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Luxembourg, Philharmonie. 13-IX-2006. Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n°8 en mi bémol majeur dite « des Mille ». Erin Wall, Elza van den Heeven, Laura Claycomb, soprano ; Michelle DeYoung, Elena Manistina, alto  ; Anthony Dean Griffey, ténor ; James Johnson, baryton ; Raymond Aceto, basse. Chor der Bamberger Symphoniker (chef de chœur : Rolf Beck), Prager Philharmonischer Chor (chef de chœur : Jaroslav Brych), Basler Knabenkantorei (chef de chœur : Beat Raaflaub). San Francisco Symphony, direction : Michael Tilson Thomas.

Le SFS en tournée

C’était l’affluence des grands soirs pour le concert d’ouverture de la saison de la Philharmonie de Luxembourg, avec un invité prestigieux, et venant de loin : le (SFS), emmené par son directeur musical (MTT). L’œuvre au programme faisait également sensation, puisqu’il s’agissait de la rare et chère Symphonie des Mille de . Avec ses huit solistes vocaux, ses trois chœurs et son orchestre au grand complet, il est toujours impressionnant d’assister à l’exécution de cette symphonie, et il est d’autant plus étonnant de voir un orchestre en tournée si loin de ses bases, programmer une œuvre si difficile à mettre en place.

Le SFS et MTT sont des assidus de Mahler. Nous avons rendu compte dans ces colonnes des enregistrements des symphonies n°7 et 9, la n°5 vient de sortir, et il ne manquera bientôt plus que cette même Symphonie n°8 pour que cette intégrale de haut rang soit complète. On ne sera donc pas étonné de l’excellence d’un concert qui aura tenu le public en haleine pendant une heure trente sans faiblir.

dirige cette symphonie avec enthousiasme et énergie, en privilégiant le chant et la veine lyrique. Cela se traduit pour les parties chorales et solistes bien sûr, mais aussi pour l’orchestre, que MTT fait chanter avec beaucoup de ferveur et de générosité. L’hymne de la première partie retentit avec une ardeur joyeuse, et une force qui ne craint pas d’affirmer avec vigueur le côté spectaculaire et monumental de cette œuvre. En bon showman, héritier spirituel de Leonard Bernstein, MTT place des trompettes parmi le public, sur les balcons de côté de la salle, effet garanti lorsqu’il se retourne vers elles pour leur signifier leur entrée au moment de la coda ! Dans cette conception simple, lumineuse, équilibrée et très convaincante, il est dommage que MTT cède parfois à son péché mignon et use de ralentissements, de suspensions, et de maniérismes qui nuisent un peu à la progression des épisodes instrumentaux. On aimerait par exemple un rythme plus égal et plus fluide à l’introduction de la seconde partie, qui semble par moment se figer dans des suspensions trop systématiques. Quand il dirige les parties vocales par contre, c’est avec flamme et d’un geste ferme, et il dresse à ses solistes de délicats écrins orchestraux, les laissant toujours respirer à propos, et réussissant l’exploit de ne pas les couvrir.

Les forces chorales sont très européennes, avec une maîtrise suisse, un chœur tchèque et un chœur allemand. Les petits chantent magnifiquement bien, alors que les deux chœurs adultes ont des voix colorées et puissantes, et répondent avec célérité et discipline aux ordres du chef.

Les solistes ont des voix de natures similaires : puissantes et sonores, larges et éclatantes, ne craignant pas d’affronter les masses orchestrales déchaînées, mais ce chant un peu brut manque parfois de finesse. Se distinguent de ce groupe remarquablement homogène le soprano lumineux d’, et , baryton au style très propre et très éloquent. Saluons également la céleste apparition au balcon de en Mater Gloriosa.

Le est un superbe instrument, souple et docile, puissant et endurant, capable d’une grande transparence, aux cordes scintillantes et aux cuivres éclatants mais sans ostentation. Les bois sont brillants et virtuoses, mais leur niveau est plus hétérogène, et l’intonation de certains n’est pas toujours très sûre. Néanmoins, le niveau d’ensemble de la formation californienne est remarquable, et ces petites scories instrumentales sont sans grande conséquence pour ce concert qui ouvrait en fanfare la saison luxembourgeoise. Le public était nombreux, on l’a dit, et s’est montré discret et très concentré. Ses applaudissements calmes et sobres, longs et vibrants, participent au souvenir de ce magnifique concert.

Crédit photographique : © Sébastien Grébille

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Luxembourg, Philharmonie. 13-IX-2006. Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n°8 en mi bémol majeur dite « des Mille ». Erin Wall, Elza van den Heeven, Laura Claycomb, soprano ; Michelle DeYoung, Elena Manistina, alto  ; Anthony Dean Griffey, ténor ; James Johnson, baryton ; Raymond Aceto, basse. Chor der Bamberger Symphoniker (chef de chœur : Rolf Beck), Prager Philharmonischer Chor (chef de chœur : Jaroslav Brych), Basler Knabenkantorei (chef de chœur : Beat Raaflaub). San Francisco Symphony, direction : Michael Tilson Thomas.

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