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Mozart à Paris ou Haydn du Nord

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Liège. Salle Philharmonique. 03-XII-2006. François-Joseph Gossec (1734-1829) : Symphonie concertante du ballet « Mirza » en ré majeur, pour flûte, violon, alto et orchestre. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concerto pour flûte et harpe en ut majeur KV 299. Joseph de Bologne de Saint-Georges dit Chevalier de Saint-Georges (1739-1799) : Concerto pour violon en ré majeur op. 2 n°2. Joseph Martin Kraus (1756-1792) : Symphonie en ut mineur (1783). Martin Sandhoff, flûte, Antje Sabinski, alto, Saskia Kwaast, harpe. Concerto Köln, konzertmeister : Anton Steck.

Le

L’Orchestre Philharmonique de Liège accueillait pour la première fois ce dimanche dans sa série Baroque le célèbre ensemble , dans un programme original, intitulé « Mozart à Paris », reconstituant ce qui aurait pu être un programme du Concert Spirituel à Paris avant la Révolution Française. On commence par un genre très en vogue à l’époque, celui de la symphonie concertante, avec une œuvre de Gossec, pour flûte, violon, alto solistes et orchestre. Cette Symphonie concertante date de 1783, elle est en trois mouvements enchaînés, et utilise des thèmes du ballet Mirza -dans lequel elle était intégrée- que Gossec avait composé avec grand succès en 1779. C’est une œuvre agréable et divertissante, mais purement décorative, sans grande portée expressive, et à la construction assez morcelée. Les solos de flûte et de hautbois sont jolis, le violon a quelques beaux passages virtuoses à défendre, alors que l’alto n’a que quelques traits discrets pour se mettre en valeur. La différence de niveau avec l’œuvre suivante est flagrante, puisque le Concerto Köln nous offre le Concerto pour flûte et harpe de Mozart. De ton très Ancien Régime, ce concerto fleure bon la musique galante et ses gracieusetés impersonnelles. Mozart n’y est certes pas au plus haut de son génie, mais il manie ses thèmes avec une telle élégance et une telle subtilité qu’on est bien obligé de rendre les armes face à tant de charme et de sensibilité, surtout quand il est joué par un ensemble comme le Concerto Köln, qui évite toute mièvrerie, et donne à cette musique plus de vigueur que de coutume.

La seconde partie de ce concert présente elle aussi deux œuvres d’intérêt très inégal. Le Chevalier de Saint-Georges est à la mode depuis quelques années, et on a même tenté de le présenter comme un « Mozart noir ». Grande exagération, car sa musique, toute de virtuosité creuse, est une sorte de quintessence de l’esprit galant, désinvolte et guindée, alignant les formules mélodiques convenues et les développements bavards. Comparée à ce pensum, la Symphonie de Gossec de la première partie fait presque figure de chef-d’œuvre, car si elle est également essentiellement ornementale, elle a au moins le mérite de ne pas ennuyer l’auditeur. On en vient alors enfin à ce qui constitue le véritable chef-d’œuvre de ce concert, la Symphonie en ut mineur de Kraus. est un compositeur allemand, né comme Mozart en 1756, et mort seulement quelques mois après lui. Il passe toute sa carrière au service du roi Gustav III de Suède, qui l’envoie faire le tour des capitales musicales d’Europe entre 1782 et 1786, voyage au cours duquel il fera la rencontre notamment de Gluck et de Haydn. S’il est risible de comparer Saint-Georges à Mozart, il n’est pas du tout exagéré de parler de Kraus comme d’un « Haydn du Nord », tant leurs styles sont proches, leurs musiques semblant souvent provenir d’un tronc commun. Cette Symphonie en ut mineur est d’ailleurs dédiée à Haydn, qui en dirigea la création. Elle commence par une introduction lente très sombre, aux dissonances inquiétantes, qui sonne comme un manifeste du mouvement « Sturm und Drang », et se poursuit par un Allegro tendu et rigoureux, aux brusques ruptures de ton, dont les rares moments lyriques sont vite interrompus par de brusques accents passionnés. L’Andante, très méditatif, au rythme patient, évoque Haydn, … ou l’inspire, car on croirait parfois entendre le mouvement lent d’une symphonie londonienne. Le finale est superbement construit, à partir d’un thème assez insignifiant, mais que Kraus va magnifier en lui faisant subir un traitement harmonique hardi, et en insufflant au mouvement une puissance et une rage tout à fait éclatantes. Compositeur merveilleusement doué, surprenant, original et expressif, Kraus est à redécouvrir d’urgence.

Le Concerto Köln est un merveilleux défenseur de ce répertoire, qu’il joue et enregistre depuis de nombreuses années : symphonies de Kraus et de Gossec chez Capriccio, Mozart chez Archiv, Teldec et Capriccio. L’ensemble est énergique et vigoureux, parfait de style, corsé de sonorités, et présente une cohésion sans faille, rehaussée de prestation solistes, dans les concertos comme dans les symphonies absolument remarquables. Bien entendu, le succès public est au rendez-vous pour cet ensemble qui appartient de plein droit à l’élite des formations sur instruments anciens, ce concert le rappelle fort opportunément.

Crédit photographique : © Stefan Gawlick

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Liège. Salle Philharmonique. 03-XII-2006. François-Joseph Gossec (1734-1829) : Symphonie concertante du ballet « Mirza » en ré majeur, pour flûte, violon, alto et orchestre. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concerto pour flûte et harpe en ut majeur KV 299. Joseph de Bologne de Saint-Georges dit Chevalier de Saint-Georges (1739-1799) : Concerto pour violon en ré majeur op. 2 n°2. Joseph Martin Kraus (1756-1792) : Symphonie en ut mineur (1783). Martin Sandhoff, flûte, Antje Sabinski, alto, Saskia Kwaast, harpe. Concerto Köln, konzertmeister : Anton Steck.

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