John Casken, Création française de Golem

La Scène, Opéra, Opéras

Rennes. Opéra. 6-XI-2006. John Casken (né en 1949) : Golem, opéra de chambre en deux actes, sur un livret du compositeur et de Pierre Audi. Mise en scène : Jean Boillot. Décors : Laurence Villerot. Costumes : Pauline Pô. Lumières : Ivan Mathis. Avec : Armando Noguera, Maharal ; Jean-Loup Pagesy, Golem ; Helen Kearns, Miriam ; Tim Mead, Ometh ; Christopher Lemmings, Stoikus ; Georgia Ellis-Filice, Gerty ; Stuart Patterson, Stump ; Richard Burkhard, Jadek. Ensemble Ars Nova, direction : Philippe Nahon

Premier opus opératique du compositeur britannique , Golem a vu le jour au Théâtre Almeida de Londres en 1989 avant de s’exporter aux Etats-Unis et en Allemagne. L’Opéra de Rennes et Angers-Nantes-Opéra s’associent aujourd’hui pour nous en offrir la création française. De la légende du Golem, Casken et son co-librettiste ont gommé l’essentiel des éléments typiques ou folkloriques, afin de bâtir un propos universel et contemporain. L’œuvre se décompose en deux parties : un prélude dans lequel le Maharal vieillissant est confronté à son échec, puis les cinq tableaux de la légende. La concentration du récit exclut les temps faibles dramatiques, et le texte se révèle de bout en bout captivant, servi par des personnages aussi bien caractérisés théâtralement que vocalement.

La partition de cet opéra de chambre est écrite pour 11 musiciens (flûte, hautbois, clarinette, saxophone, cor, trombone, harpe, percussions, violon, violoncelle et contrebasse), avec le renfort d’une bande préenregistrée sous la conduite de , qui permet notamment la transition du prélude à la légende. Le compositeur rejette lui-aussi la tentation folklorique malgré quelques passages clairement incantatoires ; seule l’adresse de Jadek et Stump au Golem au dernier tableau se réfère explicitement à la musique hébraïque. La partie orchestrale, s’inscrivant d’une contemporanéité tempérée, témoigne d’une réelle maîtrise dans le maniement des formes musicales et des alliances instrumentales, ainsi parfois que d’un indéniable sens de l’humour. Plus qu’une réelle originalité stylistique, nous saluerons l’habileté du compositeur, qui opte par ailleurs pour une vocalité plus classique qui évoque Britten à plus d’une reprise : on trouve ainsi par exemple plus d’une trace des accents consolateurs d’Ellen Orford (personnage principal de Peter Grimes) dans le chant de Miriam. L’écriture respecte les tessitures et évite les écarts meurtriers, sans négliger les effets expressionnistes, en particulier dans la partie tourmentée d’Ometh, dévolue à un contre-ténor (l’épatant , qui use de l’étrangeté de son timbre pour servir toute l’ambiguïté de son personnage). Dans la fosse, et les musiciens de son , rompus aux formes contemporaines, nous offrent une lecture sans reproche de la grammaire de Casken qui exige une large palette expressive.

Il faut également saluer le soin apporté à la réalisation de cette nouvelle production. La mise en scène de Jean Boillot, fruit d’un travail d’approfondissement très fouillé et très pertinent, met en lumière chaque intention du texte dans un cadre approprié. Au prélude, volontiers cauchemardesque par instants, Maharal repose sur son lit de souffrance dans un hôpital -, presque un mouroir – où déambulent des vieillards caractérisés par les formidables masques de Cécile Kretschmar, ceux-là mêmes qui contribuent si merveilleusement à l’univers d’. La légende se déroule ensuite dans une forêt mobile, où l’essentiel repose sur une remarquable caractérisation des personnages. Aucune diversion ne vient perturber notre découverte de l’œuvre, et la précision de la direction d’acteurs ainsi que l’investissement scénique et vocal des chanteurs font le reste.

L’unité de la distribution concourt en effet à la réussite de la soirée et chacun des protagonistes mérite notre admiration. Le rôle central du Maharal est dévolu au baryton Armando Noguera, déjà remarqué à Compiègne, qui s’y impose de belle manière par l’expressivité du chant et la concentration du timbre. Jean-Loup Pagesy réalise une performance athlétique et vocale de premier plan pour camper un Golem maladroit, désorienté, trop vite corrompu par son environnement humain et qui deviendra meurtrier malgré lui ; nous devons à sa poignante détresse de fort belles émotions. Toute en rousseur, Helen Kearns prête de doux accents à Miriam, tandis que fait merveille dans le personnage déjanté de Stoikus, que l’on croirait échappé d’un cartoon mais dont le discours prête pourtant si peu à rire.

Le public rennais s’est montré conquis, autant par la valeur intrinsèque de l’ouvrage que par la qualité de la présente production. Dans ce récit d’un créateur perdant le contrôle de sa créature, dans cette vision sans concession des dérives de l’humanité où les plus nobles intentions se heurtent à la corruption des âmes, trouverons-nous pourtant des raisons d’espérer ?

Crédit photographique : © DR

 

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