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Edita Gruberova, l’enchanteresse Manon au charme vainqueur

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Jules Massenet (1842-1912) Manon, opéra-comique en cinq actes. Mise en scène, décors et costumes : Jean-Pierre Ponnelle. Éclairages : Reinhold Heissenberger. Avec : Edita Gruberova, Manon Lescaut ; Francisco Araiza, Chevalier des Grieux ; Pierre Thau, Comte des Grieux ; Hans Helm, Lescaut ; Wilfried Gahmlich, Guillot de Morfontaine ; Georg Tichy, Brétigny ; Donna Robin, Poussette ; Margareta Hintermeier, Javotte ; Axelle Gall, Rosette ; Alfred Sramek, L’Hôtelier. Chor der Wiener Staatsoper (Chef de chœur : Helmuth Froschauer) Orchester der Wiener Staatsoper, direction : Ádám Fischer. Réalisation : Brian Large. Enregistré le 21 décembre 1983 à l’Opéra de Vienne. Sous-titres : français, anglais, allemand, espagnol, chinois. 1 DVD DG 00440 073 42087. Toutes zones. Durée : 167’.

 

D’une tessiture sonore inouïe, la voix d’ maîtrise mieux que quiconque la technique de l’art vocal. L’ambitus est certes extraordinaire et ses chatteries envoûtantes alliées aux notes exceptionnelles dans l’aigu, ont toujours eu un impact très fort sur le public viennois. Cependant, il ne faudrait pas confondre ses poses ou un certain maniérisme d’un goût parfois douteux avec les qualités réelles de la diva, que très peu de chanteuses ont réussi à acquérir. D’autant plus que la soprano habite son personnage, c’est une Manon de grand luxe qui marche sur tous les chemins, de l’allée bordée de charmes à la crête acérée des pulsions de vie et de mort. Voix luxuriante dans les diverses manifestations de l’héroïne, elle parvient à camper à sa manière, l’archétype féminin. On peut facilement s’en rendre compte à l’écoute de ce DVD. est un Chevalier des Grieux fougueux, au cœur plein de bravoure, mais aussi un héros romantique d’une sensibilité à fleur de peau et au caractère tourmenté, même si la voix n’atteint pas la perfection de sa partenaire. Tous deux captés à leur zénith, ils forment un couple fort crédible scéniquement, et fait l’un pour l’autre.

La mise en scène de est élégante, minutieuse à l’excès, soignée dans ses plus menus détails et appartient à l’esthétique d’un autre siècle. Elle caresse l’œuvre plus qu’elle ne la pénètre. L’imagination du metteur en scène reste corsetée dans le dogme du paraître. Elle dilue sa surface trop lisse – en cela, plus attrayante par ses tableaux, ses décors et ses costumes que par une étude approfondie des personnages – dans des raccourcis souvent frustrants pour le mélomane. On inflige à l’œuvre de nombreuses coupures, non seulement on abrège les scènes parlées, mais on en modifie le texte et par conséquent le sens donné aux mots. Ainsi réduite, elle croule sous ses apparats, fourvoyée dans des péripéties laissées à mi-chemin. C’est un frôlement épidermique qui refuse de nous faire vivre des exhalaisons plus capiteuses. C’est un titillement des sens dans une gestuelle un peu vaine qui finit par agacer sans donner pleine satisfaction. D’une œuvre intense, elle nous frustre de l’essentiel du drame. Elle se situe à l’antipode de celle de Deflo, présentée à l’Opéra Bastille en 2001 avec Renée Fleming, reportée sur support DVD en 2003 sur TDK.

La caractérisation des personnages est plus que sommaire. Le Lescaut de est sans nuances, le Guillot de Morfontaine de n’a rien de bien menaçant ou d’ombrageux, enfin rien ne nous permet de percevoir le donjuanisme du Brétigny de . On aurait pu s’attendre à beaucoup mieux du Comte des Grieux de , mais la voix est aux limites de l’acceptable. Ce sont des personnages interchangeables qui agissent comme simples comparses ou faire-valoir. Moins écorchée par toutes ces coupures et se jouant des conventions, triomphe au Cours-la-Reine dans une Manon exposée à tous les dangers des vocalises. Le tableau de Saint-Sulpice est captivant, le duo restitue la passion brûlante des deux amants. Enfin l’Hôtel de Transylvanie reste gravé dans nos mémoires avec ses salles de jeu à l’étage. Il est d’autant plus dommage que l’on ait pratiqué des coupures extrêmement sévères. Idem pour le Cours-la-Reine, amputé de son ballet, de plusieurs scènes, rendant incompréhensibles les intentions de Guillot. À la fin de chaque tableau, un lever de rideau pour saluer les protagonistes avec force applaudissements. Il nous reste un document extraordinaire de Gruberova et d’Araiza, tous les deux sublimes.

Dès l’ouverture, l’Orchester der Wiener Staatsoper, sous la direction musicale d’Adam Fischer, fouette ses troupes dans des tempi endiablés. Un DVD qui restitue d’une certaine manière, les Manon qui appartiennent au passé.

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Jules Massenet (1842-1912) Manon, opéra-comique en cinq actes. Mise en scène, décors et costumes : Jean-Pierre Ponnelle. Éclairages : Reinhold Heissenberger. Avec : Edita Gruberova, Manon Lescaut ; Francisco Araiza, Chevalier des Grieux ; Pierre Thau, Comte des Grieux ; Hans Helm, Lescaut ; Wilfried Gahmlich, Guillot de Morfontaine ; Georg Tichy, Brétigny ; Donna Robin, Poussette ; Margareta Hintermeier, Javotte ; Axelle Gall, Rosette ; Alfred Sramek, L’Hôtelier. Chor der Wiener Staatsoper (Chef de chœur : Helmuth Froschauer) Orchester der Wiener Staatsoper, direction : Ádám Fischer. Réalisation : Brian Large. Enregistré le 21 décembre 1983 à l’Opéra de Vienne. Sous-titres : français, anglais, allemand, espagnol, chinois. 1 DVD DG 00440 073 42087. Toutes zones. Durée : 167’.

 
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