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Der Evangelimann, à la rencontre du réalisme allemand

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Wilhelm Kienzl (1857-1941) : Der Evangelimann. Mise en scène : Josef Ernst Köpplinger. Avec : Walter Fink, Friedrich Engel ; Alexandra Reinprecht, Martha ; Janina Baechle, Magdalena ; Wolfgang Koch, Johannes Freudhofer ; Jürgen Müller, Mathias Freudhofer. Chœur (chef de chœur : Michael Tomaschek) et orchestre du Volksoper de Vienne, direction : Alfred Eschwé. Réalisation vidéo : Axel Stummer. 1 DVD Capriccio 93 516. Filmé au Volksoper de Vienne, 22 mai & 8 juin 2006. Sous-titrage en allemand, anglais et français. NTSC 16/9. Dolby digital 2. 0. Toutes zones. Durée : 136’

 

Le compositeur autrichien traîne une réputation assez réductrice d’épigone wagnérien, ayant tenté avec un succès mitigé d’appliquer les principes du maître à des sujets populaires. La parution en DVD de Der Evangelimann nous offre l’occasion de jauger à une plus juste valeur ce « petit maître ». Et avouons-le, la partition nous convainc bien davantage que son Don Quichotte un peu avare de couleurs et pâlissant devant les pages sublimes inspirées par l’épopée du « chevalier à la triste figure » à Massenet, Ravel, Ibert ou même Wasserman.

En bon disciple de Richard Wagner, Kienzl a tenu à signer lui-même le livret en s’inspirant des tableaux de mœurs viennois de Léopold Florian Meissner. Deux actes, séparés par trente années. Le premier est de facture classique : dans l’Autriche du début du XXe siècle, un baryton jaloux conspire pour contrarier les amours de la soprano et du ténor, qui est injustement jeté en prison. Le second est plus touchant : enfin sorti de prison, le ténor, reconverti en évangéliste (ce qui nous vaut une fort belle évocation du sermon sur la montagne), accepte d’apporter son pardon au frère renégat qui se trouve à l’article de la mort. Kienzl véhicule donc un message humaniste et chrétien sur fond de tableau naturaliste. Tous les ingrédients sont réunis et assez habilement mitonnés pour émouvoir la mère de famille, d’où le mépris de la critique pour un ouvrage qui pourtant ne sombre jamais dans le racolage. Sensibilité n’est pas sensiblerie, comme le signale justement l’auteur des notes de commentaire.

Musicalement, l’œuvre séduit par la variété du coloris orchestral, le pouvoir d’évocation et la sensualité dépourvue de vulgarité. Respectueuse des tessitures vocales, elle ne propose toutefois aucune réelle audace harmonique ni instrumentale ; le goût et l’habileté du compositeur sont indéniables mais son absence d’originalité l’est aussi. L’orchestre joue un rôle primordial, du fait de l’importance des intermèdes instrumentaux, mais aussi par son rôle de commentateur, instaurant plus d’une fois un véritable dialogue avec les solistes. La partition paie un évident tribut au maître de Bayreuth, et plus d’une fois nous songeons aux Maîtres chanteurs, mais d’autres échos plus diffus se font entendre : Weber, lorsque le chœur des villageois au premier acte évoque irrésistiblement le Freischütz, voire dans une moindre mesure Verdi ou Gounod.

La distribution réunie ici est tout à fait satisfaisante : Alexandra Reinprecht confère à Martha charme et luminosité, malgré un timbre qui tend à se durcir dans l’aigu ; joue le méchant avec subtilité et une belle concentration de timbre ; Walter Fink apporte toute la profondeur de son grave à l’oncle tandis que , que le public français vient de découvrir en Brangäne à Toulouse, fait merveille dans la compatissante Magdalena. Dans le rôle titre enfin, Jürgen Müller, dont les moyens ne sauraient être comparés à ceux de qui grava le rôle sous la baguette de , convainc cependant par l’intensité de son récit au second acte. A la baguette, Alfred Eschwé a le grand mérite de croire à cette partition et de trouver, pour la servir, le ton et la couleur justes en évitant tout excès de pathos.

La production de Josef Ernst Köpplinger joue sans inutiles états d’âme la carte du naturalisme. Elle ose des couleurs vives et des figures symboliques au premier acte, où les scènes villageoises sont joyeusement animées et les principaux protagonistes caractérisés avec précision. La seconde partie s’inscrit en revanche dans un univers d’un gris réalisme, où l’attention se concentre sur le personnage et le message de Mathias. La direction d’acteur s’inscrit dans une solide tradition, mais se révèle suffisamment soignée pour offrir une parfaite lisibilité de l’ouvrage. Du bon artisanat, dans la plus noble acception du terme, et le sentiment d’assister à un véritable travail de troupe, comme nous en rêvons parfois de ce côté du Rhin. La captation vidéo rend tout à fait hommage à ce travail et parachève une découverte très intéressante.

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