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Déodat de Séverac, le Chantre de la Terre

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Déodat de Séverac, ou le Chantre du Midi. Catherine Buser Picard. Editions Papillon, Genève. 242 pages. 21€. ISBN : 2-940310-30-0. Mars 2007.

 

«C’est une fantaisie où il y a des turlututus de Banda militaire espagnole, des danses de carabiniers, une Sardane, un petit Scherzo à la Chabrier, des rythmes basques pour Ch. Bordes, des coucous pour Daquin et une petite «fugue folichonne» (…) et même un piano mécanique !». Cet invraisemblable bric-à-brac, sous la plume de (1872-1921), n’est autre que Sous les Lauriers-roses, ultime sommet de l’art pianistique de ce compositeur encore plus négligé que ses maîtres Albéniz et Chabrier.

Séverac est un méridional, né au sein d’une famille qui compte parmi les plus anciennes du Languedoc. Il a besoin de l’été pour se réaliser : «Quand la chaleur fait tout craquer, quand le soleil darde, que l’air brûle, le travail m’est facile, agréable». C’est dans l’observation et la découverte de la nature, animale, végétale, minérale qu’il s’épanouit, depuis son enfance : «Mes yeux se sont ouverts à la Lumière en voyant le Canigou». Attaché à la terre, il était aussi animé par la foi, qui joua un rôle important dans sa participation à l’aventure de la Schola Cantorum. Séverac rejoignit cette école en 1896 après avoir rencontré Charles Bordes, qui avait fondé cette école avec Alexandre Guilmant et Vincent d’Indy. Par rapport au Conservatoire de Paris, la Schola affirmait une dimension morale revendiquant «la foi dans l’art et le désintéressement dans le métier», mais également une dimension musicale très innovante avec la réappréciation de la musique ancienne, et une étude historique des œuvres et des esthétiques. Il fut onze ans durant l’élève de ce dernier dans sa classe de composition.

Ce retour à l’art ancien n’allait pas sans une fascination pour une conception idéalisée et conservatrice du monde rural, vu par Séverac comme par d’autres compositeurs, tels ou Joseph Canteloube, comme le gardien des valeurs fondamentales de la France. Un exemple dans la production de Séverac en est son premier grand cycle pour piano Le Chant de la Terre et dont les différents mouvements, Le Labour, Les Semailles, Les Moissons visent à magnifier cette vie paysanne éternelle, à l’instar du tableau de l’Angelus de Millet. Ceci étant, Séverac était aussi un moderne, considéré comme le seul compositeur impressionniste avec Debussy. Ses pièces pour piano Nymphes au Crépuscule ou Le Mirage en attestent, son opéra le Cœur du Moulin serait un Pelléas du Midi.

Abondamment illustré, l’ouvrage de Catherine Buser restitue bien l’œuvre et la vie de Séverac dans son contexte historique et musical, on regrettera simplement que les relations avec les autres compositeurs, notamment son maître Albéniz, ne soient traitées que de manière allusive. Séverac se révèle un compositeur attachant par son amour des gens simples et des pauvres musiques de villages, préférant les rudes Pyrénées aux salons parisiens, et un mariage d’amour à l’âge de 40 ans aux rentes de sa mère. Son caractère désordonné et rêveur, les conditions matérielles réellement difficiles de son existence dans la dernière partie de sa vie, la Première Guerre Mondiale pour laquelle il s’engagea en 1915 – il restera affecté dans sa région, accomplissant de modestes tâches administratives – tout cela freina le développement de son talent et entraîna la disparition de nombreuses œuvres.

Debussy disait de lui : « fait de la musique qui sent bon, et l’on y respire à plein cœur».

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Déodat de Séverac, ou le Chantre du Midi. Catherine Buser Picard. Editions Papillon, Genève. 242 pages. 21€. ISBN : 2-940310-30-0. Mars 2007.

 
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