Éditos

Du rififi chez les helvètes

Edito

Non, le potin musical de l’autre coté du Jura ne se limite pas à l’exil fiscal de Johnny. La capitale calviniste de la Confédération helvétique, en plus court : Genève, voit son Grand-Théâtre secoué de toutes parts.

« Pourtant l’institution est vénérable : dirigée par Jean-Claude Riber puis Hugues Gall, elle s’est hissée comme une scène internationale de premier plan. Renée Auphan à sa suite en a élargi le répertoire. Cette dernière, partie diriger l’Opéra de Marseille, Jean-Marie Blanchard, ancien administrateur de l’Opéra-Bastille sous l’ère Bergé, lui a succédé. Un récent audit, largement controversé, vient de mettre à nu les coulisses de cette vénérable maison. »

En août 2006 un machiniste du Grand-Théâtre se donne la mort (tiens, les conditions inhumaines de travail ne concernent pas que l’industrie électrique ou l’automobile). La ville de Genève, déjà alertée quelques mois plus tôt sur des pratiques de harcèlement moral et sexuel dans le cadre de sa scène lyrique, amorce un audit. Et les langues se délient de plus en plus. Au ban des accusés le secrétaire général et le directeur technique (aujourd’hui démissionnaires). Parmi les autres perles, un employé du service technique est aussi gérant d’une entreprise d’électricité en contrat avec le Grand-Théâtre. Patrick Mugny, conseiller administratif aux affaires culturelles de la ville de Genève, se fait de plus en plus pressant, et provoque le départ en février dernier de Bruno de Preux et Robert Roth, respectivement Président et Vice-président du Conseil de Fondation du Grand-Théâtre.

L’audit dévoile des pratiques d’un autre temps, qui nous semblent bien déplacées dans un lieu artistique : xénophobie, misogynie et homophobie sont les mots qui reviennent le plus souvent, aux cotés de pratiques qui, elles, peuvent concerner n’importe quelle entreprise partout dans le monde : népotisme, copinage, autoritarisme, … Résultats d’un grand dysfonctionnement entre la Fondation, la direction artistique et les équipes techniques, le tout ajouté à un fonctionnement hiérarchique obsolète, qui tient plus du système féodal que démocratique. Un élu genevois, le socialiste Pascal Holenweg, membre du Conseil de Fondation, est aussi dans la ligne de mire. Alors que le Président de ce conseil dénonçait l’employé suicidaire comme atteint d’un mal psychiatrique, l’élu a voulu faire éclater la vérité au grand jour en dévoilant un dossier confidentiel…

Jean-Marie Blanchard dans « Le Temps » de Genève du 3 avril se dit « surpris qu’il y ait une telle unité de vue entre les deux auditeurs » et va « étudier attentivement le rapport pour y répondre ».

Depuis hier, 4 avril, cet audit est largement contesté. La clause de confidentialité n’a pas été respectée. Certains employés victimes se retrouvent avec leur vie privée étalée au grand jour (le rapport, publié sur le site Internet du Grand-Théâtre, a été retiré depuis) et une action en justice contre le cabinet Créalyse sera certainement menée. Pire, le cabinet associé, Sherwood alliance, se désolidarise, au nom de la « vision totalement caricaturale » donnée aux propos des employés (in « Le Temps » du 5 avril).

Depuis, tout le monde se tait… Le directeur technique tant décrié a trouvé refuge au Châtelet. Oui, oui, au Châtelet, ce théâtre lyrique dont le directeur vient de virer Sandrine Anglade, qui devait mettre en scène la prochaine production de Carmen. 2005 : démission de Muti à la Scala. 2006 : scandale Alagna à la Scala. 2007 : remue-ménage au Grand-Théâtre de Genève. A qui le tour en 2008 ? Une scène lyrique municipale parisienne semble bien partie.

Site Internet du Grand-Théâtre de Genève

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