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Triomphe de la jeunesse avec les frères Capuçon et le Gustav Mahler Jungendorchester

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 03-IV-2007. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Triple Concerto pour violon, violoncelle, piano et orchestre, en ut majeur op. 56 ; Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n°7 en mi majeur. Renaud Capuçon, violon ; Gautier Capuçon, violoncelle ; Gustav Mahler Jugendorchester, direction et piano : Myung-Whun Chung

Formidable surprise que ce concert au programme conséquent, alliant concerto de Beethoven et symphonie de Bruckner, et qui a fait un triomphe, bien mérité, auprès du public du Théâtre des Champs-Élysées en cette fraîche soirée d’avril. Vedette de la première partie de soirée, les frères Capuçon ont joué le Triple Concerto de Beethoven avec le renfort du chef qui a donc dirigé l’orchestre de son piano. Habitués à jouer ensemble en musique de chambre, Renaud le violoniste et Gautier le violoncelliste, ont fait preuve d’une belle unité de conception comme d’engagement et ont confirmé leur belle réputation. On a d’ailleurs eu le sentiment que le public était venu en grande partie pour eux et que le chef a tout fait pour leur laisser la vedette. Il a conçu sa partie de piano, certes la plus modeste des trois écrites par Beethoven, plus en soutien ou accompagnement qu’en vraie soliste, philosophie qu’il a appliquée à l’accompagnement d’orchestre, joliment phrasé, mais jamais envahissant. C’est donc au violon et violoncelle solistes qu’est revenu la tâche de porter et tirer expressivement tout le concerto, et avouons que tous les deux ont brillamment réussi l’épreuve. Leur entente, leur écoute réciproque, leur façon de s’attendre et de se relancer mutuellement, étaient remarquables. Et surtout quelle intensité dans le jeu, se traduisant par une dynamique palpable du pp au ff. Joué sans fioriture ni complications inutiles, sans arrières-pensées musicologiques, avec chaleur et intensité, respirant naturellement en phase avec le texte, ce concerto faisait ainsi plaisir à entendre.

Devant la relative retenue de l’orchestre, on s’est dit qu’il se réservait peut être pour la montagne qui l’attendait après l’entracte, ce que la suite des événements allait confirmer avec éclat.

Car la suite n’était rien moins que la Symphonie n°7 d’, qui a dû amener sur scène tous les musiciens de l’orchestre tant ils remplissaient le plateau à raz bord. Impressionnante marée humaine, à forte prédominance féminine, au moins les ¾ des cordes et la moitié des autres pupitres, on était loin de la vénérable Philharmonie de Vienne qui, quelques jours plus tôt occupait la même scène pour la Symphonie n°8 du même Bruckner, et qui n’avait que cinq musiciennes dans ses rangs (il n’y a pas si longtemps, il n’y en avait aucune !). Disons tout de suite que nos jeunes musiciens n’ont pas à rougir de la comparaison avec leurs illustres aînés. Certes en terme de couleur des cordes et des cuivres en particulier, l’écart reste conséquent, comme il l’est encore un peu dans la capacité à jouer d’une dynamique étendue du ppp au fff et aussi en pure virtuosité. Mais pour ce qui est de l’enthousiasme et de l’intensité mis dans chaque phrase, on pourrait donner l’avantage à nos jeunes tant ils ont « mouillé la chemise » !

Belle surprise également pour le chef qui a eu l’intelligence de jouer cette musique d’une façon dynamique, motrice, vivante, donnant à chaque section sa vie et son tempo propre, et sachant varier au gré de la progression dans chaque mouvement. On était très loin d’une vision statique et contemplative de cette musique, trop souvent entendue, et comme il a raison ! Bien sûr quelques passages particulièrement difficiles, qui ne manquent pas chez Bruckner, peuvent être améliorés comme la terrible coda du premier mouvement qui s’embrouille facilement si l’on n’y prend garde et le passage de transition qui la précède qui peut être expressivement plus prenant (mais presque tout le monde le rate celui-là !). De même le complexe final joué d’une façon presque trop directe et unitaire, a perdu son coté pré-Mahler ou pré-Richard Strauss que l’on trouve par moment. Enfin on pardonnera bien volontiers une dynamique allant plutôt du piano au fortissimo, à qui il manquait de temps en temps un peu de repos pianissimo et de quelques respirations pour reposer nos oreilles, rançon de l’intensité permanente mise dans le jeu par des musiciens qui n’ont pas encore l’expérience et la sagesse des Philharmoniker. Et rappelons au chef qu’avec un orchestre aussi fourni, doubler les timbales dans les moments culminants n’est pas forcément une mauvaise idée (les viennois le font avec succès).

Reste que, même avec ses menus défauts, cette exécution fut impressionnante orchestralement et musicalement. Et qu’après le triomphe public des jeunes Capuçon en première partie, le public a fait un retentissant et mérité triomphe à l’orchestre et au chef pour la symphonie. Vive la jeunesse ! Et pourvu que la routine ne les atteigne pas trop vite !

Crédit photographique : © Shriver Hall concert

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 03-IV-2007. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Triple Concerto pour violon, violoncelle, piano et orchestre, en ut majeur op. 56 ; Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n°7 en mi majeur. Renaud Capuçon, violon ; Gautier Capuçon, violoncelle ; Gustav Mahler Jugendorchester, direction et piano : Myung-Whun Chung

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