Artistes, Chanteurs, Opéra, Portraits

Anna Russell (London (Ontario), 27 décembre 1891 – Bateman’s Bay (Australie), 18 octobre 2006)

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Le rire est en deuil.

Celle que le public de ses concerts avait surnommée « la femme la plus drôle du monde », , s’est éteinte mercredi dernier à l’âge de 94 ans. Prima donna de la parodie lyrique, elle prétendait avoir débuté sa carrière comme la soprano n°1 de l’Ellis Island Opera Company et avoir appris à jouer du hautbois d’après la lecture d’un article de l’Encyclopaedia Britannica. Dans ses récitals, elle chantait toujours une mélodie de Blotz intitulée Schlumpf pour démontrer qu’on pouvait chanter «sans voix mais avec art »

Pour le monde francophone, est pratiquement inconnue, tous ses spectacles (et ses enregistrements) étant produits dans la langue de Shakespeare. Cependant, même pour ceux qui ne dominent pas cet idiome, les sketches d’ ont eu un retentissement mondial. Particulièrement sa conférence hilarante sur l’argument du Ring der Nibelungen de Wagner qu’elle illustrait d’extraits fantaisistes, les chantant avec une voix bien particulière. Une voix où l’on sentait l’étude, mais totalement ratée d’un point de vue strictement musical.

Anna Russell connaissait les limites de ses capacités vocales et ne prétendait aucunement pouvoir s’afficher dans cette discipline. Elle abandonne ses études de chant à l’âge de 16 ans. Un malencontreux coup de canne de hockey lui fracasse les os du visage lui faisant perdre, par la même occasion, une grande partie de son ouie. Définissant sa voix comme étant « limitée dans le registre et sans aucunes couleurs », elle affirmait pouvoir néanmoins « chanter fort. » Elle précisait qu’au fil des ans, sa « voix devint de plus en plus forte et de plus en plus horrible » Elle reprend néanmoins ses études de chant à l’Académie Royale. Le coup fatal de sa carrière de « chanteuse sérieuse » se produit lors d’une représentation de Cavalleria Rusticana de Pietro Mascagni dans laquelle elle remplaçait la titulaire du rôle de Santuzza. Dans une scène, le ténor qui devait la retenir ne s’attendait pas à ce que la chanteuse s’écroule avec autant de conviction. Il manqua son coup et Anna Russell bascula contre le décor qui s’écroula à son tour. La représentation se termina dans l’hilarité générale. « Ma vie d’artiste sur les planches des théâtres lyriques s’écroulait d’un seul coup après cinq ans de travail assidu » Par la suite, elle se produit dans des concerts où elle tente de se faire une réputation comme chanteuse folklorique. Mais, probablement par manque de conviction, « Quand je chantais des airs folkloriques à la radio, les gens étaient morts de rire. Ainsi mieux valait que je marche dans leur direction plutôt que d’insister avec le sérieux de ma musique » Une aventure qui projeta Anna Russell dans la comédie.

Pendant de nombreuses années, elle présente ses spectacles sur les scènes canadiennes. Entre 1940 et 1950, elle est l’incontournable vedette du concert de Noël de l’Orchestre Symphonique de Toronto. Alors que sa réputation canadienne est bien établie, ce n’est qu’en 1947 qu’elle foule sur les scènes américaines. A New-York, personne ne mise sur sa capacité d’attirer une audience. Impossible de la programmer dans un night-club et elle n’était pas assez jolie pour monter sur une scène de Broadway ! Cette même année, elle débute néanmoins sur la scène du Carnegie Hall. Le succès est phénoménal.

Les nombreux enregistrements d’Anna Russell témoignent de son immense talent de comédienne. Ils sont un véritable régal de drôlerie. Témoin truculent de l’art lyrique, elle s’amuse et amuse chacun sur tout ce qui se passe dans une carrière lyrique, se gaussant des musicologues en ré-expliquant les secrets de la mélodie comme ceux des arguments des opéras, elle tourne en bourrique tous les aspects hautement intellectuels attachés à la musique lyrique.

Transposant sa drôlerie dans son « Guide pratique sur Comment n’inspirer personne. La puissance d’être un parfait emmerdeur » Anna Russell évoque sa conception philosophique des choses de l’art avec un regard ironique. Un livre (malheureusement uniquement en anglais) à lire par tous ceux qui prennent la vie et eux-mêmes trop au sérieux.

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