bandeau RES MUSICA

Crapoteuses Noces de Figaro

À emporter, DVD, DVD Musique, Opéra

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Le Nozze di Figaro. Mise en scène : Christoph Marthaler. Décors et costumes : Anna Wiebrock. Eclairages : Olaf Winter. Chorégraphie : Thomas Stache. Peter Mattei, il Conte di Almaviva ; Christiane Œlze, La Contessa di Almaviva ; Heidi Grant Murphy, Susanna ; Lorenzo Regazzo, Figaro ; Christine Schäfer, Cherubino ; Helene Schneiderman, Marcellina ; Roland Bracht, Bartolo ; Burkhard Ulrich, Don Basilio ; Eberhard Francesco Lorenz, Don Curzio ; Cassandre Berthon, Barbarina ; Frédéric Caton, Antonio ; Elisa Cenni, Marie-Adeline Henri, Donne, Jürg Kienberger, le « récitativiste ». Chœur de l’Opéra National de Paris (chef de chœur : Peter Burian), Orchestre de l’Opéra National de Paris, direction : Sylvain Cambreling. Réalisation : Daniel Zalay. 2 DVD Opus Arte OA 0960 D. Enregistré en 2006 au Palais Garnier. Sous titrages en anglais, allemand, français, espagnol, italien. Zone 0. 261′

 

Les tenants et aboutissants du foisonnant marché du DVD lyrique sont parfois difficiles à comprendre. Exemple nous en est fourni par ce DVD, qui possède bien peu des qualités musicales ou scéniques qui pourraient en faire un achat recommandable.

La production des Nozze di Figaro qu’immortalise ce DVD fut créée à Salzbourg en 2001, lors de la dernière année du mandat de Gérard Mortier à la direction du Festival, et reprogrammée par le même lors de sa deuxième année à l’Opéra de Paris. La mise en scène est de , qui en compagnie de sa fidèle décoratrice Anna Wiebrock, signe un spectacle laid, lourd et ennuyeux. L’action est transposée dans un bureau d’état civil aux papiers peints miteux, signe distinctif de « l’esthétique marthalerienne », et l’action est presque constamment parasitée par une succession de gags pas très subtils, et par les interventions de Jürg Kienberger, qui, sur scène et affublé d’un costume de clochard, accompagne les chanteurs avec un orgue électronique, un accordéon, des bouteilles de bière, … L’artiste n’est pas en cause, car il a du talent, et dans un autre contexte, il doit être très drôle, mais il n’a rien à faire dans les Nozze di Figaro, qui n’ont besoin d’aucune intervention extérieure pour fonctionner. Toute la minutieuse construction comique et dramaturgique de Beaumarchais et de Da Ponte est ici trahie par ce spectacle qui n’a pour but que la provocation gratuite et vulgaire. Et quand en plus, les auteurs de ce scandale se piquent de respect de l’œuvre, en annonçant dans le livret de présentation et dans les interviews en bonus, que contrairement à la tradition, ils ont accordé toute leur attention aux récitatifs, et qu’ils n’ont pas coupé les airs de Basilio et de Marcelline, on se demande de quelle « tradition » ils parlent, et quand ils ont vu pour la dernière fois une vraie mise en scène de ces Noces.

Musicalement, ce DVD n’offre pas beaucoup plus d’agréments, et est d’un niveau assez faible, indigne de la grande scène internationale qu’est censé être l’Opéra de Paris. La direction de est sèche, ennuyeuse et trop lente, il est ici bien loin du chef incisif qui animait avec fougue Lucio Silla et la Finta Giardiniera il y a vingt ans à la Monnaie. De la distribution, on ne retiendra que le seul Comte carnassier, séduisant et autoritaire de . n’est pas un mauvais Figaro, il chante avec style, et le timbre est agréable, mais l’interprète manque de classe vocale, de charisme et de tranchant pour exister face à un comte aussi remarquable. Du côté des dames, c’est la débandade avec Christiane Œlze, Comtesse transformée en vieille pochtronne, qui chante faux la plupart du temps, d’une voix instable et sans grâce. Quant à , qui inaugurait avec cette Susanna une liste à Paris de premiers rôles dont elle n’a aucunement les moyens, elle est une soubrette caricaturale, aigre, insignifiante et empotée. A côté de ces naufrages, s’en sort mieux, car elle met au moins de l’application à son chant, mais elle reste un Cherubin de petit format, avec une voix trop claire et fragile, qui n’est pas celle du rôle. Les personnages secondaires sont plutôt bien tenus, avec une mention pour la Marcellina de Helene Schneiderman, la seule parmi les dames à caractériser son chant et à dominer sans problèmes les difficultés de son air.

Huée à Salzbourg, conspuée à Paris, cette production crapoteuse, filmée comme une telenovela, n’aurait jamais dû avoir l’honneur d’être immortalisée en DVD. Une pierre de plus dans le jardin de , inspirateur et responsable ultime de ce naufrage.

Banniere-ClefsResmu-ok

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.