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Cologne. Opernhaus, 10-III-2007. Richard Wagner (1813-1883) : Die Walküre, première journée en trois actes de Der Ring des Nibelungen, sur un livret du compositeur. Mise en scène : Robert Carsen. Décors et costumes : Patrick Kinmonth. Lumières : Manfred Voss. Dramaturgie : Ian Burton. Avec : Thomas Mohr, Siegmund ; Dieter Schweikart, Hunding ; Ralf Lukas, Wotan ; Ricarda Merbeth, Sieglinde ; Irene Theorin, Brünnhilde ; Dalia Schaechter, Fricka ; Magnea Tómasdóttir, Gerhilde ; Katharina Leyhe, Ortlinde ; Regina Richater, Waltraute ; Katja Boost, Schwertleite ; Machiko Obata, Helmwige ; Andrea Andonian, Siegrune ; Gundula Schneider, Grimgerde ; Kristina Wahlin, Rossweisse. Orchestre du Gürzenich de Cologne, direction : Markus Stenz.

Der ring des Nibelungen

On a à peine le temps de reprendre son souffle à Cologne ! Trois petites heures à flâner dans les rues du centre ville après l’Or du Rhin, et il était déjà temps de rejoindre le théâtre pour le deuxième volet de ce Ring événement.

Cette Walkyrie débute par une belle surprise visuelle, avec la cabane de Hunding, figurée par un camp de guérilleros sous la neige, où Sieglinde est une cantinière, qui sert le rata dans les gamelles des hommes. La transposition est réussie, réaliste et fonctionne très bien dans le contexte de la production. Certains effets sont très convaincants, comme ces hommes armés qui disparaissent dans le fond de scène obscur comme s’ils s’enfonçaient dans la nuit. La bonne surprise est aussi vocale, avec le Siegmund vaillant de , au beau timbre cuivré, à l’aise sur toute la tessiture avec des aigus justes et puissants, décochés avec facilité, et un registre grave très riche. Face à un tel Siegmund, Riccarda Merbeth a un peu de mal à exister. Elle chante pourtant bien, mais le rôle est un peu trop bas pour elle, et on la sent toujours prudente, alors que son partenaire est en train de se consumer. est un Hunding à la voix usée, de manière plus audible qu’en Fafner, et au chant peu incisif. Assez pâle et vieillissant, il n’aurait aucune chance durant son combat contre Siegmund sans la protection de Wotan.

Le deuxième acte nous transporte d’abord au Walhalla, dans le grand salon, à la décoration sobre mais luxueuse : un grand feu ouvert, une immense table basse et deux canapés démesurés. La vision est belle, même si on peut regretter la crudité du mur de fond en blocs de béton, qui aurait avantageusement été recouvert d’un crépi ou d’un parement pour donner une impression plus cossue. La scène de la fuite des jumeaux frappe, elle, par sa nudité : une jeep détruite sur un sol enneigé fait seul office de décor, alors que le dernier acte est simple mais efficace, un champ de bataille encombré d’armes, de casques et de cadavres, dont les plus vaillants sont relevés par les Walkyrie.

Musicalement, ces deux actes sont encore de haut niveau, avec d’abord l’entrée de . Par rapport à Philipp Joll, son collègue du Rheingold, il impose un Wotan jeune et dynamique, à la voix séduisante, fraîche et bien projetée. L’émission est franche et incisive, les phrasés sont soignés, et la diction excellente et bien articulée. Déjà actif en Donner à Bayreuth la saison dernière, ce chanteur pourrait devenir un des grands Wotan de l’avenir s’il trouve les graves qui lui font encore un peu défaut. Son épouse est encore , plus en voix qu’en matinée, et qui ne dépare pas trop ce deuxième acte qu’Irène Theorin illumine de bout en bout, dès sa première intervention. Isolde assez fade à la Monnaie il y a quelque temps, la soprano semble avoir mangé du lion, et réalise ce soir une prestation irréprochable, alliant puissance, beauté du timbre, pureté des aigus et une implication dramatique intense. Ses nombreuses sœurs, dont certaines détonnent beaucoup, font moins bonne figure, mais ce ne sont pas les quelques minutes de leurs «hojotojo» qui vont gâcher la fête, tant le reste du plateau est convaincant, et souvent même fascinant.

La direction de est encore une fois de bonne tenue : vive et nerveuse au I, un peu lourde et brouillonne au II, mais il se reprend bien au III, qu’il dirige de manière puissante et exaltante. L’Orchestre du Gürzenich assure sans trop de problème jusqu’à la fin du deuxième acte, où la fatigue commence à se faire sentir, par des imprécisions dans le jeu de cordes et par des cuivres fort débraillés. Bien remis d’aplomb durant la pause, les musiciens terminent en beauté.

Les belles promesses de l’Or du Rhin ont donc été largement confirmées par une Walkyrie d’un niveau encore plus élevé, et chaleureusement saluée par un public bouillant. Il est 22h, la journée a été longue, mais belle et exaltante, et moins éreintante que ce qu’on craignait, et on quitte le théâtre avec le sentiment de participer à une expérience rare, et presque de l’impatience d’être déjà demain.

Crédit photographique : © Klaus Lefebvre

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Cologne. Opernhaus, 10-III-2007. Richard Wagner (1813-1883) : Die Walküre, première journée en trois actes de Der Ring des Nibelungen, sur un livret du compositeur. Mise en scène : Robert Carsen. Décors et costumes : Patrick Kinmonth. Lumières : Manfred Voss. Dramaturgie : Ian Burton. Avec : Thomas Mohr, Siegmund ; Dieter Schweikart, Hunding ; Ralf Lukas, Wotan ; Ricarda Merbeth, Sieglinde ; Irene Theorin, Brünnhilde ; Dalia Schaechter, Fricka ; Magnea Tómasdóttir, Gerhilde ; Katharina Leyhe, Ortlinde ; Regina Richater, Waltraute ; Katja Boost, Schwertleite ; Machiko Obata, Helmwige ; Andrea Andonian, Siegrune ; Gundula Schneider, Grimgerde ; Kristina Wahlin, Rossweisse. Orchestre du Gürzenich de Cologne, direction : Markus Stenz.

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