complètement de l’émotion du film en provoquant les larmes alors qu’à l’image rien n’est suffisamment fort pour les justifier.

En effet, si les paysages sont en général d’une beauté à couper le souffle, cette adaptation somme toute fidèle du roman d’Alain-Fournier souffre d’un casting défaillant. Si Clémence Poésy interprète à merveille le personnage princier d’Yvonne, et Emilie Duquenne son exact contraire, la jeune femme pragmatique et lucide, le tandem Jean-Baptiste Maunier/Nicolas Duvauchelle peine à convaincre. La différence d’âge entre les deux acteurs, censée être de trois ans, est flagrante. Jean-Baptiste Maunier porte la moustache dans la seconde partie du film et est devenu enseignant. Il conserve pourtant sa voix d’enfant, son visage d’ange, et lorsqu’il marche à côté de Clémence Poésy, la différence de taille trahit son trop jeune âge. Ces détails auraient pu être insignifiants mais en l’occurrence, ils suffisent à déclencher un rire inopportun et à nous faire sortir à plusieurs reprises du film.

Ce qui n’empêche pas le Grand Meaulnes de laisser une vive impression à la fin de la projection : l’émotion est palpable. Le voyage est dépaysant et trouble le spectateur pendant au moins quelques heures. Jean-Daniel Verhaegue aurait-il pu rêver mieux ?

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Philippe Sarde (né en 1945) : Le Grand Meaulnes. Sortie le 4 octobre. Mosca Films/France 3 Cinéma/TF1 International/Rhamsa Productions. Réalisation : Jean-Daniel Verhaeghe. Durée : 1h40.

 
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