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Dukas rare par Marc-André Hamelin, piano marmoréen

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Paul Dukas (1865-1935) : Sonate pour piano en mi bémol mineur. Abel Decaux (1869-1943) : Clairs de Lune. Marc-André Hamelin, piano. 1 CD Hypérion CDA67513. Enregistré du 26 au 27 août 2004 (Dukas) et le 15 décembre 2005 (Decaux). DDD. Texte de présentation (excellent sur Dukas, un peu rapide sur Decaux) en allemand, anglais et français. Durée : 64’59.

 

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Pauvre Paul ! Voilà un compositeur des plus doués qui, pris d’une frénésie autodestructrice (et par ailleurs d’une vraie paresse), ne laissa à la postérité qu’une poignée de pages, dont un Apprenti sorcier trop fameux qui, nonobstant ses qualités indéniables, a totalement occulté le reste de son œuvre. Et pourtant ! Sa Symphonie en ut et cette Sonate pour piano, véritables chefs-d’œuvre de la musique française, montrent une riche personnalité appuyée par une totale maîtrise technique. Hélas, la Sonate reste rare, au concert plus encore qu’au disque. Car il existe heureusement quelques beaux enregistrements : Jean-François Heisser, Jean Hubeau, François-René Duchâble, excusez du peu ! On a plaisir à y ajouter à présent cette version remarquable de .

Sous le signe de Liszt et du Beethoven des dernières sonates, a composé une pièce dense, monumentale même (quarante-cinq minutes, rien que cela) et sans équivalent dans la musique française, mais en rien difficile d’accès. Seulement, ceux qui s’attendent aux fluidités d’un Debussy ou aux couleurs de Ravel seront sans doute surpris de découvrir une écriture aussi sévère et éloignée en tout des sirènes de l’impressionnisme. Mais les admirateurs de la Sonate en si ou de la Hammerklavier seront comblés : ça fait tout de même du monde. Pianiste des répertoires rares et de haute virtuosité, Hamelin apporte à l’œuvre à la fois son éblouissante technique et un toucher exempt de la moindre dureté, toujours coloré et fluide ; dommage que la prise de son soit un rien glauque. Et quelle puissance dans le finale, à l’ampleur presque orchestrale ! Surtout, il fait montre d’une clarté de lignes et d’un sens de la grande forme indispensables pour pouvoir suivre les arcanes de la pensée tout de même touffue du compositeur ; un guide très sûr, dégageant bien les structures de la partition et ne laissant jamais l’auditeur en chemin.

En complément, les œuvres énigmatiques d’, compositeur sur lequel on semble avoir bien peu d’informations, sont une étonnante découverte. Modeste organiste, Decaux écrivit ces quatre pièces – son unique œuvre d’importance – entre 1900 et 1907 dans une écriture très novatrice et résolument atonale, découvrant de lui-même des procédés employés par Schœnberg… quelques années plus tard. Etrange précurseur ; rien ne laissait deviner dans une vie par ailleurs discrète ce coup de génie, qu’il ne renouvela jamais. Cependant le hiatus stylistique entre ces pièces tourmentées et la Sonate de Dukas est tout de même bien grand. Il aurait été plus logique de regrouper quelques-unes des quatre (seulement !) œuvres pour piano de Dukas, comme les Variations et finale sur un thème de Rameau ou le Prélude élégiaque, d’autant que le programme est un peu court.

Que ces remarques, qui n’invalident en rien la qualité purement artistique du disque, ne te dissuadent point, ô lecteur, de faire cet achat qui, n’en doutons pas, enrichira ta discothèque et ta culture.

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Paul Dukas (1865-1935) : Sonate pour piano en mi bémol mineur. Abel Decaux (1869-1943) : Clairs de Lune. Marc-André Hamelin, piano. 1 CD Hypérion CDA67513. Enregistré du 26 au 27 août 2004 (Dukas) et le 15 décembre 2005 (Decaux). DDD. Texte de présentation (excellent sur Dukas, un peu rapide sur Decaux) en allemand, anglais et français. Durée : 64’59.

 
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