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Steve Reich fascine et on en redemande !

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Grenoble. MC2. 18-XI-2006. Steve Reich (né en 1936) : Daniel Variations (création française) ; Music for 18 Musicians. Steve Reich, piano et diffusion sonore. Synergy Vocals, ensemble vocal. Steve Reich and Musicians, direction : Brad Lubman.

and Musicians

A l’occasion de ses 70 ans, est en tournée en France avec son ensemble, and Musicians. Sur les sept concerts de sa tournée française, trois ont lieu en province. Son passage n’en prend que plus d’importance : ce concert grenoblois a déplacé les foules, de tous âges. Lorsque en personne, ce compositeur qui a marqué l’histoire de la musique alors même qu’il n’a que 70 ans, passe dans votre ville, on ne peut pas rater cet événement ! D’autant plus lorsque sont programmées en même temps une création française et une œuvre phare de la musique minimaliste répétitive.

Avant même le début du concert, la scène est prometteuse : quatre pianos, quatre vibraphones et de nombreux pupitres et micros attendent les musiciens de la première partie. Il s’agit de Daniel Variations, œuvre créée le 8 octobre 2006 au Barbican Hall à Londres. Cette œuvre est une commande collective à l’initiative du père de Daniel Pearl, journaliste américain assassiné au Pakistan. Sous la baguette de Brad Lubman, musiciens (outre les 8 instruments cités précédemment, un quatuor à cordes, 2 clarinettes, 2 grosses caisses et un tam-tam) et chanteurs (2 sopranos et 2 ténors) nous donnent à entendre une œuvre à la fois pesante et pleine de fatalisme, oppressante sans pour autant être sinistre. Les textes, très courts, sont issus du Livre de Daniel et d’écrits de Daniel Pearl. Ils planent et s’enchevêtrent sur un tissu sonore caractéristique du style de Steve Reich : les pianos et vibraphones martèlent des rythmes mécaniques à l’accentuation irrégulière tandis que les vents et les cordes distillent tour à tour des phrases syncopées ou des notes répétées proches du simple effet sonore. Bien que l’on reconnaisse à travers cette œuvre la signature si particulière du compositeur, elle fascine par ses reliefs : répétitive, certes, mais à travers une structure moins continue que celles auquel il nous a habitués, et dans laquelle les nuances donnent une ampleur quasi-dramatique. On peut regretter, parfois, un choix de sonorisation un peu extrême, qui rend les aigus des sopranos presque agressifs. Il ne peut cependant s’agir que d’un choix délibéré du compositeur, puisque c’est lui qui assure la diffusion sonore.

En deuxième partie, Steve Reich est sur scène, parmi ses musiciens. Music for 18 Musicians, créée en 1976, fait maintenant partie des œuvres incontournables du XXe siècle. C’est avec bonheur qu’on retrouve l’univers sonore du compositeur, sans compromissions. Elle rassemble un effectif instrumental proche de la précédente : 3 sopranos, 1 contralto, 2 clarinettes/clarinettes basses, 3 marimbas, 2 xylophones, 1 vibraphone, 4 pianos, 1 violon, 1 violoncelle. Cet ensemble imposant joue sans chef une œuvre construite sur une continuité sonore jalonnée de glissements rythmiques ou mélodiques qui s’influencent les uns les autres jusqu’à amener un changement imperceptible mais réel de tout le tissu musical. Quelques repères sont donnés par les notes de vibraphone qui sont égrenées de temps en temps, l’apparition de nouveaux timbres comme la maracas ou un signe visuel de l’un ou l’autre des musiciens (percussionniste, clarinette basse). A l’instar des musiques indiennes, cette œuvre nous emporte peu à peu dans un univers proche de la transe : on perd la conscience du temps et du lieu, on est hypnotisé par les percussions imperturbables, et chaque changement intervient au moment précis où l’on en ressent le besoin, sans jamais l’anticiper. Au service d’une musique dont le calme vient de la régularité et de la précision de rythmes pourtant rapides et percussifs, les instrumentistes doivent faire preuve d’une endurance impressionnante. Le spectacle n’est pas que sonore, il est également visuel : avec un calme communicatif, les musiciens évoluent sur la scène d’un instrument à l’autre, se transmettent les cellules rythmiques ou mélodiques sur les mêmes instruments avec une précision fascinante, comme un ballet parfaitement réglé. Et sous sa casquette, Steve Reich n’est qu’un musicien parmi les autres qui prend sa place en toute simplicité dans cette chorégraphie sonore. Les ovations d’un public enthousiaste prouvent son efficacité. Encore !

Crédit photographique : © DR

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