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Bartok -Volkov, ça c’est de la musique !

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Salle Pleyel. 29-XI-2006. Jean Sibelius (1865-1957) : Finlandia op. 26. Béla Bartòk (1881-1945) : Le Mandarin Merveilleux, suite de ballet op. 19. Hector Berlioz (1803-1869) : Roméo et Juliette, extraits symphoniques H 79. Orchestre de Paris, direction, Ilan Volkov.

Sibelius-Bartok-Berlioz

Mercredi soir a révélé au public de la Salle Pleyel son sens aigu de la nuance et de l’équilibre. Béla Bartòk n’est pas un compositeur toujours facile à saisir. Entrer dans l’intelligence de sa musique n’est pas immédiat pour un public, comme pour un musicien à qui n’est pas familier avec son écriture. Le Mandarin Merveilleux ne fait pas exception, bien au contraire. Une œuvre scandale qui mit des années à s’imposer en France comme en Europe. Scandaleuse parce qu’elle sort des canons traditionnels du ballet classique, scandaleuse parce qu’elle crée une rupture avec les thèmes traditionnels de l’opéra, scandaleuse enfin par le sujet lui-même, le Mandarin Merveilleux choisit de mettre la rudesse de la vie quotidienne en musique. Dans la ligne de Richard Strauss et de Berlioz, la musique n’est plus suggestive, émotive, mais descriptive. Chaque instrument, chaque partie est un morceau du décor sonore de cette rue arpentée par les passants, les voitures, les prostituées. Chaque accord habille cette rue sombre et cynique de ses accessoires, du feu rouge à la pollution, sans oublier les macs. Comme sortis d’un tableau campé et immobile, les personnages et les éléments de la rue s’animent et prennent vie, pour se figer à nouveau à la fin du drame, prêts à rejouer sempiternellement l’acte, comme le fil d’une vie sans fin glissant toujours plus dans les bas-fonds. C’est cette vie qu’a su rendre de façon extraordinaire , servie par une acoustique hors pair. Il a su donner à chaque note sa respiration propre, repoussant les limites des nuances, révélant au public qu’au-delà du pianissimo, au-delà du fortissimo, il y avait encore une nuance possible faite de respiration, simplement habitée d’un souffle de vie. C’est dans l’équilibre des parties et dans cette extraordinaire vie des nuances qu’ à su puiser la clef d’interprétation « merveilleuse ». Les montées en puissance, grandioses et progressives, insensibles, savaient tenir en haleine un public porté par les vibratos des violoncelles ou l’extrême précision de la course poursuite du Mandarin. Les percussions, capitales, dans le ressenti de cette œuvre, faisaient parfaitement corps avec le reste de l’orchestre. Trop souvent à part de l’orchestre, elles étaient ici parfaitement intégrées à l’accompagnement, campant la vie de la rue que le drame n’interrompait pas. Au cœur cette masse sonore animée et imperturbable, dans l’indifférence, une prostituée vit sa vie de tous les jours entre macs et clients plus ou moins pervers sur lesquels la rue jette le voile pudique de son propre tourbillon que des sforzando d’une qualité rare semblent sans cesse ranimer. Dans cette extraordinaire œuvre scénique, servie, au pied levé, de main de maître par le tout jeune chef, chaque note est à sa place, chaque instrument est parfaitement introduit. En un mot « ça c’est de la musique », avec une âme qui vit.

Il est dommage que l’on ne puisse en dire autant de Roméo et Juliette, visiblement moins travaillé et peu berliozien. Les entrées sont plus décousues, le drame est plutôt lourd. Les forte si riches pour Bartok, sont ici trop feutrés, l’interprétation souffrait d’un mélange de classicisme et de romantisme allemand. Certes les liens entre Berlioz et le romantisme allemand, son attachement à Beethoven auraient pu influencer le dauphinois, mais les écrits mêmes de Berlioz invitent à trancher radicalement, comme Laurent Campellone en a eu le courage l’été dernier au Festival Berlioz. Le combat de la ligne mélodique et de la ligne harmonique a laissé place à un fort lyrisme que le jeu des mains du chef portait de façon évidente. Au final il manquait de souplesse et d’éclat, sauf peut être in extremis sur les dernières mesures du final.

Crédit photographique : © Mark Harrison

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