Anne-Sophie Mutter et Kurt Masur enchantent le public

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Théâtre des Champs Elysées. 29-III-2007. André Previn (né en 1930) : Concerto pour violon et orchestre « Anne-Sophie » ; Franz Liszt (1811-1886) : Dante-Symphonie. Anne-Sophie Mutter, violon. Maîtrise de Radio France (chef de chœur : Toni Ramon), Orchestre National de France, direction : Kurt Masur.

A l’instar de Leonard Bernstein, est à la fois pianiste, chef d’orchestre, compositeur de musique de film, de comédies musicales et de musique dite classique dont ce Concerto pour violon et orchestre « Anne-Sophie » constitue une des dernières compositions puisqu’elle a été créé le 14 mars 2002 par , la dédicataire – à l’époque tout juste Mme Prévin à la ville- et l’Orchestre Symphonique de Boston, le commanditaire, sous la direction du compositeur. Un enregistrement live réalisé en octobre 2002 par les mêmes interprètes a été publié par Deutsche Grammophon, complété judicieusement par la Sérénade pour violon, harpe, percussions et orchestre à cordes de Bernstein. Il s’agissait donc aujourd’hui d’une création française, et son National accompagnant la créatrice de l’œuvre.

S’il suit le modèle classique en trois mouvements, ce concerto n’en respecte pas réellement l’alternance vif-lent-vif, étant quasi sempre moderato, ce qui constitue d’ailleurs un écueil qu’il faut surmonter pour maintenir l’attention du public. L’aspect harmonique et mélodique n’est pas d’avant garde, on pourrait même dire qu’il s’agit d’un pré Concerto à la mémoire d’un ange de Berg, dont l’influence en terme de sonorité et d’orchestration traverse ici ou là le concerto de Previn. Le premier mouvement Moderato est fondamentalement romantique, son thème principal étant une évidente déclaration d’amour, ne s’étant pas caché d’avoir voulu exprimer dans ce concerto son intention d’épouser .

Cet aspect très autobiographique reliant les deux protagonistes était bien plus évident et réussi dans l’enregistrement DG que dans le concert de ce soir (le divorce a été prononcé depuis), l’accompagnement du National et de Masur, certes impeccable et très attentionné mais presque précautionneux, gardait une certaine distance avec cette partition et ne retrouvait pas le naturel et l’animation que lui donnait le compositeur. Les cuivres du National plus rauques que ceux de Boston n’offraient pas à la violoniste le même luxueux tapis de soie sur lequel son violon n’avait qu’à se poser délicatement en ouverture de ce mouvement.

Le second mouvement Cadenza-Slowly plus sombre, parfois proche d’une rêverie et le final Andante en forme de variations plus imagées complétaient ce concerto, peut être pas génial, surement pas révolutionnaire, mais fort intelligemment écrit et agréable à écouter, joué, seul petit regret donc, par un National plus consciencieux et respectueux qu’inspiré. Comme on pouvait s’y attendre, Mutter maîtrisait cette œuvre, écrite pour elle, sur le bout des doigts et de son archet dont la sûreté légendaire n’était jamais mise en défaut. Il est probable que le succès public à l’applaudimètre lui revenait plus qu’à l’œuvre jouée pour la première fois en France. En bis elle offrait au public une Sarabande extraite de la Partita n°2 de Bach tout en subtilité, à la sonorité quasi irréelle, comme en apesanteur, au pianissimo inouï.

La Dante-Symphonie plus courte que sa sœur la Faust-Symphonie occupait la deuxième partie du programme. Ses trois mouvements Inferno, Purgatorio et Magnificat s’enchaînent comme trois poèmes symphoniques inspirés par La Divine Comédie de Dante dont ils suivent le découpage, Liszt ayant substitué un Magnificat au Paradis de Dante sur les conseils de Wagner. nous en a donné une très belle interprétation, secondé par un National en pleine forme. Bois, cuivres et percussions s’en sont donné à cœur joie, et les cordes ont suivi, même si on aurait aimé un peu plus de contrebasses par moments. Néanmoins le niveau orchestral était remarquable et expressivement impeccable, car il fallait faire passer, entre autres, des images d’enfer, de terreur, de douleur, de désespoir, puis d’espoir, de compassion, de repentir, pour finir par la sérénité avec un chœur angélique de soprano, incluant un court solo (très réussi ce soir), interprété par les jeunes filles de la Maîtrise de Radio France.

S’il fallait faire un seul petit reproche, on dirait que le dispositif scénique plaçant le chœur, non pas sur scène mais dans la salle au niveau du deuxième balcon, n’a peut-être pas favorisé acoustiquement le chant en produisant un son un peu dur, pas aussi angélique et irréel qu’idéalement. Si la première partie de concert valut surtout par la performance d’Anne-Sophie Mutter, la deuxième partie fut toute à la gloire de Kurt Masur et de ses interprètes qui ont ravi l’assistance. Ce concert sera diffusé sur France Musique le mercredi 18 avril à 20h.

Crédit photographique : © DR

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