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Valery Gergiev ensorcelle le LSO et tout le public

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Paris. Salle Pleyel. 1-IV-2007. Claude Debussy (1862-1918) : La Mer ; Prélude à l’après-midi d’un Faune ; Igor Stravinski (1882-1971) Symphonies d’instruments à vent ; Le Sacre du Printemps. Orchestre Symphonique de Londres, direction : Valery Gergiev.

Gergiev Salle Pleyel

Quel concert ! Nombreux sont ceux qui n’en ont cru ni leurs oreilles ni leurs yeux ! En grand sorcier, a tout d’abord mis au point une formule savante : le programme est en lui-même d’une logique irréprochable.

Les Symphonies d’instruments à vent sont un hommage posthume à Debussy par son ami et « élève » Stravinski. Hommage au lyrisme et au travail sur les timbres et la couleur. En limitant les instruments aux seuls vents, l’effort semble encore plus méritoire.

Après l’hommage, on écoute un chef d’œuvre absolu, presque « bateau ». Si les Symphonies ont permis d’apprécier la qualité des vents du LSO, La Mer confirme que cette perfection est l’apanage de tous les pupitres sans exception. La somptuosité sonore de cette Mer est inouïe. Impossible d’exercer le moindre esprit critique durant l’audition de cette version. La proposition de Gergiev est certainement discutable mais tellement cohérente ! Pendant le concert, le public semble être en un état d’apesanteur hypnotique. Jamais La Mer n’a sonné ainsi. Les nuances sont subtiles, allant de pianissimi impalpables jusqu’à une tempête à démâter les plus gros navires. Toutes les couleurs imaginables irradient tour à tour. Les moments de lyrisme le plus tendre côtoient des emportements homériques. Impossible de se limiter à imaginer une mer ou un océan, nous emporte sur une sorte de mer originelle. Le public abasourdi et chancelant fait un triomphe au LSO et à son chef dès la fin de la première partie.

La suite conduit à l’écoute différente de deux pièces que chacun croit connaître par cœur. Le Prélude à l’après-midi d’un faune n’est pas une pièce dont on attend d’être bouleversé. Trop courte, trop connue, trop facile… C’est compter sans la délicatesse et la précision de la direction de Valery Gergiev. Le faune apparaît sous nos yeux, il s’éveille, joue, bondit avant de se rendormir. La sensualité règne ici en maîtresse lascive et irrésistible. La gestuelle du chef est elle-même une chorégraphie délicieuse. Son dernier geste semble nous dire : regardez comme il dort, plus un bruit de peur de le réveiller ! Le public lui-même obéit au chef. Personne n’ose applaudir, respectant un long silence. Moment de communion unique entre l’orchestre, le chef, le public et les mannes du compositeur. La démonstration est faite, l’hommage au maître était amplement mérité.

À présent, voyons comment « l’élève » aura intégré ses leçons ? C’est là que le génie interprétatif de Gergiev éclate. Dans le Sacre du printemps, pièce semblant dominée par le rythme avec ses folles percussions, nous entendons le lyrisme, la chaleur, la sensualité, les couleurs venues de Debussy. Personne ne semble y avoir pensé auparavant et pourtant dans la partie calme, on retrouve tout ce monde. Cependant cette irruption d’une « musique debussyste » au sein de ce sacre terrible ne se fait pas au détriment de la sauvagerie, au contraire, elle l’éclaire davantage. L’orchestre concentré, superbe de précision, répond à toutes les sollicitations du chef qui semble s’adresser à chaque musicien en particulier. Ce Sacre dirigé ainsi représente une expérience de fascination délicieusement terrifiante. On n’en ressort pas indemne. Et c’est sans doute la surprise de ce concert. Des œuvres qui ne sont pas connues pour être sentimentales ou lyriques nous ont touché au cœur et dans toutes nos fibres, par surprise.

La gestuelle du chef durant tout le concert est un enchantement, mais l’orchestre aussi est magnifique à voir. La disposition très inhabituelle offre une place de choix aux percussions. Largement étalés tout au fond, les six percussionnistes sont tout à leur aise (c’est très utile dans le Sacre !). Les premiers violons à gauche sont soutenus à l’arrière par les contrebasses puis de gauche à droite les violoncelles, les altos et enfin les deuxièmes violons. Les bois sont placés au centre, largement étalés. De part et d’autre à l’arrière, les cuivres. Les harpes sont entre les contrebasses et les violoncelles (sauf pour le Sacre bien sûr, unique instrument de l’orchestre à ne pas figurer dans l’effectif démesuré de cette œuvre). Cette disposition sonne admirablement bien. Il n’est pas nécessaire de distinguer tel ou tel instrumentiste soliste car tous sont admirables et dignes des plus vifs éloges.

Le LSO est décidemment un très, très grand orchestre et d’une résistance olympique car il avait donné le même programme si exigeant, la veille, à Toulouse !

Crédit photographique : © Laura Luostarinen

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Paris. Salle Pleyel. 1-IV-2007. Claude Debussy (1862-1918) : La Mer ; Prélude à l’après-midi d’un Faune ; Igor Stravinski (1882-1971) Symphonies d’instruments à vent ; Le Sacre du Printemps. Orchestre Symphonique de Londres, direction : Valery Gergiev.

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