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Karine Deshayes, grâce et mélancolie

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Nantes. Théâtre Graslin. 2-II-2007. Gabriel Fauré (1845-1924) : La Chanson d’Eve op. 95. Francis Poulenc (1899-1963) : Le Garçon de Liège ; Au-delà ; Les officiers de la Garde Blanche. Henri Duparc (1848-1933) : Chanson triste ; Extase ; Phidylé. Ruperto Chapi (1851-1909) : Canciòn de la Gitana. Pablo Luna (1879-1942) : Canciòn Española. Avec : Karine Deshayes, mezzo-soprano ; Hélène Lucas, piano.

Au moment où la Cité des Congrès célèbre « l’Harmonie des peuples », thème retenu pour la Folle Journée 2007, Angers-Nantes-Opéra accueille dans le cadre intimiste et chaleureux du Théâtre Graslin l’une des valeurs sures du chant français. Quelques semaines après avoir chanté Siebel pour ses débuts au Met, quelques jours seulement après avoir conquis le public tourangeau dans La Cenerentola, nous propose un récital au programme éclectique et séduisant.

La première partie de la soirée est exclusivement consacrée à Gabriel Fauré avec les dix mélodies qui composent La Chanson d’Eve, sur des poèmes du poète et dramaturge belge Charles Van Lerberghe. Nous savons que ce cycle appartient au meilleur de la production du compositeur, mais aussi qu’il est d’une rare difficulté pour ses interprètes. La vocaliste relève le défi avec aplomb et s’inscrit résolument dans la meilleure tradition française, celle du grand style qu’a incarné Régine Crespin, en mitonnant la diction avec gourmandise mais sans affectation, et en recherchant toute la variété de couleurs qu’exige le recueil. Dès Paradis, véritable légende dramatique en réduction, aussi périlleuse que possiblement flatteuse, nous savons que le pari est gagné : la modestie apparente dissimule si peu l’assurance de celle qui a, à force d’étude, pénétré les intentions et maîtrisé les pièges de ce cycle exigeant.

Après l’entracte, revient sans partition, ayant de surcroît troqué le mauve pour le noir, et nous nous délectons de ces trois mélodies de Poulenc sur des poèmes de l’exquise Louise de Vilmorin qui accompagna les dernières années de la vie de Malraux. Que Duparc ait emprunté au parnassien Leconte de Lisle ou au sympathique poète et médecin Jean Lahor, alias Henri Cazalis (ce chef-d’œuvre absolu qu’est Chanson triste), la difficulté demeure mais Karine Deshayes s’en acquitte moyennant quelques tensions sur les notes les plus aiguës. Elle réussit avec aisance et grâce la fusion nécessaire entre le son et le mot.

Mais la cantatrice a ce soir décidé de nous faire profiter d’autres facettes de son talent et marche sur les pas de Teresa Berganza en libérant sa fantaisie dans deux extraits de zarzuelas marqués d’un chic grand genre. En bis, la rossinienne nous livre un « Una Voce poco fa » empli d’enthousiasme et de juste rouerie, avant que la baroqueuse aborde Rinaldo avec un contrôle n’excluant aucunement l’émotion. Le public est conquis, nous aussi !

Crédit photographique : © Vincent Jacques

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Nantes. Théâtre Graslin. 2-II-2007. Gabriel Fauré (1845-1924) : La Chanson d’Eve op. 95. Francis Poulenc (1899-1963) : Le Garçon de Liège ; Au-delà ; Les officiers de la Garde Blanche. Henri Duparc (1848-1933) : Chanson triste ; Extase ; Phidylé. Ruperto Chapi (1851-1909) : Canciòn de la Gitana. Pablo Luna (1879-1942) : Canciòn Española. Avec : Karine Deshayes, mezzo-soprano ; Hélène Lucas, piano.

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