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Dijon. Grand Théâtre. 12-XI-2006. Jean-Baptiste Lully (1632-1687) : Acis & Galatée, Suite de danses ; Georg Muffat (1653-1704) : extraits du Florilegium Primum, Suite de danses ; Jean-Sébastien Bach (1685-1750) : Concerto Brandebourgeois n° 5 en ré majeur BWV 1050 ; Suite d’orchestre n° 3 en ré majeur BWV 1068. Orchestre Français des jeunes (OFJ) Baroque, direction : Christophe Rousset.

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Ainsi donc, comme annoncée au printemps dernier, s'est confirmée la naissance d'un petit frère – baroque – de l'OFJ symphonique, l'aîné. Et nous nous en réjouissons ; d'autant que cette naissance coïncide avec l'ouverture, au C. N. R. de Dijon, d'un département de musique ancienne (il était temps !) et que, à l'instar du grand frère symphonique mis en résidence, depuis 2001, en la cité des Ducs, c'est encore Dijon (la ville de J-Ph. Rameau, est-il besoin de le rappeler ?) qui accueille l'OFJ baroque.

Ce tout nouvel ensemble comprend une trentaine de jeunes musiciens (tous de moins de trente ans) de haut niveau, issus pour la plupart des C. N. S. M. (Paris, Lyon) et équivalents suisses (Genève, Bâle) ou Benelux, et dont le recrutement s'est effectué par sélection après candidature et audition. C'est à , talentueux interprète et chef attachant, directeur musical et fondateur des Talens Lyriques que revient la charge de guider les premiers pas de cet OFJ, version baroque.

Premiers pas sinon hésitants, du moins quelque peu guindés : il est vrai que nous sommes en compagnie de Lully, dont la musique, riche d'ornements et de grande rigueur rythmique, laisse peu de place à la fantaisie et au débridé. Mais on perçoit cependant, de la part de nos interprètes, une relative tension tout au long du déroulement de cette Suite de danses extraites du dernier Lully (Acis et Galatée) ; si bien qu'en dépit d'une judicieuse alternance des pièces, s'installe une certaine monotonie quand les différences de caractères ne sont pas suffisamment accusées. Cela dit, les Airs sont plaisamment gracieux, la Marche, roborative, et l'imposante Passacaille finale, empreinte d'une éloquente noblesse.

Avec Muffat, la transition semble toute naturelle. Ayant trempé dans le bain tant français, en digne héritier de Lully (dont il se réclamait volontiers) qu'italien (du côté de Corelli), œuvrant, tout comme le feront Couperin ou J-M. Leclair, à la synthèse des styles, n'en témoigne pas moins, dans son Florilegium Primum, son attachement manifeste à l'illustre Jean-Baptiste, dès lors que l'interprétation des pièces qui le composent exige d'observer les particularités propres à l'orchestre lullyste, entre autres : rigueur absolue dans les coups d'archet (brefs et précis, tiré sur les temps forts) et passages en croches égales avec appui-rebond de valeurs pointées. Une interprétation à laquelle nos musiciens de ce jour se conforment en tous points, portés par la direction ferme, nerveuse et de grande précision de . Les pièces s'enchaînent dans une parfaite cohésion, permettant au passage de goûter la qualité d'un trait de hautbois ou de basson, ou celle encore de tel solo de violon, de même que la belle rondeur des cordes graves. Tout cela est très « propre », de bonne musicalité, mais appliqué, « sage » ; un peu trop cependant, parfois, tant on sent de retenue, voire de discrétion dans la dynamique.

Il faudra donc attendre la seconde partie – et J. S. Bach – pour que cet ensemble se « lâche » un peu et fasse éclater ses réelles qualités. Il est vrai que ce Bach-là est des plus connus, des plus populaires ; mais les indiscutables réussites (individuelles, pour le concertino du 5e brandebourgeois, ou plus collectives du ripieno dans ce même 5e, ainsi que la globalité de la Suite n° 3), ces réussites-là n'en sont que plus méritoires.

Les qualités des interprètes, les partitions se chargent de les mettre à jour, et ce, dès le premier mouvement du Brandebourgeois n° 5, qui permet enfin au clavecin d'échapper à l'étouffoir auquel il est le plus souvent condamné en orchestre, et dont Sébastian Wienand (de la Schola Cantorum Basiliensis) joue magistralement l'époustouflante cadence (version longue). Ses partenaires solistes : Anne Millischer, au violon (excellente technique, mais manquant un peu de son) et Morgane Eouzan (traverso) se révélant à la hauteur, c'est un Bach tout à fait convaincant qui nous est livré ici, d'autant que le ripieno n'est pas en reste : parfait ensemble, de fort belle sonorité et idéalement « pulsant ».

De même attendait-on nos néo baroqueux dans l'Air magnifique qui tient lieu de second mouvement à la Suite n° 3. Pas de déception là encore : rien que ce qu'il faut de tendre intensité poétique ; loin des climats de douçâtre guimauve qu'une foule d'arrangeurs ( ?!) peu scrupuleux et mal inspirés (à commencer par le violoniste Wilhemj, dès la fin du XIXe) ont fini par imposer à l'esprit. La Suite est parcourue sans faille, les mouvements s'enchaînant avec un égal bonheur ; et c'est bien volontiers – et définitivement libérés – que l'OFJ, conduit par un Christophe Rousset visiblement rayonnant de satisfaction, nous offre en bis la jubilatoire gigue finale, consacrant le panache de l'» artillerie » : trompettes et timbales.

Bravo donc à ces jeunes musiciens qui, pour un baptême du jeu, tiennent d'ores et déjà la dragée haute à bien des ensembles aguerris ; et longue vie à l'OFJ baroque !

Crédit photographique : © Eric Larrayadieu

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