Anne Sofie von Otter, l’Orient, toujours l’Orient

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris, salle Pleyel. 12-I-2006. Albert Roussel (1869-1937) : le Festin de l’araignée, suite d’orchestre op. 17. Paul Dukas (1865-1935) : la Péri. Maurice Ravel (1875-1937) : Schéhérazade, ouverture de féerie ; Schéhérazade, trois mélodies pour mezzo-soprano et orchestre. Anne Sofie von Otter, mezzo-soprano ; Orchestre Philharmonique de Radio France, direction : Matthias Bamert.

Il en est de certains chefs comme de certains crus : excellents et ignorés. , assistant de Leopold Stokowski à ses débuts, a mené une carrière discrète. Chef exigeant, connu dans le répertoire mozartien, alors qu’il s’est souvent illustré dans la musique contemporaine, son nom est dernièrement apparu dans la presse musicale à scandale puisque le West Australian Symphony Orchestra a dernièrement refusé de prolonger son contrat de premier chef invité : il préférait se consacrer à l’Orchestre Philharmonique de Malaisie, dont il est le directeur musical depuis sa création. Il partage avec Oleg Caetani ce curieux privilège des techniciens hors pair de l’orchestre parti exercer sous les tropiques et ne venant à Paris que pour des remplacements. Armin Jordan devait normalement diriger ce concert dans un répertoire bien à lui.

C’est cela l’apanage des grands professionnels : pouvoir endosser n’importe quel habit pour en faire le sien. ne s’est jamais illustré dans la musique française ? Qu’importe ! Il est toujours temps de le prouver, et en France de surcroît. La suite du Festin de l’araignée le prouve dès le début du concert : chaque sonorité est savamment dosée, tel un alchimiste méticuleux à la recherche de l’alliage parfait. La finesse de l’écriture de Dukas dans la Péri poursuit cette évidence : Matthias Bamert est un grand chef que l’on ignore – au moins en France. Le public, venu en masse surtout pour , ne s’y est pas trompé en lui réservant des rappels plus longs que d’habitude en fin de première partie.

La première Schéhérazade de Ravel est aussi sa première œuvre orchestrale. Le génie s’y manifeste déjà, au travers des arabesques modales du hautbois solo qui ouvre l’œuvre. « J’ai posé la Schéhérazade de Rimski-Korsakov sur le piano et je l’ai copiée » aimait à répéter le créateur du Boléro. Bien sûr seul le titre est commun, ainsi que la science de l’orchestration, science que Bamert distille au public avec un Philar’plus que jamais concentré et à l’écoute. La seconde Schéhérazade bénéficie de ce même soin, de cette même écoute des musiciens mais… Mais l’acoustique de Pleyel est passée par-là. Anne-Sofie von Otter reste inégalable, sensible, fine, à la diction parfaite, aux registres homogènes. Cependant sa voix est trop souvent couverte par l’orchestre dans les moments paroxystiques. La faute à qui ? A Ravel ? Certainement pas ! A Matthias Bamert ? Comment peut-il exiger l’extrême de ses troupes au niveau précision et nuances pour se relâcher dans la pièce maîtresse du concert ? L’hypothèse paraît trop saugrenue… à Anne-Sofie von Otter ? Balayons d’emblée cette idée. Pleyel malheureusement ne se prête pas à la voix… l’expérience du Don Giovanni dirigé par René Jacobs nous l’avait prouvé.

Crédit photographique : © DR

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