La Scène, Opéra, Opéras

Les sortilèges de l’Orient

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Montréal. Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts. 03-II-2007. Léo Delibes (1836-1891) Lakmé, opéra en trois actes sur un livret d’Edmond Gondinet et Philippe Gille. Mise en scène : Adam Cook. Décors et costumes : Mark Thompson. Éclairages : Gavan Swift. Avec : Aline Kutan, Lakmé ; Frédéric Antoun, Gérald ; Randall Jakobsh, Nilakantha ; Mireille Lebel, Mallika ; Anne Saint-Denis, Ellen ; Allison Angelo, Rose ; Leticia Brewer, Mistress Bentson ; James Westman, Frédéric ; Thomas Macleay, Hadji. Chœur de l’Opéra de Montréal (chef de chœur : Claude Webster), Orchestre Métropolitain du Grand Montréal, direction : Jean-François Rivest.

Lakmé

On croirait feuilleter un vieux livre du Raj britannique dont les gravures sont à elles seules une irrésistible invitation au voyage. Si la musique de Delibes n’est pas très aventureuse sur le plan des sonorités exotiques, la mise en scène d’Adam Cook – sans aucun doute un fier descendant de James Cook ! – établit des liens étroits entre les personnages, tout en soulignant l’opposition des deux civilisations en présence. S’inspirant de l’art naïf de l’Inde ancienne, imagine un univers féerique, faisant naître à chaque tableau, des décors somptueux – jardin sacré au premier acte, bazar bigarré et foule grouillante au deuxième, maison de bambous et nature exubérante au dernier – et des personnages vêtus de costumes d’apparats. C’est dans cet écrin étincelant, saturé des lumières chaudes de , que se consument les amours d’une indienne et d’un soldat anglais. Les officiers Gérald et Frédéric, accompagnés d’Ellen, la fiancée de Gérald, de Rose, une amie, et de Mistress Bentson, leur gouvernante, pénètrent dans l’enceinte sacrée du brahmane Nilakantha. Resté seul, Gérald succombera aux sortilèges de Lakmé. Mais le père de celle-ci se vengera de l’audace sacrilège du jeune prétendant, en ordonnant à sa fille de chanter pendant une fête populaire. Gérald attiré par la voix aimée, sera reconnu et poignardé. Soigné par Lakmé, Frédéric le rappelle à son devoir de soldat. Les sentiments vacillants de l’amant auront raison de l’héroïne. Dans un rituel de purification, ils boivent tous deux l’eau sacrée, mais elle se donnera la mort en mangeant une fleur d’Orient, le datura. C’est la mise en œuvre des amours éternelles où le rêve et la réalité s’entrechoquent, où l’Occident et l’Orient se confrontent. C’est le sort inéluctable des couples différents de race et de religion, où la femme paie toujours un lourd tribut.

La soprano colorature dans le rôle-titre, crée un personnage fort captivant et d’une absolue fraîcheur. Elle habite entièrement le personnage d’une prêtresse chaste et brûlante d’amour. Retenons au premier acte, le charmant duo avec , Viens, Mallika, où les voix comme des lianes en fleurs s’entrelacent à un jardin suspendu, dans la douceur d’un matin parfumé. À ces épanchements exotiques de la flore indienne, s’ajoute l’érotisation de la femme. Technicienne hors du commun et d’une musicalité sans faille, a le sens des nuances. D’une agilité extraordinaire et d’une maîtrise parfaite, elle se joue de toutes les difficultés de la partition. Les vocalises voluptueuses de La Légende de la fille des parias, deviennent une sorte de Kama Sutra de la virtuosité, attirant dans ses rets, son amant Gérald. Son français est impeccable, seule la projection est quelque peu limitée par l’acoustique défaillante de la salle Wilfrid-Pelletier.

Dans le rôle de Gérald, le ténor a donné une prestation fort honnête malgré quelques faiblesses au premier acte. Tous les autres rôles sont bien tenus, à commencer par le pétillant baryton qui incarne un Frédéric bien terre-à-terre, en cela, à l’opposé de son congénère de caserne. Mention particulière à la Mallika de , pour l’excellente d’une voix chatoyante et sa présence sur scène, et de la soprano dans le rôle plus limité d’Ellen. Seul bémol dans un spectacle bien conçu, le Nilakantha du baryton , affublé d’une voix ingrate, qui a maintes reprises, nous fait sortir de notre rêve, par un jeu scénique souvent maladroit.

Mais dans l’ensemble, cette production de l’Opéra de Montréal avec l’Opera Australia est tout à fait remarquable. à la tête de l’ du Grand Montréal rend justice à la poésie musicale de Delibes. Cet opéra pourra également être entendu le 10 mars sur les ondes de l’Union Européenne de Radio-Télévision.

Crédit photographique : © Yves Renaud

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Montréal. Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts. 03-II-2007. Léo Delibes (1836-1891) Lakmé, opéra en trois actes sur un livret d’Edmond Gondinet et Philippe Gille. Mise en scène : Adam Cook. Décors et costumes : Mark Thompson. Éclairages : Gavan Swift. Avec : Aline Kutan, Lakmé ; Frédéric Antoun, Gérald ; Randall Jakobsh, Nilakantha ; Mireille Lebel, Mallika ; Anne Saint-Denis, Ellen ; Allison Angelo, Rose ; Leticia Brewer, Mistress Bentson ; James Westman, Frédéric ; Thomas Macleay, Hadji. Chœur de l’Opéra de Montréal (chef de chœur : Claude Webster), Orchestre Métropolitain du Grand Montréal, direction : Jean-François Rivest.

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