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Daniel Barenboim et la Staatskapelle de Berlin : Mahler vous aime !

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Paris, Théâtre du Châtelet. 25-X-06. Robert Schumann (1810-1856) : Concerto pour piano et orchestre en la mineur op. 54. Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n°9 en ré majeur. Radu Lupu, piano. Orchestre de la Staatskapelle Berlin, direction : Daniel Barenboïm.

dans le concerto de Schumann et la Symphonie n°9 de Mahler concluaient le cycle des trois concerts parisiens de la Staaskapelle de Berlin dirigée par , dans le même esprit d’optimisme et de recherche de sérénité – d’amour disons-le qui caractérisaient les deux précédents volets (voir nos chroniques des concerts des Symphonie n°5 et Symphonie n°7). Un parti pris qui peut surprendre dans les œuvres de Mahler, et particulièrement dans cette œuvre.

A l’opposé de cette image négative, Barenboim a une vision très personnelle de la Symphonie n°9, faite d’une progression allant de la grandeur de la culture vers une pure extase réconciliatrice. Le premier mouvement, Andante commodo, est musicalement le plus ambitieux et avant-gardiste de toute la symphonie. Barenboim, loin d’en faire ressortir les aspérités, s’intéresse beaucoup plus à faire entendre l’héritage de Wagner et de Bruckner. Il met en valeur l’aspect organique du mouvement, avec des ralentissements, des accélérations, une intégration des différents plans sonores qui évoquent incontestablement l’art de Wilhelm Furtwängler. Barenboim l’avait rencontré en 1954 quelques mois avant la mort du chef d’orchestre. Pour Furtwängler, il n’y avait alors pas de doute : « A onze ans, Barenboim est déjà un phénomène ». L’excellente Staakskapelle de Berlin est imprégnée de la culture allemande et parvient à cette interprétation furtwänglérienne où l’on a l’impression d’entendre de la philosophie en musique. Les deuxième et troisième mouvements surprennent tout autant, avec une option différente. Au lieu de l’atmosphère grimaçante, cruelle, de course à l’abîme qui caractérise ces deux mouvements, Barenboim joue la carte de la parodie, de l’autodérision. Le deuxième mouvement est presque latin et coloré comme du Berlioz, tandis que le très cinglant et désespéré troisième mouvement Rondo-Burlesque, est cette fois tout à fait… burlesque, précisément. rit ! Reste le final, l’Adagio. Dans l’enregistrement bouleversant de Bruno Walter avec le Philharmonique de Vienne en 1938 juste avant l’Anschluss, ce final est un adieu à un monde qui va s’écrouler. Avec aujourd’hui, alors que la haine ravage le Moyen-Orient, et qu’Israël, les Etats-Unis, l’Arabie Saoudite construisent ou s’apprêtent à construire des milliers de kilomètres de murs, ce final est un chant d’amour et de réconciliation entre les peuples. Alors on se rappelle, eh oui mais c’est bien sûr, que Barenboim était déjà fin août à Paris avec son West-Eastern Divan Orchestra, composé de jeunes d’Israël et du Moyen-Orient, réunis autour de Brahms alors que la guerre venait juste de s’arrêter au Liban. Merveilleux symbole que cet orchestre plus fort que la politique.

Une appréciation de Barenboim sur Furtwängler, issue d’une interview au journal anglais Guardian en 2004, permet de mieux comprendre ce que Barenboim lui-même souhaite transmettre dans sa direction : « [Furtwängler] n’était pas simplement quelqu’un qui jouait de la musique merveilleusement, mais il était unique en ce qu’il avait un sens extraordinaire de la philosophie en musique. Il avait compris ce qu’était le son. Il avait compris la nature de la musique, comme quelque chose qui à travers le son intègre tout – l’intellect, le sentiment, la sensualité. » Barenboim est parvenu dans cette Symphonie n°9 de Mahler à exprimer cette dimension multiple : la philosophie, l’humour, l’amour, l’espoir surtout.

En regard d’un tel message, le Concerto pour piano lyrique, charmant, de Schumann ne peut donner que ce qu’il a. Ne boudons pas notre plaisir, il nous a permis d’entendre le merveilleux pianiste qu’est , en totale complicité avec le chef.

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Paris, Théâtre du Châtelet. 25-X-06. Robert Schumann (1810-1856) : Concerto pour piano et orchestre en la mineur op. 54. Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n°9 en ré majeur. Radu Lupu, piano. Orchestre de la Staatskapelle Berlin, direction : Daniel Barenboïm.

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