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Hugo Alfvén, un compositeur suédois d’envergure

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Hugo Alfvén (1872-1960) : Symphonies ; Rhapsodies Suédoises (Nuit de la Saint-Jean, Rhapsodie d’Uppsala, Rhapsodie de la Dalécarlie) ; Une Légende de l’Archipel op. 20 ; Drapa op. 27 ; Cantate « Révélation » op. 31, Andante Religioso ; Le Roi de la Montagne, suite de ballet op. 37 ; Le Fils Prodigue, suite de ballet ; Gustav II Adolf, Élégie. Christina Högman, soprano ; Claes-Håkan Ahnsjö, ténor. Orchestre Philharmonique Royal de Stockholm, direction : Neeme Järvi. 5 CD Bis BIS-CD-1478/80. Enregistré en la Salle de Concert de Stockholm de décembre 1987 à décembre 1992. Notices trilingues (anglais-allemand-français) excellentes. Durées : 65’49 – 67’33 – 78’30 – 64’19 – 67’58.

 

Il fut un temps relativement proche, où le compositeur suédois (1872-1960) était l’homme d’une seule œuvre pour le mélomane, en l’occurrence sa célèbre Rhapsodie Suédoise, ou tout au moins la première des trois du genre, intitulée Midsommarvaka (Nuit de la Saint-Jean) et qui fit le tour du monde en des arrangements de variété plus ou moins discutables. Fort heureusement, l’apparition du CD a permis de réévaluer la position de choix et l’envergure de ce musicien dans la musique suédoise et européenne.

Si Naxos vient d’achever son cycle orchestral Alfvén grâce à Niklas Willén à la tête de divers orchestres, le label suédois BIS fut le premier à proposer le sien avec un seul orchestre, et le réédite actuellement sous forme de coffret de cinq CDs pour le prix de trois : dirige l’ en des versions exhaustives servies par une prise de son éblouissante, plus réverbérée et moins analytique, en un mot plus naturelle que celle de Naxos. Le chef estonien semble d’ailleurs particulièrement à l’aise dans le répertoire nordique, puisqu’il a enregistré également les symphonies de Wilhelm Stenhammar, Niels Gade, Carl Nielsen, Jean Sibelius, ainsi que les œuvres des compositeurs estoniens Arvo Pärt et Eduard Tubin, parmi d’autres.

Le cœur même de cette réalisation est bien évidemment l’ensemble des cinq Symphonies, œuvres imposantes d’au moins une quarantaine de minutes chacune, et vraiment attractives quant à leur langage somptueux et raffiné, évoquant à la fois Richard Strauss (moins bavarois !), Dvořák, Sibelius, avec une touche d’impressionnisme : il importe en effet de mentionner que le compositeur, également aquarelliste de talent, prend très souvent sa source d’inspiration dans sa propre expérience de la vie (notamment amoureuse) associée à une attraction profonde de la mer – l’Archipel de Stockholm – qu’il peint comme bien peu ont su le faire en musique. La Symphonie n°4 « Aux Confins de l’Archipel » (« Från havsbandet », 1919) est particulièrement significative à cet égard, où l’on assiste à la confrontation de l’homme et la femme – représentés de manière fort originale par les vocalises d’une soprano et d’un ténor soli – face aux éléments marins souvent déchaînés que l’orchestre évoque à merveille ; cette œuvre est finalement un vaste poème symphonique alla Strauss, tandis que les autres Symphonies sont de forme traditionnelle en quatre partie dont les mouvements en forme-sonate ont même la reprise de l’exposition, ce qui est assez anachronique si l’on considère que Alfvén a entamé sa Symphonie n°5 aussi tard qu’en 1942. Mais ce qui prime ici, est bien évidemment le contenu et non la forme. C’est également l’expérience personnelle du compositeur et son attirance de la mer qui imprègnent le poème symphonique Une Légende de l’Archipel (En skärgårdssägen, 1904), en un tableau extrêmement coloré qui est la contrepartie de la Rhapsodie Suédoise n°1 « Nuit d’Été de la Saint-Jean » et qui par son thème anticipe la Symphonie n°4. Alfvén disait lui-même : « Mon intimité la plus secrète appartient à l’Archipel. J’ai eu mes meilleures idées en naviguant des nuits sombres et orageuses. L’automne sauvage a été ma plus grande inspiration. Les impressions de la nature sont constamment liées à la joie sombre des passions humaines. »

Tout comme la célébrissime Nuit d’Été de la Saint-Jean (1903) qui évoque une fête particulièrement bien « arrosée », les deux autres Rhapsodies Suédoises (n°2 « Rhapsodie d’Uppsala », 1907, et n°3 « Rhapsodie de la Dalécarlie », 1931), plus graves et sombres, sont influencées par la musique populaire, le compositeur s’étant installé à Uppsala, non loin de la Dalécarlie, région étroitement associée à la tradition du folklore musical suédois authentique. Ce folklore prédomine dans la pantomime Le Roi de la Montagne (Bergakungen, 1923) et le ballet Le Fils Prodigue (Den förlorade sonen, 1957) dont Järvi a enregistré les deux Suites d’orchestre : la première, plus dramatique que la seconde, contient cependant la pétillante Danse de la Bergère (Vallflickans dans) que certains chefs enregistrent séparément comme petit « bis » orchestral.

Il n’y a que du bien à dire des interprétations de Järvi, de son orchestre suédois et des solistes ; visions plus énergiques et vigoureuses que celles de Niklas Willén, plus détendues ; à noter que contrairement à , Niklas Willén escamote les reprises dans les trois premières Symphonies et n’a pas inclus la Rhapsodie Suédoise n°1. Le mélomane choisira l’une ou l’autre version, toutes deux remarquables à divers égards, selon son propre tempérament.

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Hugo Alfvén (1872-1960) : Symphonies ; Rhapsodies Suédoises (Nuit de la Saint-Jean, Rhapsodie d’Uppsala, Rhapsodie de la Dalécarlie) ; Une Légende de l’Archipel op. 20 ; Drapa op. 27 ; Cantate « Révélation » op. 31, Andante Religioso ; Le Roi de la Montagne, suite de ballet op. 37 ; Le Fils Prodigue, suite de ballet ; Gustav II Adolf, Élégie. Christina Högman, soprano ; Claes-Håkan Ahnsjö, ténor. Orchestre Philharmonique Royal de Stockholm, direction : Neeme Järvi. 5 CD Bis BIS-CD-1478/80. Enregistré en la Salle de Concert de Stockholm de décembre 1987 à décembre 1992. Notices trilingues (anglais-allemand-français) excellentes. Durées : 65’49 – 67’33 – 78’30 – 64’19 – 67’58.

 
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