Concerts, La Scène, Musique symphonique

Grand concert de Yuri Temirkanov et Sayaka Shoji

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 20-II-2007. Sergueï Prokofiev (1891-1953) : Symphonie n°1 en ré mineur « Classique » op. 25  ; Concerto pour violon n°1 en ré majeur op. 19  ; Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n°1 en ré majeur « Titan ». Sayaka Shoji, violon ; Orchestre Philharmonique de Saint-Pétersbourg, direction : Yuri Temirkanov.

L’Orchestre de Saint-Pétersbourg

Cela fait bientôt quarante ans que dirige l’, et vingt ans qu’il en est le chef permanent, après avoir hérité en 1988 des rênes de cet orchestre de légende dirigé pendant plus de cinquante ans par le non moins légendaire Evgueni Mravinski. Le style de Temirkaniov, moins rugueux, austère, grandiose que celui de son prédécesseur, est peut-être plus souple – par l’usage d’un tempo varié – et coloré – avec une belle différenciation de chaque pupitre de l’orchestre. Toutefois, cela reste un orchestre russe avec des cordes, surtout les violons, à la couleur plus âpre que chez ses homologues occidentaux.

Le concert a débuté par l’assez peu « classique » Symphonie « Classique » de Prokofiev finalement. La référence à Haydn, que les chefs occidentaux se plaisent à mettre en évidence par l’utilisation de phrasés élégamment articulés, a laissé place à une interprétation plus dramatique, attaquée sur un tempo très rapide, presque précipitée, mais ménageant toujours des plages de détente dès que la phrase musicale devenait plus chantante.

Le Concerto pour violon n°1 de Prokofiev n’est musicalement pas aussi évident que le n°2 au matériel thématique plus facile à mémoriser. La réussite de la jeune et frêle n’en est que plus remarquable. Aussi bien par sa maîtrise technique sans faille que par la qualité et l’intensité du son produit par son Stradivarius « Joachim » de 1715. Musicalement très vivante et dynamique, son interprétation, à l’unisson de l’accompagnement orchestral, était en permanence expressive et toujours captivante justifiant les applaudissements enthousiastes du public.

Le moment le plus attendu par les spectateurs du soir était la Symphonie n°1 « Titan » de Mahler exécutée après l’entracte. Une nouvelle fois, on peut dire que cette interprétation n’était pas « classique », Termirkanov nous ayant donné une lecture assez personnelle, peu « viennoise », mais fort magistrale et fort intéressante. Deux caractéristiques sautaient aux oreilles. D’une part, et comme pour la symphonie de Prokofiev, une accentuation des contrastes de tempo, le chef n’hésitant pas à accélérer dans les passages rapides et à prendre son temps, sans alanguissement, tout en préservant l’intensité, dans les passages lents, d’autre part des équilibres sonores et des couleurs orchestrales originales. Nous avons pu profiter plus d’une fois du très beau chant des violoncelles, placés au centre de la scène, bien distincts des premiers et seconds violons placés de chaque côté du chef – formation bien adaptée à Mahler et souvent utilisée dans les enregistrements. Ainsi le chef pouvait à volonté faire passer le leadership au groupe de cordes qu’il souhaitait, en restant toujours clair même dans les passages tumultueux. Les contrebasses repoussées à l’arrière, derrières les premiers violons étaient toutefois plus discrètes. Les cuivres se sont couverts de gloire en couleur, puissance et précision, et les timbales furent largement à la hauteur. Musicalement l’interprétation était plus portée sur la clarté de l’architecture, l’alternance de tension et détente, de tumulte et de calme, disons qu’elle était plus premier degré, que narrative, illustrative ou porteuse d’un arrière plan ironique (comme souvent dans les versions « classiques viennois » Walter, Bernstein, et autres). En ce sens elle était moins « viennoise », mais pas russe pour autant ! C’était la vision personnelle du chef, cohérente, convaincante, parfois enthousiasmante, fort bien mise en œuvre et défendue avec panache par son orchestre. Ce qui est déjà énorme. Et qui fut salué par un mérité et long tonnerre d’applaudissements de l’ensemble du public, qui en bis a eu droit à l’impeccable crescendo de Nimrod, extrait des Enigma Variations d’Elgar.

Crédit photographique : © Jaydie Putterman

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 20-II-2007. Sergueï Prokofiev (1891-1953) : Symphonie n°1 en ré mineur « Classique » op. 25  ; Concerto pour violon n°1 en ré majeur op. 19  ; Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n°1 en ré majeur « Titan ». Sayaka Shoji, violon ; Orchestre Philharmonique de Saint-Pétersbourg, direction : Yuri Temirkanov.

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