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Du goudron et des plumes pour le nègre !

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Je ne suis pas le fruit du hasard. Autobiographie de Roberto Alagna, avec la collaboration de Danièle Mazingarbe. Grasset, Paris. 296 pages. 18, 90€. ISBN 978-2-246-68541-8. Dépôt légal janvier 2007.

 

Qu’un chanteur, acteur, ou tout autre individu célèbre dont l’écriture n’est pas le métier, se fasse aider d’un collaborateur pour rédiger son autobiographie, n’a en soi rien de répréhensible. Bien au contraire, ce « nègre », dont la signature figure sur le livre, aide à structurer, formuler le texte, rendre agréable la lecture. Elles sont bien rares, les personnalités capables de transformer leurs propres écrits en chef-d’œuvre ! (on pense à Simone Signoret et sa magnifique La nostalgie n’est plus ce qu’elle était).

Mais que dire lorsque l’on ouvre l’autobiographie de , et qu’on tombe à chaque page sur des perles comme : « Lorsqu’ils se rendaient à des fêtes somptueuses, elle pouvait arborer les magnifiques toilettes et les bijoux somptueux dont il la couvrait » ou encore « Bientôt elles se transformèrent bientôt en guerre ouverte ». Les répétitions ne sont pas des fautes de frappe de l’auteure de ce compte-rendu. Il faut croire aussi que la vénérable maison d’édition Grasset ne dispose pas de relecteurs.

Bref, ce style à la fois quelconque et ampoulé, bourré de lieux communs, plombe complètement le récit. On ne sourit pas aux tribulations d’ancêtres siciliens hauts en couleur, voire maffieux, on ne s’angoisse pas de l’issue du concours Pavarotti (il faut dire qu’on connaît la fin : vainqueur !) on ne pleure pas sur la souffrance et la mort de la première femme de , Florence, on ne s’attendrit pas sur la naissance de sa fille, ni sur sa première rencontre pourtant si romantique avec Angela Gheorghiu. Le matériau était bien là, pourtant.

Peut-être même qu’un collaborateur exceptionnel, qui ne se serait pas contenté de retranscrire, aurait pu aussi « décoller la pulpe » extirper l’humanité, adoucir ce que les propos comportent d’autosatisfaction et de démonstration béate, élaborer une histoire aussi généreuse et ensoleillée que la voix du ténor. Hélas, il n’en est rien, et ce livre peut uniquement servir aux supporters d’Alagna à reconstituer les éléments de sa vie qui leur manquaient éventuellement.

Les autres, les amoureux de la langue française, les lecteurs acharnés, les amateurs de belles histoires, les adorateurs de livres, se reporteront, pour une histoire picaresque d’opéra en Sicile, à L’Opéra de Vigata par Andrea Camilleri (Points) pour une enfance d’immigré italien, aux Ritals, de Cavanna (Livre de poche) pour une bouleversante tranche de vie d’un interprète d’opéra, à A la scène, à la ville de Régine Crespin (Actes Sud – écrite sans nègre !)

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Je ne suis pas le fruit du hasard. Autobiographie de Roberto Alagna, avec la collaboration de Danièle Mazingarbe. Grasset, Paris. 296 pages. 18, 90€. ISBN 978-2-246-68541-8. Dépôt légal janvier 2007.

 
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