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Concerto amputé et Pastorale allante avec l’Orchestre des Champs-Élysées

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Paris. Salle Pleyel. 20-I-2007. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Triple Concerto pour violon, violoncelle, piano et orchestre, en ut majeur op. 56 ; Symphonie n°6 en fa majeur « Pastorale » op. 68. Daniel Sepec, violon ; Jean-Guihen Queyras, violoncelle  ; Andreas Staier, piano. Orchestre des Champs-Elysées, direction : Philippe Herreweghe.

La venue de et de son Orchestre des Champs-Elysées pour un programme Beethoven a attiré foule salle Pleyel. Programme prometteur, avec l’atypique Concerto pour piano violon et violoncelle, suivi de la Symphonie Pastorale, tous deux créés en 1808. Si Beethoven a composé le plus grand concerto pour violon du répertoire et cinq célèbres concertos pour piano, son Triple Concerto, musicalement moins ambitieux, est plus rarement joué ou enregistré. C’était donc avec intérêt que nous attendions cette œuvre.

Seulement voilà, ce soir de « triple » il n’y eut point, faute d’un pianoforte portant bien mal son nom, qui n’était audible que lorsqu’il jouait seul, et encore le son qui en sortait était tellement malingre et inexpressif que cela faisait pitié. Il nous restait donc un « double » concerto, mais imaginez un Archiduc sans piano, une Grande Fugue sans violoncelle, une Hammerklavier sans main gauche … à quoi bon ! D’autant que, finalement, le reste était joué fort proprement mais assez tranquillement, sans pulsation vitale des basses, sans grand frémissement dynamique, les deux solistes faisant quand même preuve d’une belle musicalité, avec mention spéciale au violoncelle de , qui a la charge de lancer toutes les parties solistes. Le gentil public a copieusement applaudi les interprètes, comme si de rien n’était, même si, sitôt la lumière rallumée, on pouvait se rendre compte, en laissant traîner ses oreilles indiscrètes dans les conversations alentour, que les premiers mots exprimaient étonnement, perplexité, frustration autour de notre fameux « pianoforte ».

Heureusement la Pastorale fût bien mieux servie, débarrassée des problèmes d’équilibre sonore, avec un surplus d’élan et de dynamique fort bienvenu. L’Allegro ma non troppo initial fut attaqué sur un tempo plutôt rapide (donc pas très non troppo), fort bien mené dans cette optique par le chef, ce qui a l’avantage de résoudre le problème de répétition des motifs successifs – un des problèmes interprétatifs majeurs de ce mouvement. En contre-partie, on n’a pas réellement le temps de profiter de tous les détails et merveilles de cette page et d’être ému aux larmes (ce qui doit arriver dans le sublime développement lorsqu’il est idéalement réussi). Dans sa fausse simplicité apparente, ce mouvement est en fait un des plus difficile à interpréter qui soit. Ainsi joué, il était plus vif et agréable que prenant et émouvant. Pour reprendre son sous-titre « Eveil de sentiments joyeux … » disons que le sentiment était plutôt qu’on était réveillé depuis longtemps. L’Andante molto mosso fort joli se terminera par le fameux chant du coucou et de ses amis rossignol et caille, remarquablement réalisé par flûte hautbois et clarinette : bravo aux trois instrumentistes. D’ailleurs l’ensemble des bois de cet orchestre s’est montré remarquable tout du long du concert. On n’en dira pas autant des cuivres qui n’ont pas réussi le sans faute, car, si le concerto ne pose pas de grandes difficultés, la symphonie, notamment dans ses trois derniers mouvements, est autrement plus exigeante, ce qui s’est traduit pas quelques ratés, principalement des cors. Sans trop de gravité, ce qui n’a pas gâché la réussite d’ensemble du triptyque final. Note sympathique : les deux solistes du concerto ont pris place dans l’orchestre pour jouer la symphonie.

Il est probable que nous avons entendu ce soir ce qui peut se faire de mieux avec des instruments à l’ancienne (mais pas trop), grâce à un orchestre et un chef – fondamentalement bon musicien – à leur meilleur, et à des œuvres qui s’y prêtent sans doute mieux que les autres symphonies de Beethoven. Les limites de l’exercice ont malgré tout sauté aux oreilles, le gros raté du concerto justifiant pourquoi Steinway et ses confrères ont inventé le piano de concert, et la symphonie pourquoi les pistons ont poussé sur les tuyaux des cuivres.

Lire la chronique de notre consœur à Grenoble pour le même concert

Credit photographique : © Yoshinori Mido

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Paris. Salle Pleyel. 20-I-2007. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Triple Concerto pour violon, violoncelle, piano et orchestre, en ut majeur op. 56 ; Symphonie n°6 en fa majeur « Pastorale » op. 68. Daniel Sepec, violon ; Jean-Guihen Queyras, violoncelle  ; Andreas Staier, piano. Orchestre des Champs-Elysées, direction : Philippe Herreweghe.

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